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Les présidents Mobutu, Bongo et Mitterrand au sommet de La Baule en 1990. REUTERS/STR New
Les présidents Mobutu, Bongo et Mitterrand au sommet de La Baule en 1990. REUTERS/STR New

Mitterrand et l'Afrique, l’aventure ambiguë

L'ancien président a marqué de son empreinte les relations entre la France et ses anciennes colonies. Retour sur ces quatorze années de politique.

A la notable exception du président Charles de Gaulle, le président François Mitterrand est le chef d’Etat français qui aura le plus marqué l’Afrique dans les relations entre la France et ses anciennes colonies. De son accession au pouvoir en 1981 jusqu’à la fin de ses deux septennats en 1995, ses rapports avec l’Afrique ont été ambigus, à l’image de la politique africaine de la France. Sauf qu’en tant que chef d’Etat, il a su imprimer sa marque personnelle sur le cours de l’histoire des pays anciennement colonies françaises ou d’expression française. Une marque diversement appréciée par les Africains, partagés entre reconnaissance et déception.

Les Africains n’oublieront jamais, en effet, que c’est sous la présidence de François Mitterrand que l’ex-président Thomas Sankara du Burkina Faso fut assassiné en 1987 lors du coup d’Etat mené par le président Blaise Compaoré. Non sans la complicité de la France, des présidents ivoirien Félix Houphouët-Boigny et togolais Gnassingbé Eyadema. La disparition du jeune capitaine-président reste le grand point d’ombre de la politique mitterrandienne en Afrique.

Vu de France, il est difficile d’imaginer ce que la Haute-Volta devenue Burkina Faso (le pays des hommes intègres) sous Thomas Sankara représentait pour toute l’Afrique. L’exemple d’une Afrique digne et fière, le refus de la mendicité et de la soumission, la preuve que tout est possible par le travail et la méritocratie, mais surtout que la politique consiste à servir le peuple plutôt que de se servir du peuple. Bref, le réveil de l’Afrique. La mort du président Thomas Sankara est encore assimilée de nos jours à la fin de l’Afrique dont les Africains rêvent. D’autant plus qu’il symbolisait tout l’espoir d’un continent en une nouvelle gouvernance et un nouveau leadership. Et cela par la pédagogie de l’exemple.

Atermoiements et tergiversations

Concernant le génocide de 1994 au Rwanda, les Africains ont été certes scandalisés par son ampleur. Mais il n’en demeure pas moins que beaucoup sont sceptiques quant à l’implication de la France par un soutien quelconque. Ils ne comprennent pas que le président François Mitterrand n’ait pas pu peser beaucoup plus tôt en faveur d’un compromis politique entre l’ancien président Juvénal Habyarimana assassiné et la rébellion du Front patriotique rwandais (FPR) dirigé alors par l’actuel président Paul Kagamé.

En revanche, même tardive, l’«Opération Turquoise» a été appréciée à sa juste valeur. On peut même dire, sur le Rwanda, que la France est restée sur les traditionnels atermoiements de sa politique africaine. Sauf que le conflit a vite dégénéré en un génocide perpétré par les Hutu qui détenaient le pouvoir contre les Tutsi qui voulaient le conquérir. Sur fond d’antécédents historiques et sociopolitiques.

François Mitterrand a, du reste, eu la même attitude de tergiversations sur différents conflits, au Tchad notamment. Pendant la guerre du Lac Tchad en 1992 entre la rébellion du Mouvement pour la démocratie et le développement (MDD) et l’armée loyale au président Idriss Déby Itno, il a fallu du temps pour que la France se décide à envoyer ses avions de chasse mettre les rebelles en déroute.

Le poids du sommet de La Baule

Les Africains et l’histoire retiendront, malgré tout, une contribution tout à fait positive. Le président François Mitterrand est celui qui aura accompagné les processus de démocratisation de la fin des années 80 en Afrique. Grâce à son habileté politique à anticiper et à s’inscrire dans le cours de l’histoire.

En effet, face à la déferlante des contestations prodémocratiques qui gagnaient les anciennes colonies d’Afrique noire, le sommet France-Afrique de La Baule en 1990 a été déterminant. En décidant que la France allait dorénavant lier l’aide au développement à l’ouverture démocratique, il a ainsi mis les régimes dictatoriaux au pied du mur, quand on sait que cette aide a longtemps constitué comme une assurance-vie pour lesdits régimes.

Cette décision politique majeure a incité les peuples africains à ne pas s’arrêter en si bon chemin dans leurs revendications à plus de démocratie. Résultat: tous les pays francophones d’Afrique noire sont passés des anciens régimes de partis uniques à de nouveaux régimes de multipartisme fondés sur des principes démocratiques. Qu’importe que les démocraties naissantes ou rétablies montrent des signes d’essoufflement aujourd’hui, il s’agit bel et bien là d’un grand acquis à mettre à l’honneur de François Mitterrand. Dont acte!

Marcus Boni Teiga

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Marcus Boni Teiga

Ancien directeur de l'hebdomadaire Le Bénin Aujourd'hui, Marcus Boni Teiga a été grand reporter à La Gazette du Golfe à Cotonou et travaille actuellement en freelance. Il a publié de nombreux ouvrages. Il est co-auteur du blog Echos du Bénin sur Slate Afrique.

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