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« Kinshasa Kids » présenté à Montréal au festival Vues d'Afrique:le pouvoir obscur des pasteurs sur le destin des enfants

Une scène du film dans les rues de Kinshasa|Crédit hoto : ixioncommunications

La 29e édition du festival international de film Vues d'Afrique a débuté en force depuis le 26 avril, avec l'un des longs-métrages en vue de la manifestation. Réalisé par le Belge Marc-Henri Wajnberg, Kinshasa Kids prend des allures de documentaire et de fiction, dont les protagonistes sont des enfants, comédiens et figurants, vivant dans les rues de la capitale. Parmi ces jeunes artistes : Rachel Mwanza, révélée en 2012 à l'international grâce au film Rebelle de Kim Nguyen. Désarmante ½uvre du 7e art, Kinshasa Kids porte le quotidien fragile de ces 25'000 « shégués », mineurs qui errent dans une ville contrôlée par les forces de l'ordre et les pasteurs, imposteurs au pouvoir sans bornes. Le réalisateur a partagé avec AEM sa vision de ce phénomène social dévastateur.

Kinshasa Kids est une « success story » à la congolaise : huit jeunes « shégués » décident de former un groupe de rap, sous la houlette d'un grand frère dénommé Bebson, qui évolue tant bien que mal dans le milieu. Ce dernier veille sur eux, leur insuffle la confiance et l'inspiration musicale dont ils ont besoin, et leur prodigue même des enseignements sur la vie dans la rue. Chaque enfant a son rêve, le caresse du moins : aller à l'école, vivre en Europe, avoir une famille et un toit... Des aspirations nobles dans l'esprit pur de ces jeunes qui, chaque matin, les ramène au « sytème D » : se débrouiller pour ne pas crever de faim, protéger leur espace de vie sans se faire voler ou agresser et avoir quelques sous. Pour y arriver, ils combinent leurs talents, aidant les gens dans un élan de serviabilité. Puis, vient l'idée de faire de l'argent, avec la musique. Un soir, le groupe arrive à enregistrer dans un studio, le même que Papa Wemba qui participe au film dans son propre rôle. Celui-ci ira même jusqu'à écouter les chansons du groupe et à croire en eux. Au fil des péripéties, un grand concert a lieu, sur un toit délabré, au grand bonheur d'un auditoire conquis, jetant des dollars aux musiciens en herbe.

Entretien avec Marc-Henri Wajnberg, le réalisateur du film :

Comment se passe le processus de marginalisation et de rejet des enfants dits sorciers ?

Il faut comprendre que la religion est très puissante en Afrique. Face à la précarité, les gens vont, davantage, à l'église dont celles dites de réveil. Ces églises sont dirigées par de faux pasteurs, des charlatans qui prétendent être en contact avec Dieu. Les gens paient le pasteur pour qu'il réponde et règle leur vie, espérant gagner en retour plus d'argent. Ces églises sont implantées un peu partout dans le monde, au Canada, au Brésil, en Afrique, en Corée et aux Étas-Unis. Les pasteurs profitent de la crédulité de la population qui en RDC, vit dans une sexualité un peu légère. Lorsque les couples se quittent, la femme part de son bord, sans argent. Elle refuse, souvent, d'hériter d'un enfant qui n'est pas le sien. La femme qui se sépare n'a pas d'argent, et doit trouver un lieu où loger. Si elle a son enfant avec elle, les gens peuvent refuser de le prendre. Souvent donc, l'enfant reste avec le père et la belle-mère qui elle, n'en voudra pas, car cela engendre des coûts supplémentaires. L'enfant devient le souffre douleur pour le moindre prétexte. Le pasteur va soutenir la femme qui paie pour qu'il délivre l'enfant accusé, à tort, de sorcellerie. Il subit des traitements horribles. Il a le cerveau lavé, on lui bourre le crâne. Il est aussi maltraité physiquement. Le film le montre et dans 80 % des cas, l'enfant est condamné à quitter le foyer familial et à vivre dans la rue.

Quelle est la réaction du gouvernement face à cette situation ?

Malheureusement, les membres du gouvernement sont impuissants face au pouvoir des faux pasteurs auprès de la population. Kinshasa est une ville violente, polluée, qui manque d'infrastructures et de contrôle. C'est une ville très vaste qui abrite des milliers d'itinérants, pas seulement des enfants.

Votre film donne l'impression que la musique, les arts, sont un exutoire à la misère de la rue : ne pensez-vous pas qu'il s'agit plutôt d'une lubie, d'un « rêve à la congolaise » inaccessible ?

Le seul espoir pour ces jeunes réside dans la création, cet univers propice à l'évasion. On n'a qu'à penser au destin heureux du groupe Staff Benda Bilili, qui a remporté un succès mondial dans la foulée du documentaire qui lui a été consacré mais également, grâce à leur talent musical.

Vous devez avoir à c½ur les droits des enfants pour créer une telle ½uvre ?

Oui, bien sûr ! C'est le sort des enfants, leur avenir, qui me touche. D'ailleurs, je reste en contact avec les enfants qui ont joué dans le film, je tente de les aider du mieux possible. Je prévois de les visiter sous peu...

Des projets à venir ?

Un film autour des enfants sorciers qui est encore au stade embryonnaire...

Propos recueillis par Hélène Boucher (AEM), Montréal, Canada

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Les « shégués », ces mineurs qui errent dans les rues de la capitale congolaise |Crédit photo : ixioncommunications

LA BANDE ANNONCE DU FILM

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