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L’impasse au pays des phosphates ; Au bon vieux temps, c’était l’eldorado

Par Boubaker Ben Fraj

Au pays des phosphates, le grand bassin de Gafsa, les choses ne semblent pas s'arranger ces derniers temps. Le plus ancien et le plus généreux centre minier de Tunisie est dans une situation de quasi-blocage.
En réalité, la crise endémique installée dans ce bassin n'est pas nouvelle. Déjà dans les années 80 du siècle dernier, à cause de la mécanisation tout azimut et la fermeture des mines de fond, une dizaine de milliers d'anciens mineurs avaient perdu leurs emplois, et paradoxalement depuis, tandis que les revenus des phosphates ne cessent de croitre, les recrutements dans la mine sont devenus plus rares et plus restrictifs, causant une forte progression du chômage , une dégradation rapide des conditions de vie de la population locale et un sentiment croissant de frustration .
Le souvenir de la fronde qui avait secoué en 2008 plusieurs mois durant Redeyef, Oum-Laraies, Métlaoui et Mdhila, et la mémoire de la répression brutale qui s'en était suivie, sont encore très vivace dans les esprits et les habitants de ces localités minières en gardent encore aujourd'hui de l'amertume et de profondes blessures non cicatrisées.
Pourtant, après le 14 Janvier, on pouvait s'attendre à une décrispation; une réconciliation entre le nouveau pouvoir issu de la révolution et les populations du bassin. Il était permis d'espérer un retour à l'apaisement, à la vie normale et davantage : à l'ouverture d'horizons nouveaux, pour une région qu'on pouvait penser libérée par la révolution, de la chape de plomb qu'elle a longtemps supportée et des frustrations qu'elle a accumulées.
Mais, après plus de deux ans, rien n'y fait !
Le dialogue engagé et à maintes reprises vainement réengagé entre l'Etat et les populations du bassin semble être parti du mauvais pied, passant d'un quiproquo à un autre. La prédisposition au dialogue, tant de fois réitérée, a finalement cédé la place à la défiance, à l'exaspération, voire à une sorte d'autisme de part et d'autre.
Au point où en sont les choses aujourd'hui, on assiste à un bras de fer, dans lequel, chaque partie se cramponne sur des positions qui ne laissent pas entrevoir des solutions en perspectives: grèves, sit in, blocage des trains et des camions de transport du minerai, coupures de l'approvisionnement des mines en eau et menaces répétées de désobéissance civile; tant d'actions protestataires qui font désormais partie du quotidien dans cette région; des fait divers presque, qui ne font plus la une dans les médias, hormis les apparitions sporadiques de l'austère et charismatique leader syndical Adnen El-Hajji, qui rappellent de temps à autre, que la crise du bassin minier est encore loin de connaitre une véritable issue.
Dans cette région gravement touchée par le chômage (24% de la population active totale et 50% parmi les jeunes diplômés), La première des revendications, c'est l'emploi. Et puisqu'il y a rarement de travail en dehors du secteur des phosphates, c'est la providentielle « CPG » qui doit résorber tout le monde... ou presque.
Au cours des deux années écoulées, la compagnie versant dans le social, a beaucoup recruté, passant de 6000 à 16000 employés, mais à contrario, la production du minerai est tombée au tiers de ce qu'elle était en 2010, et ce, à un moment où les cours du phosphate sur le marché mondial sont des plus élevés. Les résultats ne se font pas attendre: énorme manque à gagner qui enfonce toute l'économie nationale, déjà trébuchante dans un état de grande difficulté.
A qui incombe la faute ?
Dans la cacophonie qui règne, il n'est pas aisé de situer la responsabilité, mais il est par contre de plus en plus clair, que la population du bassin de Gafsa, ne peut plus vivre uniquement du phosphate. Cette région, qui n'est pas gâtée, ni par son climat aride, ni par sa situation géographique enclavée, est surpeuplée par rapport à ses ressources et souffre en conséquence d'un profond déficit de développement qu'il n'est pas facile de rattraper. Sauf si l'Etat parvenait -avec une forte implication des populations locales- à concevoir et à mettre en ½uvre une vigoureuse stratégie de développement régional créatrice de nouvelles ressources, de richesses et d'un surcroit d'emplois. Faudrait-il pour cela que l'Etat accepte de réserver pour cette la région, de manière plus directe, plus visible et plus transparente, une part déterminée des revenus du phosphate qu'elle produit ?
Post-scriptum : Pourtant, il fut un temps au siècle dernier, où cette région était par la grâce du phosphate, un véritable « eldorado » tunisien. Métlaoui, Redeyef, Oum Laraies et Mdhila, étaient des villes coquettes et cosmopolites où il faisait bon vivre, qui attiraient des migrants de toutes parts : français, italiens, maltais, tripolitains, algériens et marocains et d'autres régions du pays. Elles disposaient de leurs salles de cinéma et de fêtes, d'écoles et de dispensaires, de beaux hôtels, de cafés bien tenus, de rues bien tracées bordées de dignes habitations, et d'autres commodités dont ne disposaient pas à l'époque, la plupart des localités des autres régions du pays.
Au cours de cette belle époque révolue, les habitants du bassin minier de Gafsa étaient, en comparaison avec le restant des Tunisiens, des gens privilégiés.

Par Boubaker Ben Fraj

Tunisie Focus

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