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Ludovic Bakyono (Responsable des secteurs structurés du CDP au Kadiogo) : "Face au SYNTSHA, le gouvernement Tiao a fait preuve de sagesse''

Ludovic Bakyono a en charge les secteurs structurés au sein du Congrès pour la démocratie et le Progrès (CDP) au niveau du Kadiogo. A ce titre, il connaît bien la problématique du monde du travail, mais également la question du mouvement syndical. Nous l'avons rencontré pour échanger sur les derniers développements de l'actualité liés au mouvement social au Burkina.

Lefaso.net : Comment se porte le CDP ?

Ludovic Bakyono : Je dirais qu'il se porte bien ; j'aurais souhaité pouvoir vous dire qu'il se porte très bien mais cette situation est très enviable quand on se réfère aux partis ou ça ne va pas du tout !

Je ne citerai malheureusement pas de noms de peur d'en oublier !

Combien de partis politiques ont pris part aux élections couplées législatives et municipales du 02 décembre 2012 ?

Aux résultats je crois qu'il doit y avoir seulement 13 partis d'entre eux qui sont représentés à l'Assemblée nationale avec le CDP en tête, fort de ses 70 députés. Notre parti va diriger la quasi-totalité des conseils régionaux et la majorité des conseils municipaux.

Malgré les difficultés les populations accordent toujours leur confiance au CDP et c'est cela qui est important pour nous.

Lefaso.net : Avec la percée surprise d'un parti comme l'UPC ne peut-on pas parler de recul du CDP ?

L.B : Recul par rapport à quoi ? Non pas du tout. Je crois qu'il faut plutôt féliciter le Président Blaise COMPAORE et le CDP pour leur ouverture à un réel approfondissement de la démocratie au Burkina Faso.

Premier aspect de mon analyse, Vous convenez avec moi que la percée surprise comme vous le dites d'une formation politique comme l'UPC confirme, si besoin était de le dire, que c'est un faux procès qu'on fait très souvent et facilement au pouvoir en l'accusant d'empêcher l'émergence d'une opposition politique véritable, à moins qu'on ne considère que l'UPC soit un autre parti satellite du CDP.

Vous savez, tout comme moi, que la condition sine qua none pour qu'une action porte réellement demeure l'organisation et je crois que l'UPC a su prendre, comme on le dit si bien, le taureau par les cornes en se donnant le temps d'asseoir des structures solides en amont avant d'espérer que cela ne porte des fruits en aval. Il ne faut donc pas être trop surpris des performances de l'UPC.

Que les partis qui ont du mal à décoller aillent avec humilité à l'école du CDP ou de l'UPC pour connaître la recette magique qui demeure sécrète à leurs yeux.

Pour le deuxième niveau de mon analyse je dirais que c'est la volonté d'une expression politique plurielle qui a permis que le CDP sous la houlette du président Blaise COMPAORE modifie le code électoral en optant pour un scrutin proportionnel au plus fort reste donnant la chance à plusieurs petits partis de se retrouver à l'assemblée nationale. On serait sous le régime du scrutin proportionnel à la plus forte moyenne que ces partis ne seraient pas représentés à l'hémicycle et le CDP se retrouverait avec près ou plus de 100 députés.

Le troisième aspect de mon analyse est qu'on peut faire le constat que certains acteurs politiques ne sont malheureusement pas conséquents avec leurs idéaux et leurs prises de positions. Permettez-moi d'affirmer et vous pouvez le vérifier ; aujourd'hui bien des personnes jouissent des fruits des causes qu'ils ont combattu hier ; en d'autres termes des gens sont devenus députés à cause de la mise en ½uvre des mesures consensuelles du CCRP alors que ces derniers ont critiqué et combattu avec la dernière énergie le CCRP et même rejeté et foulé aux pieds les conclusions parce qu'ils n'avaient pas confiance à ce cadre de concertation. Or la mesure qui a permis que chaque province ayant un siège de député passe à deux sièges est venue leur ouvrir les portes de l'assemblée nationale sur un plateau d'or.

Lefaso.net : Vous nous dites que ça va au CDP alors qu'on a vu que les opérations de désignations des candidats n'ont pas été choses faciles, quel commentaire faites-vous ?

