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Saleh Kebzabo et  Ngarlejy Yorongar à Ndjamena au Tchad, le 23 avril 2011. AFP/Gaël Cogne
Saleh Kebzabo et Ngarlejy Yorongar à Ndjamena au Tchad, le 23 avril 2011. AFP/Gaël Cogne

Déby refuse la démocratie au Tchad

Saleh Kebzabo revient sur les raisons qui l'ont conduit à boycotter la présidentielle du 25 avril au Tchad. L'opposant du président Idriss Déby dénonce les menaces sur la démocratie.

Fallait-il encore boycotter la présidentielle du 25 avril 2011 après celle de 2006 au Tchad? L’opposition ne court-elle pas le risque d’une nouvelle marginalisation? Ce sont les questions qui se posent, aujourd’hui encore, après l’annonce de la réélection d’Idriss Déby alors que nous avions décidé, nous, les «poids lourds» de l’opposition, de suspendre notre participation au scrutin.

Tout a commencé avec le fiasco des législatives du 13 février 2011. Ce jour-là en effet, les Tchadiens se sont massivement rendus aux urnes mais le scrutin a été entaché de graves irrégularités, pour certaines imputables à l’incapacité de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), pour d’autres à une fraude massive du parti au pouvoir, le Mouvement patriotique du salut (MPS).

Désaccords sur la carte d'électeur

Au vu des résultats et des faits incriminés, les candidats à la présidentielle ont saisi la Céni d’une requête en cinq points considérés comme des préalables: l’édition d’une nouvelle carte d’électeur dans une autre couleur, l’impression de bulletins de vote numérotés, la non-immixtion de l’administration dans le processus électoral, le réaménagement des démembrements intérieurs et extérieurs de la Céni et la livraison sur site du matériel électoral au moins trois jours avant le jour du scrutin.

Dans les jours qui ont suivi, tous les candidats ont eu deux séances de travail avec la Commission électorale et le président Idriss Déby Itno. Apparemment, la question concernant la carte électorale a constitué le point d'achoppement. Combien de temps cela prendra-t-il et ce délai n’empièterait-il pas sur les délais constitutionnels? Face aux autres candidats, Idriss Déby Itno a en effet accédé à tous les points, sauf le premier. Les deux camps se sont retranchés dans leur position sans faire la moindre concession.

Le camp présidentiel rappelle la Constitution: le candidat élu doit impérativement prêter serment le 8 août, pas un jour de plus, et la proposition d’une nouvelle carte prorogerait ce délai d’au moins trois mois et, selon lui, c’était inacceptable. Deux des candidats, Pahimi Padacke Albert et Nodji Madou, ont cédé et rallié cette position (ils sont considérés comme proches du parti au pouvoir).

Les trois autres, Kamougué Wadal Abdelkader, Yorongar Ngarléjy et moi-même, avons argumenté. Il est curieux que le président Déby, qui a tordu le cou à la Constitution en 2006, s’en fasse aujourd’hui un vaillant défenseur (Déby a notamment supprimé la limitation du nombre de mandats pour pouvoir se présenter autant de fois qu’il le souhaitait)! D’ailleurs nous avons soutenu l’idée non pas d’une révision constitutionnelle mais d’une simple loi qui prorogerait le mandat sans porter atteinte aux pouvoirs actuels du président. Puisqu’il a été démontré que la carte d’électeur a été la pièce maitresse de la fraude lors des législatives, nous n’entendions pas servir de faire-valoir ou d’accompagnateur à la présidentielle avec la même carte.

Le verdict des urnes fait peur à Déby

Les discussions ont au moins permis de régler les questions financières: les participants ont vu leurs dépenses de campagne et les frais des délégués des bureaux de vote pris en charge, soit environ 250.000.000 F.CFA (environ 380.000 euros).

De ce qui précède, il est évident que l’accord du 13 août 2007 (PDF) signé entre la majorité et l’opposition —sur lequel tous les espoirs étaient fondés— a fondu comme neige au soleil. De mon point de vue, la faute en revient au camp présidentiel qui vient de faire la démonstration qu’il n’était pas encore prêt à accepter les règles démocratiques. Nous avons en effet fait la preuve aux législatives que le pays était majoritairement avec l’opposition et c’est cette perspective qui a fait peur au président Déby lors de la présidentielle. Dans ces conditions, il est fort à parier que l’heure de l’alternance par les urnes n’est pas prête de sonner au Tchad.

Saleh Kebzabo

Saleh Kebzabo

Député à l'Assemblée nationale tchadienne et président de l'Union nationale pour la démocratie et le renouveau (UNDR).

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