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Dans l’ombre des journalistes

Blida, dans un haouch de Bouinan. Scène d'horreur. Au plus fort de la décennie noire, un groupe terroriste a massacré, la veille, une famille entière. Un journaliste et un photographe d'El Watan sont sur place. Une Citroën les a conduits jusqu'au lieu du crime. Stationnée au bord d'un chemin qui mène au haouch, au volant un homme, un peu anxieux, seul. Il surveille son véhicule et attend, patiemment, la fin de la mission. Il n'accompagne pas jusqu'au bout les journalistes et les photographes. Solitaire, il évolue dans leur ombre. Il y a quelques années, Azzedine n'aurait pas accepté, pour tout l'or du monde, un tel déplacement périlleux. Le chauffeur de taxi qu'il était aurait gentiment refusé une telle course. Mais cela fait bien longtemps que Azzedine n'est plus au volant de son taxi. Il est chauffeur de presse. Azzedine était d'abord opérateur en radiologie avant de réfléchir à changer de métier. Il trouve place dans une administration. Fatigué «des piles de dossiers sur le bureau», son envie de «voir la vie» le mène vers son métier de chauffeur de taxi. Au volant de sa Fiorino jaune, il a tourné, trois ans durant, dans les rues d'Alger. Un accident de la circulation réforme sa citadine. Une annonce de recrutement publiée à la mi-1993, et Azzedine devient chauffeur pour El Watan. «C'est mon métier et je l'ai choisi, dit-il, que d'aller là où il le faut.» La décennie noire ? Dans ses réponses, il y a les propos d'un homme qui en garde un souvenir marquant. Cette période a été pénible pour les journalistes algériens. Certains y ont laissé leur vie. Journaliste à Liberté, Zino a été assassiné en 1995, à Blida. A Bouinan exactement. Par devoir de mémoire, chaque 6 janvier, l'anniversaire de son assassinat est commémoré. Liberté fait son portrait dans la douleur. Mais ce jour sinistre de janvier, le chauffeur du journal a aussi été exécuté. Comme Azzedine, les chauffeurs de presse partagent avec les journalistes le pire, sans le meilleur. Comme pour toute autre personne, débarquer comme ça au milieu d'une scène de carnage est un risque pour Azzedine. Il subit, au mieux, l'angoisse d'un agent de sécurité armé à deux doigts de lâcher ses nerfs, au pire, de tomber sur un faux barrage. La hantise d'une panne de moteur a souvent plané au milieu de nulle part. «C'est arrivé et on a dû courir jusqu'à la caserne la plus proche pour être dépannés.» «Nous nous déplaçons sans escorte, contrairement aux médias publics», confie Azzedine, la cinquantaine, tête blanchie que coiffent des lunettes de soleil. En face de nous, un homme, calme et mesuré, qui ne regrette pas son choix. Cela fait vingt ans qu'il est à El Watan et pas un soupçon de regret. Il était conscient du danger de ses missions pendant cette décennie noire, mais c'était avec beaucoup de conviction qu'il s'y était investi. «Pour que journalistes et photographes puissent faire leur travail.» Certains chauffeurs d'El Watan ont préféré changer de métier. Dans leur engagement total, il y en avait ceux «qui se bousculaient pour une mission pourtant risquée», se souvient Azzedine entre deux appels téléphoniques reçus. «Je suis au Palais de la culture, tu peux m'envoyer quelqu'un ?», le sollicite, au bout du fil, une journaliste en fin de couverture. «Patiente un moment», lui répond-il, en attendant de confier cette mission à quelqu'un. Aujourd'hui, El Watan dispose d'une dizaine de chauffeurs. Une équipe que coiffe Azzedine, devenu chef de parc.  

El Watan

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