L.B : C'est vrai que cela n'a pas été facile en son temps car j'ai moi-même pris part à des collèges de désignation ou d'appréciation. Il faut avouer que c'est dans l'évolution normale des choses et donc de la dynamique de vie des grands partis. Cela dénote en mon sens de la vivacité du parti d'une part et de l'engouement des militants pour le CDP et non pour un autre parti d'autres part.

Il existe des partis qui peuvent au terme de leurs congrès offrir un pot à tous leurs militants dans un kiosque ou une buvette de quartier alors qu'au CDP c'est impensable même pour une activité qui réunit les militants d'un même secteur, village ou quartier.

Pendant que des partis politiques faisaient la chasse aux candidatures par des opérations de charme de tout genre d'appel à candidature, et cela à tous les prix, il y avait pléthore de candidature au CDP. Nous avons même, je crois, des listes qui ont été invalidées pour un excès de listes.

Si cela était possible, le CDP aurait pu même prêter des candidats à certains partis.

Sur ce point c'est vrai que c'était très difficile mais l'expérience et le savoir-faire managérial de la direction du parti ont su peser lourd dans la balance pour éviter le pire. Le calme est revenu dans la maison CDP et le crédo c'est cohésion-unité.

Lefaso.net : Mais ce calme est revenu avec des conséquences fâcheuses avec à la clé des départs et pas des moindres comme le député Saran Sérémé

L.B : Pour moi tout militant est utile à quelque chose et cela peu importe sa place dans la classification hiérarchique du parti, la base sans le sommet c'est nul, et le sommet sans la base c'est nul. C'est parce que chaque partie de la bâtisse tient bien en place que la pyramide est solide.

La séparation est un fardeau toujours lourd à porter mais en politique ou dans le mouvement associatif c'est librement qu'on adhère et c'est librement qu'on démissionne puisque cela est prévu par les textes comme un droit de chaque adhérent.

Vous avez donné un nom, la député Saran Sérémé est une vaillante militante dont le dynamisme n'est plus à démontrer car son engagement remonte aux structures populaires de l'état d'exception d'avant les années 90. Son départ du CDP n'est certainement pas sa mort politique et c'est cela qui est important !

Elle a le virus de la politique en elle et elle est condamnée à continuer le combat des causes qu'elle juge justes.

Nous avons effectivement perdu des militants à la suite des incompréhensions nées des désignations mais il y a eu également, il faut le noter, des défections dans les rangs des autres formations politiques qui ont librement rallié le CDP sans tambour ni trompette. Et cela on n'en parle pas.

Lefaso.net : Au CDP comment analysez-vous les derniers développements liés à la grève du Syntsha qui ont abouti à la levée des sanctions prises par le gouvernement contre l'un des leurs ?

L.B : Je crois que pour ce qui est du syntsha qui est un syndicat qui a à charge la défense des intérêts moraux et matériel et économiques de ses membres, c'est normal qu'une organisation syndicale comme elle, existe car cela est prévu par la loi. C'est normal qu'elle use de formes de luttes pour atteindre ses objectifs mais cela doit se faire sans mettre à mal le fonctionnement minimum prévu pour un secteur aussi sensible que la santé.

Nous saluons la clairvoyance et la sagesse du gouvernement dont le c½ur a été sensible aux cris de douleurs des populations en optant de lever la mesure qui frappait l'agent de santé Kaboré Nongzanga.

Il est normal que chacun exige le respect de ses droits, bien entendu dans le respect de l'exercice de ses devoirs. Je pense qu'il faudrait reformuler le texte de loi relatif à la question de grève.

Lefaso.net : C'est- à- dire ?

Ludovic Bakyono : Je pense que l'article 22 de la constitution aurait pu parler à mon avis du droit de manifester par une action qui sera constatée par l'arrêt du travail. En effet lorsque la constitution dit que le droit de grève est reconnu et qu'il s'exerce dans les conditions prévues par la loi. Je ne pense pas que la définition de la grève (cessation collective et concertée du travail, décidée et organisée par des salariés dans le but d'appuyer une revendication professionnelle) prévoit dans l'esprit du législateur que le salarié puisse travailler sans recouvrer les frais hospitaliers des patients. Vous pouvez constater une nette évolution dans la forme ; parce que le syntsha a d'abord commencé par une grève avant d'entamer des prestations à coût zéro ; peut-on toujours appliquer la notion de grève à cette forme de lutte ?

