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Aveu d'impuissance sur la diminution des prix des denrées : Macky Sall fâché contre Niasse et Abdoul Mbaye

Deux discours, celui du président de l'Assemblée nationale, Moustapha Niasse, et celui du Premier ministre, Abdoul Mbaye, ont failli mettre de l'huile sur le feu, au moment où Macky Sall cherchait les voies et moyens de rassurer les populations avant que des dispositions pratiques tendant à les soulager ne soient prises. Le Président n'a pas aimé ces sorties et a demandé une contre-offensive pour renverser la tendance.

Macky Sall, alors candidat à la présidentielle de 2012, avait promis de baisser les prix des denrées de première nécessité dès son installation au palais de la République. Des actions ont été menées dans ce sens, mais les populations estiment que c'est peu par rapport à ce qu'elles attendaient. Et les renseignements généraux ont vite fait de l'alerter sur le mécontentement populaire qui a occasionné la réussite de la marche du Parti démocratique Sénégal.

Au moment où il cherchait des voies et moyens de rassurer les populations et leur promettre des lendemains meilleurs, deux discours sont venus le mettre dans une situation inconfortable.

C'est d'abord Moustapha Niasse, Secrétaire général de l'Alliance des forces du progrès (Afp), allié du Président Macky Sall et président de l'Assemblée nationale, qui soutenait le mercredi 24 avril 2013 que la baisse des prix des denrées de première nécessité ne peut pas être faite sur un coup de baguette magique. «Quand vous achetez une tonne de riz en Thaïlande à 136 000 francs Cfa et que vous payez le transport de cette tonne de riz, son assurance et son débarquement, après avoir payé son embarquement, cela donne le prix de revient, débarquée à Dakar. Quand vous ajoutez une marge, soit une taxe de l'État, soit une marge du commerçant, cela donne un chiffre qu'on ne peut pas réduire si on ne réduit pas le prix de la tonne de riz achetée en Thaïlande à 136 000. Si nous étions des Thaïlandais, nous achèterions la tonne de riz à 136 000 francs Cfa. Mais nous sommes des Sénégalais, à des milliers de km de la Thaïlande. On ne peut pas se lever et dire qu'on va réduire le prix de la boîte de tomate de 100 francs, parce que tout dépend du coût de la boîte quand elle vient d'Italie ou de la région du fleuve», avait-il déclaré.

Un discours qui a mis beaucoup de Sénégalais en colère, obligeant le Directeur de la communication de l'Assemblée nationale, Daouda Ndiaye, à sortir un communiqué pour «préciser» la pensée du président de l'Assemblée nationale. «Nulle part il n'a été dit que le Gouvernement du Sénégal faisait preuve d'impuissance pour régler la question de la réduction des denrées de première nécessité. Il ne s'est nullement agi de suggérer que le Sénégal baisse les bras face à ce dossier. Vous savez que l'action gouvernementale sur les dossiers difficiles à résoudre, prend du temps. Il se trouve que les règles de l'économie moderne et les mécanismes du Commerce international, obéissent aux exigences de la réalité et aux lois du marché, dans ce domaine, la structure du prix, pour chaque produit, est une donnée intangible», écrivait la cellule de communication de l'Assemblée nationale pour sauver les meubles. Mais le mal était déjà fait.

Le lundi 29 avril, Abdoul Mbaye, le Premier ministre, celui qui «exécute la politique de la nation définie par le chef de l'Etat», enfonce le clou. «...Il faut savoir qu'on ne peut pas baisser indéfiniment et surtout tous les prix. Ce n'est pas possible. L'idéal serait que le taximan décide de baisser son prix, que celui qui loue une chambre décide de baisser son prix. Quand le prix du lait en poudre augmente aux Pays-Bas (Hollande) et que nous, nous ne produisons pas du lait, quand il augmente en Irlande et que nous, on n'en produit pas, quand il y a des fiscalités qui sont presque insignifiantes sur ces produits, mais quand cela arrive ici, ça coûte plus cher», disait-il. Une vérité crue qui n'est toutefois pas en adéquation avec le discours du Président et les promesses qu'il a faites aux populations et qui ont été déterminantes dans son élection en remplacement d'Abdoulaye Wade.

Conscient des désagréments que ces deux déclarations ont engendrés, Macky Sall veut sauver les meubles. Il a instruit Abdoul Mbaye et son gouvernement de mener une contre-offensive suite aux propos de Moustapha Niasse et Abdoul Mbaye pour rassurer les populations que tout n'est pas perdu et raviver ainsi la flamme de l'espoir. «Le Président a demandé que les responsables se taisent s'ils n'ont rien à apporter aux populations et non développer des discours qui ne font que les mettre davantage en colère. On est là pour trouver des solutions aux préoccupations des populations et non donner l'impression que le pouvoir est incapable», explique un proche collaborateur du chef de l'Etat qui révèle que Macky Sall n'a pas aimé les deux sorties.

Pour rassurer les populations, il n'est pas exclu que le Premier ministre Abdoul Mbaye lui-même se jette à l'eau pour faire face aux populations à travers ses représentants à l'Assemblée nationale. Abdoul Mbaye devrait revenir sur certains points de sa déclaration de politique générale afin de mieux faire comprendre que la voie empruntée par son gouvernement peut sortir le pays de l'ornière. Toutefois, les plus radicaux dans l'entourage présidentiel demandent tout simplement qu'Abdoul Mbaye soit relevé pour donner un nouveau souffle au gouvernement et faire courir une nouvelle période de grâce pour la nouvelle équipe qui reprendra le flambeau.

L'Observateur

Rewmi

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