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Violence en Tunisie et responsabilité partagée

aveugles politiques

Par Mansour Mhenni

Il n'est de pire danger pour un pays qu'une violence qui semble sommeiller et dont les mécanismes se mettent en rodage, de temps en temps, dans une stratégie étudiée pour une programmation préventive ou à venir. Malheureusement, tout semble indiquer que la Tunisie est aujourd'hui à ce stade critique de son interaction avec ce qu'on a abusivement désigné comme un printemps, dans un nouveau cycle des années qui tend à adopter une nouvelle logique des saisons : quatre c'est trop ! Deux suffisent : un hiver de cravache et un été d'enfer !

Nous n'allons pas nous mettre à accuser les uns plutôt que les autres, nous l'avions écrit précédemment : « Tout le monde semble y aller de plain-pied, tellement la course pour le pouvoir a aveuglé l'ensemble sur les vrais intérêts de la patrie ».

Plus qu'un acte de défoulement après une longue répression de l'expression, la violence verbale généralisée était plutôt un acte de programmation d'une population réputée pour son pacifisme, à la gestion de toutes les affaires par une forme ou par une autre de la violence. Du coup, quel que soit le degré qu'atteindra la violence, le phénomène pourrait être ressenti comme une logique et juste évolution des choses, « en contexte révolutionnaire », ajouterait-on avec une arrogance et un cynisme qui n'est en rien différents des autres manifestations de la violence la plus insensée.

La stratégie était tellement bien tressée qu'elle a d'abord cherché à faire déjouer la machine de l'Etat, jusqu'aux détails de l'administration. Evidemment, la déstructuration de la machine sécuritaire n'était qu'un jalon dans cette stratégie. Dès lors, aucune discipline, même pas l'au-discipline des âmes conscientes et des esprits cultivés ! Autant dire le chaos !

Parallèlement, ce qui fait fonction d'un Etat, en état provisoire (absurdement prolongé pour des intentions plutôt malsaines), se complait à dénigrer le passé comme pour mieux justifier les abus du présent. N'aurait-il pas fallu essayer de ramener plutôt la machine de l'Etat à son fonctionnement efficace, indépendamment de tout calcul politique, et consolider la machine administrative à coups de petits assainissements progressifs et ponctuels, afin que l'essentiel continue à tourner et que les fondements de la survie de la société (l'économie surtout) ne dérapent pas au point de conduire le pays au bord du précipice !

Il y aura sûrement des discours de politicards pour cracher toutes les idéologies et tous les slogans des grandes AG, pour traiter une telle perception des choses de tous les noms ; il ne reste pas moins vrai que la Tunisie est en train de rater ( si ce n'est pas encore fait ) une chance inouïe de relance civilisationnelle à même de redresser et de confirmer son élan vers le progrès durable et vers le concert des pays développés.

Que l'on ne s'étonne donc pas aujourd'hui que la violence ressurgisse au plus fort de sa manifestation et au plus cruel de ses retombées, car à y voir de plus près, tout semblait conduire vers cet état des choses, avec la complicité consciente ou inconsciente de tout le monde. Tous, sans exception !

Aujourd'hui, s'il n'est pas encore trop tard, il conviendra à chacun de voir en quoi il a vraiment manqué à ce qu'il fallait qu'il fasse, et de le faire au plus tôt, et dans les règles de l'art. Pour le reste, c'est l'Histoire qui jugera !

Tunisie Focus

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