Est-ce que le droit de grève prévoit le droit d'empêcher ceux qui veulent travailler d'exercer leur service convenablement ?

N'est-ce pas là des dérives graves ?

Si le droit de grève est reconnu c'est que le droit de non grève l'est aussi puisqu'on n'est pas obligé d'aller en grève.

Lefaso.net : Et côté mobilisation ?

L.B : Nous avons fait le constat que des agents de santé qui voulaient assurer le service minimum pas parce qu'ils sont contre la grève et le syndicat mais parce qu'ils pensent que leur sacerdoce les oblige à observer le service minimum pour le bien des populations ont été agressé certains verbalement et d'autres physiquement car ils ont été délogés manu militari, et des patients avec, de leur lieu de travail.

Avec ces violences nous pouvons noter que beaucoup d'agent ont suivi le mouvement non pas par conviction mais parce qu'ils y ont été contraint et ça ce n'est pas à l'honneur du syntsha.

Des agents de santé sont déclarés persona non gratta dans certaines localités parce qu'ils ont voulu non pas boycotter le mot d'ordre de grève mais soulager les souffrances des populations. Au nom de quoi peut-on chasser des burkinabé parce qu'ils ont commis l'erreur de vouloir bien faire leur travail ?

C'est la raison pour laquelle nous, nous pensons qu'il faut relativiser la mobilisation qu'il y a eu autour du suivi de la grève.

On ne peut pas revendiquer ses droits et occulter d'observer ses devoirs. Du reste, vous savez qu'il est prévu aussi que l'état puisse réquisitionner des agents en cas de besoin. Notamment dans certains secteurs sociaux aussi sensibles que ceux de la santé. Des agents salariés de l'état réquisitionnés non pas par le Président du Faso, non plus par le CDP ni par le ministre de la santé mais pour raison d'Etat par l'Etat burkinabé ont refusé de répondre à cette réquisition. N'est-ce pas là un acte très grave ? Un militaire en temps de guerre qui déserte des rangs a-t-il commis un acte moins ou plus grave ?

Lefaso.net : Pourquoi la tension autour du service minimum se pose-t-elle avec autant de passion ?

L.B : Les exemples étant plus parlant, citons le cas des femmes à terme, vont-elles reporter leur accouchement parce qu'il y a une grève ? Les nombreux blessés graves transportés à longueur de journée par les sapeurs-pompiers aux urgences des hôpitaux et qui ont besoin d'une prise en charge immédiate sous peine d'une mort imminente.

L'autre réalité c'est que pour une semaine de grève en moyenne pour un pays comme le Burkina, les statistiques évaluent à une centaine de personnes celles qui perdent la vie faute de soins. Vous comprendrez donc de ce point de vue pourquoi la problématique des questions relatives aux réquisitions doit être revue. Et il est impératif que des agents qui ont reçu les réquisitions se présentent sur le lieu de travail pour assurer au moins le service minimum. Cela ne remet aucunement pas en cause leur appartenance au syntsha ou leur adhésion à la manifestation de leur syndicat.

Lefaso.net : Cela ne constitue pas un facteur de démobilisation ?

L.B : Non. Pas du tout ! Il faut noter que même au sein de CDP certains militants pensaient qu'il fallait que le gouvernement maintienne un ton de fermeté.

Le CDP soutient totalement la décision du gouvernement car il sait qu'il a choisi le compromis mais pas la compromission. Et les populations sont soulagées par cette décision, les mêmes populations qui ont voté pour le CDP. C'est une décision qui été certainement difficile à prendre mais l'opinion aujourd'hui sait faire la part des choses entre un gouvernement qui accepte l'humiliation pour sauver ce qui est essentiel, la vie, et un syndicat qui joue la carte d'un jusqu'auboutisme au prix de vies humaines.

Lefaso.net : Fallait-il en arriver à ces extrémités entre le gouvernement et le syndicat ?

