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«DNA a cessé plutôt que de changer de ligne éditoriale»

Journaliste à Jeune Afrique, Farid Alilat suit une carrière journalistique pleine. Il a assumé la fonction de rédacteur en chef et directeur de rédaction au Matin entre 1996 et 2000, et de directeur de la publication à Liberté en 2003. Il a créé, en juin 2010, Dernières nouvelles d'Algérie (DNA), un journal d'informations électronique qui s'est imposé, dans le paysage des nouveaux médias algériens, avec peu de moyens. Une expérience qui a pris fin, en mars dernier, à la grande déception des nombreux lecteurs de DNA. - Quel enseignement tirez-vous de l'expérience DNA ?   DNA a été une très bonne expérience sur le plan professionnel. Bien que nous ayons travaillé, pendant deux ans et demi, avec très peu de moyens et une petite équipe de collaborateurs, nous avons réussi à placer, dans le paysage médiatique algérien, DNA comme un média sérieux et crédible. La preuve est qu'aujourd'hui, deux mois après la cessation de parution, beaucoup de lecteurs, y compris des confrères algériens et étrangers, regrettent la disparition de DNA.     - Qu'est-ce qui a empêché que le site fasse long feu ?   Comme je l'ai expliqué à maintes reprises, DNA a cessé de paraître faute de moyens financiers nécessaires pour continuer l'aventure. Nous n'avions pas de bailleurs de fonds pour soutenir financièrement le site et nous avons refusé cette option pour préserver l'indépendance de DNA. Le modèle économique du site reposant entièrement sur les recettes publicitaires, celles-ci nous ont fait défaut. Nous avions eu trois partenaires publicitaires, Nedjma, Aigle Azur et Général Emballage. Ces deux derniers ont honoré leurs engagements financiers, cela n'a pas été le cas de Nedjma pour des raisons bureaucratiques, m'a-t-on expliqué, liées au transfert d'argent entre l'Algérie et la France. A l'heure actuelle, nous n'avons pas perçu un centime de Nedjma. Donc, faute de ressources financières pour assurer le maintien du titre et de son indépendance, nous avons décidé de mettre un terme à cette expérience. Plutôt que de solliciter des sponsors, plutôt que de changer de ligne éditoriale pour plaire aux annonceurs, nous avons pris la décision d'arrêter. Cela n'a pas été de gaieté de c½ur, mais c'était la bonne décision.   - Y a-t-il un avenir, dans ces conditions, pour les nouveaux médias en Algérie ?   Oui, certainement que les médias en ligne peuvent exister. Ils doivent exister, pour peu que les annonceurs acceptent de jouer le jeu. Il faudrait qu'ils acceptent de prendre des risques avec des sites qui ont une ligne éditoriale indépendante, libre, critique à l'égard des autorités. Pour autant, cela n'est pas suffisant. Il faudrait aussi que ces nouveaux médias fassent preuve de professionnalisme, qu'ils investissent dans la recherche de l'information, qu'ils forment les journalistes, qu'ils leur donnent les moyens de travailler sereinement. Je ne veux pas paraître aigri, et je ne veux pas jeter la pierre à qui que ce soit, pas plus que je ne veux généraliser, mais je constate de plus en plus que la qualité de l'information proposée par les sites internet est en deçà des attentes des lecteurs, en dessous des normes requises par la profession. J'ai le regret de constater que certains médias en ligne sont devenus, aujourd'hui, des réceptacles de la manne publicitaire. Davantage préoccupés par la nécessité de capter la publicité plutôt que de proposer une information fouillée, recoupée et sourcée.   - Est-ce pour autant que la presse papier a encore une longue vie devant elle ?   On ne peut pas opposer la presse papier et la presse en ligne. Les deux supports peuvent cohabiter sans que l'existence de l'un et de l'autre ne soit remise en question. Bien au contraire. On le voit de par le monde : tous les journaux imprimés en papier possèdent leurs sites internet. Mieux, il y a une synergie entre les deux. Pour le cas de l'Algérie, c'est un peu différent. On constate, si j'en crois les chiffres récemment divulgués par El Watan, un recul de la presse papier. Au cours de l'année 2012, tous les titres, arabophones et francophones, ont enregistré des baisses au niveau de l'audience. Il me semble que cette baisse pourrait s'accentuer encore si les autorités algériennes viendraient à libérer le haut débit. Il existe aujourd'hui 37 millions d'abonnés au téléphone portable. Si demain l'Algérien peut accéder au haut débit sur son téléphone, nous assisterons à une vraie révolution médiatique.