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La chute du Super Président

Par Ridha Ben Kacem

Voici une petite histoire croustillante, comme je les aime, et qui donne une idée sur les sommets que peuvent atteindre les bêtises humaines, lorsqu'on n'est pas, spécialement, vacciné contre. Cela s'est passé, le dernier jour du mois d'avril dernier, c'est-à-dire, il y a à peine trois jours, en Turkménistan. Le héros, à la fois, volontaire et involontaire, de cette drôle d'histoire, n'est autre que Gurbanguly Berdimuhamedow (atchoum !), président du pays, depuis le 14 février 2007. Depuis son accession au pouvoir, ce président, ex-dentiste, à l'instar de son prédécesseur et protecteur, a développé un culte de la personnalité, jamais connu, ailleurs. Pouvait-il faire autrement lorsque l'on sait que ce président, a prêté serment sur le Coran et le « Ruhnama »,un livre écrit par son prédécesseur !!!

Bref, l'histoire qui nous intéresse, est une course de chevaux, qui a eu lieu le 30 avril, à l'hippodrome d'Achgabat, la capitale du pays. Le président du Turkménistan Gourbangouly Berdymoukhamedov est féru d’équitation et, en début de semaine, il y avait une course hippique, avec 16 millions de dinars, à la clé. Le président y a participé, sur son grand cheval empanaché, baptisé Berkarar (Le Puissant). Le président a gagné la course et la cagnotte, pouvait-il en être autrement ? Une réussite magistrale, pour un Super-Président. Mais, pas de bol ! Personne, au Turkménistan, n'est au courant de ce haut fait, du président, puisque toute cette histoire a, malheureusement, été censurée. Personne, en dehors du Turkménistan, n'aurait été, non plus, au fait de cette histoire, si Youtube ne s'en était emparé, à l'insu de tout le monde. (Visionnez les vidéos, ici-bas)

Reprenons, donc. Au Turkménistan, ancienne république soviétique, il y a du pétrole, des chevaux, un seul parti et un très grand chef : Gourbangouly Berdymoukhamedov. Le Grand Manitou a pris le surnom d’Arkadag « patron protecteur », et cultive un culte de la personnalité délirant. Dans son pays, la tradition veut que les chefs, les vrais, en tout cas, de tous temps, ont été de grands cavaliers. Les Russes les enrôlaient, d'ailleurs, dans leur armée pour qu'ils soient suivis par le reste de la population. L'on comprend pourquoi, chaque année, pour la fête nationale, une course de chevaux est organisée avec une grosse prime de 16 millions de dinars, au vainqueur. Ah, la fête nationale correspond à la date d'anniversaire du prédécesseur de l'actuel président ! Cette année, le président Gurbanguly Berdimuhamedow a voulu y participer. La course prend son départ et jusqu'au bout, les pauvres adversaires, tous des cavaliers émérites, ont retenu et bridé leur monture pour que le Président débride la sienne et, arrive en tête. Ce qui se produisit, en effet! Berdymoukhamedov franchit, enfin, la ligne en tête mais, soudain, d'un coup, son cheval s'écroule sous lui, le projetant au loin. Il faut vous avouer que le haut personnage pèse plus de 100 kilos de gras et de lard, tout ce qu'il y a de plus gélatineux. Tels des cafards, une nuée d'agents de sécurité, des sbires, des courtisans, des parvenus, des connards, en tout genre, les éventuels futurs Azlème Annidhadham Al Fassed Wal Ba'id, en cas de Révlution, en somme, se ruent au secours du puissant mal atterri tombé à terre pour le relever, le nettoyer et le remettre d'aplomb sur son trône de puissant parmi les puissants.

Dans les medias officiels du pays, évidemment, pas un traitre mot de la culbute du président. On ne peut pas parler de sa victoire, non plus, puisqu'il a chuté tout juste à l'arrivée. Aïe, aïe, aïe ! Inquiets, les services de sécurité s'étaient donné beaucoup de mal, dans les heures qui avaient suivi le non-événement. Ordinateurs, tablettes, portables, cameras, des passagers, quittant le pays, ont été passés au crible pour que l'info ne sorte pas du Turkmenistan. En vain. Youtube a, encore, frappé. Cela n'a pas plu, en haut lieu, au Turkménistan, et, depuis, des dizaines de personnes, soupçonnées d'avoir filmé la fantastique scène, ont été arrêtées et jetée en prison. Au lieu d'être sauf, l'honneur du président est faux et bafoué.

Attention, l'honneur du président n'a été bafoué qu'à l'étranger, car les 5 millions de turkmènes qui habitent un pays aussi grand que l'Espagne, n'en savent, strictement, rien. Pour eux, leur président, est le meilleur cavalier du monde, même s'il pèse autant que son cheval fétiche.

Par Ridha Ben Kacem le 3mai 2013

président

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