L.B : Je crois quand même qu'on n'aurait dû effectivement ne pas en arriver là si toutes les deux parties avaient joué véritablement franc jeu. En l'occurrence le gouvernement et le syndicat. Pour remonter à la petite histoire, le motif qui a conduit à cette situation, retenez qu'il s'agit d'un cas de mort d'Homme. L'état a le devoir de créer les conditions pour assurer la santé, la sécurité, l'épanouissement culturel et économique des populations, il est donc interpellé au plus haut niveau à surveiller la vie des citoyens. Et si c'est encore un de ses agents qui par son comportement l'a facilité, il va de soi qu'il prenne ses responsabilités. Après la décision, le dialogue devait être établi pour que la solution soit trouvée par la négociation et non par un rapport de force dans lequel il y a d'autres vies qui sont perdues.

Lefaso.net : La procédure n'a semble-t-il pas été suivie en la matière

L.B : Il est vrai que le conseil de discipline aurait dû se réunir et soumettre à sa hiérarchie, ses propositions de sanction ; mais il faut préciser que les textes prévoient aussi que pour des situations graves, le gouvernement peut directement se saisir du dossier et prendre la décision qui s'impose. De ce point de vue je dirai que la réaction du gouvernement était proportionnée car la loi l'autorise à agir et il a su véritablement assumer son rôle de défenseur des intérêts des populations. Donc le gouvernement n'est pas en porte à faux avec la loi.

Lefaso.net : le gouvernement n'a-t-il pas faibli du point de vue de son autorité ?

L.B : C'est un débat qui anime l'actualité en ce moment ; mais tout dépend de la position dans laquelle on se met pour apprécier ; c'est l'éternelle appréciation qu'on fait du verre à moitié vide ou à moitié plein. Certes le gouvernement avait maintenu au départ une position de fermeté comme vous l'avez dit ; mais pensez-vous qu'un gouvernement responsable, pour juste rechercher l'affirmation de son autorité peut courir le risque de laisser mourir des populations ? Ce ne serait pas sage. Je tire mon chapeau au gouvernement de Luc Adolphe Tiao, qui bien qu'ayant affirmé que le gouvernement ne reculerait pas a finalement privilégié l'intérêt des populations sur toute autre considération. Du reste on constate que depuis la levée de la mesure, partout les populations se réjouissent. Elles étaient même exaspérées par cette situation et je crois que leurs attentes étaient claires, c'était qu'il fallait trouver une solution à cette crise dans les meilleurs délais. Il convient donc de féliciter le gouvernement.

Lefaso.net : Du gouvernement et du Syntsha, qui a été le plus sage ?

L.B : Mais la question que je me pose est celle-ci entre un gouvernement qui prend le risque de se faire humilier, de se faire taxer de faible en levant une mesure et un syndicat qui s'arc-boute sur sa position pour maintenir une pression pour un agent qui est relevé de ses fonctions avec poursuites judiciaires pour faute grave. Je ne sais pas qui des deux a eu plus de mérites. La question ne se pose pas, jugez-en par vous-même.

Lefaso.net : La question financière avec cette opération caisse vide n'a-t-elle pas été l'élément qui a fait revenir le gouvernement en arrière ?

L.B : N'exagérons pas, je ne crois pas que les recettes des hôpitaux soient celles qui gonflent notre budget qui est voté chaque année. Ce qui a pesé dans la balance ce sont les intérêts des populations. C'est vrai que l'aspect financier a aussi son importance mais il n'est pas aussi important qu'on veut le faire croire dans le contexte de cette grève ; Je peux vous dire que j'ai eu la chance de prendre part à des rencontres très importantes avant la prise de cette décision, qui n'a pas du tout été facile à prendre je l'avoue, mais soyez rassurés que ce qui a été déterminant c'est la survie et la santé des populations.

Lefaso.net : D'autres mouvements menacent à présent d'entrer dans la danse...

L.B : Je crois que ce n'est un secret pour personne que le Sness et le synther ont commencé à donner de la voix ainsi que les étudiants. Le gouvernement en était pleinement conscient lorsqu'il prenait la décision de lever la sanction contre l'agent Kaboré Nongbzanga de santé en question. Et je sais qu'il saura apporter les réponses appropriées aux préoccupations qui lui sont soumises par les différentes entités.

Interview réalisée par Juvénal Somé

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