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«A ballons rompus» avec Lamine Traoré dit «Jules» : «Les Stadistes sont capables de remonter les 3 buts, pourvu qu’ils y croient…»

Nul besoin de disposer d'une boussole pour retrouver le domicile de Lamine Traoré dit «Jules» à Dravéla-Bolibana. Nous y sommes conduits par une connaissance, qui avait pris le soin de l'en informer quelques jours plutôt. C'est un homme simple, «bon causeur» et d'un commerce agréable qui nous reçoit dans la salle de séjour de sa maison. Nous avons discuté à «ballons rompus» pendant plus d'une heure et trente minutes. Ses débuts dans le football, son cursus scolaire et sa carrière sportive et administrative, tout y est passé. Seul bémol, «Jules» ne se souvient plus des dates avec exactitude, à cause des chocs reçus à la tête de la part des défenseurs durant sa carrière. Interview !

Lamine Traore Jules

Bama Sport : Présentez-vous à nos lecteurs
Lamine Traoré : Je m'appelle Lamine Traoré dit «Jules», ancien footballeur, ancien entraîneur, cadre supérieur de l'aéronautique à la retraite.
Comment est venu le surnom «Jules» que vous portez?
Lorsque j'étais jeune, je me suis inscrit moi-même à l'école, contre l'avis de mon père. Un de mes amis m'a surnommé Jules Ferry. C'est de là qu'est venu le surnom de «Jules».
Parlez-nous de vos débuts dans le football
J'ai débuté comme tous les jeunes africains dans la rue. Puisque j'ai le sens de l'organisation, j'ai regroupé quelques amis et nous avons créé l'ASB (qui n'a rien avoir avec l'actuelle ASB) à la fin des années 50. Nous avons battu, lors des matchs amicaux, toutes les grandes équipes de Bamako, à savoir la Jeanne d'Arc, le Foyer, le Racing. Nous avons voulu nous inscrire à la Fédération, mais tous les grands clubs s'y sont opposés, car chacun d'eux voulait d'une fusion avec l'ASB. Ne sachant où aller, nous avons fusionné avec l'Africa Sports qui était composée de jeunes lycéens et étudiants, comme la plupart d'entre nous.
A l'indépendance, suite à la fusion entre le Foyer et l'Africa, nous sommes allés au Djoliba, club qui comptait dans ses rangs des joueurs d'expérience et qui ne permettait pas notre épanouissement. Quelques années plus tard, je suis allé au Stade malien où j'ai rencontré des amis comme Mamadou Keïta dit Capi qui était mon cadet de promotion au lycée technique, avec lequel je partageais le même lit à l'internat (contre l'avis du maître d'internat), Moussa Traoré dit Gigla que j'ai connu dans les matchs inter-quartiers avec l'Espérance de Médine et bien d'autres.
Votre intégration a-t-elle été facile au Stade malien ?
Oui, vous savez, je suis issu d'une génération qui a assisté aux victoires en Coupe AOF de la Jeanne d'Arc, mais au moment de fusionner avec un club, nous ne l'avons pas choisi, car il y avait de bons joueurs et mes amis et moi n'avaient aucune chance d'y jouer. En plus, au lycée technique, j'étais le capitaine d'équipe ; Capi était un bon attaquant, mais à cause de son gabarit, je lui ai conseillé de garder les buts. Dans un premier temps, il a refusé et suite à 3 blessures après 3 matchs inter-scolaires, il a choisi le poste de gardien de but. Donc, au Stade malien, tout le monde m'a adopté, à commencer par le coach Oumar Sy qui m'a sélectionné en équipe nationale à l'époque où je jouais au Djoliba.
Venons-en à la double confrontation contre le Djaraf de Dakar.
Le match aller s'est joué à Dakar et l'entraîneur Oumar Sy m'avait demandé de suivre les mouvements des défenseurs sénégalais à partir du banc de touche. Car, il était convaincu que j'exploiterai leurs failles au retour. Nous avons perdu 0-3, à cause d'un arbitrage partial. Nous avons marqué ce jour des buts valables que l'arbitre a refusés. Sur l'un des buts, Cheick Diallo a dribblé toute la défense sénégalaise pour marquer et l'arbitre a trouvé le moyen de refuser son but.
Et ce match du 28 mars 1971 à Bamako ?
Oumar Sy m'avait dit que je débuterai sur le banc de touche. Je n'en ai pas fait un problème. Quelques minutes après le début de la seconde mi-temps, j'ai remplacé Cheick Diallo qui était blessé. Sur ma première balle j'ai marqué le premier but de l'équipe. Sur l'engagement des Sénégalais au centre du terrain, un de mes coéquipiers (dont il ne se rappelle pas) intercepte la balle et me la passe. Je passe en revue le milieu et la défense sénégalaise et sauve la balle qui était en passe de franchir la ligne de but ; et marque d'un tir à effet. A partir de ce moment, les Sénégalais paniquent et perdent leur football. Je récupère une autre balle au niveau du milieu et élimine 4 adversaires, avant de faire un centre en retrait  qui est victorieusement repris par le Nigérien Aboubacar Faliké qui était étudiant à l'ETP (actuelle ENI). Quelques minutes avant la fin du match, je marque le quatrième but du Stade, synonyme de qualification pour le tour suivant.
Dommage que la presse n'ait pas pu relater cet exploit, car nos confrères de «l'Essor» se sont vus refuser l'accès au stade omnisports, malgré la présentation de leurs cartes professionnelles.
Oui, c'est dommage que vous n'ayez pas vu les commentaires de la presse et les photos du match.
Comment faisiez-vous pour avoir des gestes techniques à une époque où la télévision n'avait pas fait son apparition au Mali ?
Je dirai qu'en plus du don naturel, c'est le fait d'avoir occupé le poste de gardien de but qui m'a permis de connaître les faiblesses des gardiens de but. Un gardien de but voit beaucoup de choses à partir de sa cage.
Et votre parcours en équipe nationale ?
Dans les années 70, j'ai été sélectionné par Oumar Sy, puis par Karl-Heinz Weigang. Malheureusement, au moment de la sélection pour «Yaoundé 72», Karl a subi des pressions pour que je ne sois pas sélectionné.
Comment avez-vous pu concilier études et sport à cette époque ?
Comme je vous l'ai dit plutôt, je me suis inscrit moi-même à l'école et j'ai toujours voulu aller loin dans les études. Donc, parallèlement à ma carrière sportive, je suivais mon cursus scolaire.
Vous avez ensuite entraîné les catégories de jeunes au Stade malien. Quelles sont les qualités d'un bon entraîneur de jeunes ?
A ce niveau, il faut être équitable et impartial. Il ne faut pas perdre de vue qu'à cet âge, tout le monde vient pour apprendre le football. Qu'ils soient doués ou pas, la règle doit être la même pour tout le monde.
Vos enfants, sinon vos petits enfants, ont encaissé il y a plus de 10 jours, 3 buts au Cameroun. Ils se trouvent dans votre situation de mars 1971. Quels conseils avez-vous à leur donner ?
Ils sont capables de remonter les 3 buts, pourvu qu'ils y croient et qu'ils soient concentrés et appliqués. Je leur fais confiance et je sais qu'ils pourront le faire. Ils ont toutes mes bénédictions. Au public, je demanderai de l'indulgence vis-à-vis des jeunes et de soutenir les Onze stadistes qui seront sur le rectangle vert.
Un dernier mot pour la famille blanche
Je leur demande de rester unis, solidaires et de soutenir tous les joueurs qui portent le maillot blanc.
Réalisée par Mohamed SOUMARE

Source Bama Sport pour  Maliweb.net

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