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Réflexion proposée par Amadou Traoré dit Amadou Djicoroni : Il n’y a pas d’homme providentiel

Le Mali notre Patrie a besoin aujourd'hui de gagner définitivement la guerre contre le terrorisme, l'intégrisme intolérant et les narcotrafiquants. Il a un besoin urgent de réparer les dégâts de la guerre, de rétablir partout l'administration et les services, de relancer l'édification nationale pour aboutir au maximum de bonheur pour le maximum de nos concitoyens dans le minimum de temps possible.

 

La plupart des Maliens, hommes et femmes, lettrés ou non, dans les villes comme à la campagne, pensent qu'il suffit de confier les affaires du pays à une personne bien, pour qu'il en soit ainsi. Et on cherche la personne bien (mogo nyuman).

Or il est connu dans notre culture qu'une personne, toute seule, ne peut rien : mogo kelen tise (personne ne peut tout seul) ; kelen ya nyalen be Allah kelen de la (seul Dieu est omniscient et omnipotent).

Il est historiquement établi que tous les grands hommes n'ont été que l'incarnation d'une équipe : Jésus Christ avait les Apôtres, Mahomet les Sahibs, El Hadj Omar les Talibés, Samory les Sofas, Lénine le PCB, Mao le PCC, Kwamé Nkrumah le CPP, Modibo Kéïta l'Us-Rda, Sékou Touré le Pdg-Rda, Fidel Castro les Barbidos, etc.

Même dans la vie quotidienne, il est aisé de démontrer que personne ne peut tout seul maitriser tous les aspects d'une question : «Mogo kelen, hakili kelen» (un homme, une vision) ; «Bolokoni denkelen te bele ta» (un seul doigt ne peut prendre un caillou).

Faisons une expérience : montrons à quelqu'un un téléphone portable et demandons-lui s'il le voit. Il y a toutes les chances pour qu'il nous dise qu'il le voit. Or il ne voit que la façade ou le dos ; et quand il voit la façade il ne peut pas en même temps voir le dos et vice-versa. Donc il n'est pas à la portée d'un humain de voir à la fois tous les côtés même d'un petit objet comme le téléphone ; même à la fois le dos de sa main et sa paume. Comment sans aide peut-il embrasser de son seul regard tout le contenu d'une maison, d'un quartier, d'une ville, d'une région à plus forte raison d'un pays ? Il ne s'agit là que d'objets visibles.

Lorsqu'il est question d'analyser une situation, de faire la meilleure synthèse d'une équation politique, un seul cerveau y suffit-il ? Non ! La preuve est que tous les grands intellectuels forment des cabinets, travaillent en équipes dans des laboratoires, animent des colloques, des symposiums, etc.

En 1940, après que les Français aient choisi le Maréchal Pétain pour lui confier la conduite des affaires du pays au prétexte que c'était un officier de valeur «le vainqueur de la bataille de Verdun», le plus ancien dans le plus haut grade, le patriote avéré, etc, Max-Pol Foucher a publié la mise en garde suivante : «Quand le peuple s'en remet de son destin à un seul homme et lui abandonne sa force, il n'est plus «le peuple». Il est masse, matière sans esprit, corps sans âme.»

Pendant tout le reste du temps, de 1940 à 1945, des gens ont continué à chanter les louanges du Maréchal : « Maréchal nous voilà ! Devant toi le Sauveur de la France ; Tu as lutté sans cesse Pour le salut commun. Nous jurons de te suivre. La Patrie renaitra,  Maréchal, Maréchal nous voilà, etc.»

Et en 1945, tirant les leçons de sa gestion, le peuple a mis en jugement le Maréchal, qui a été condamné à mort pour avoir trahi la France. C'est à la suite de cela que la Constitution française de 1946 a été soumise au référendum populaire. Soulignons que le projet a été l'½uvre d'une Assemblée constituante spécialement élue pour sa rédaction.

La Constitution française de 1946 ne prévoyait pas d'élection présidentielle au suffrage direct. Et pour cause. Elle stipulait que le Président serait élu par le Congrès c'est-a-dire par l'Assemblée et le Conseil de la République réunis. Le Conseil de la République était le nom que portait le Sénat actuel.

La Constitution de 1946 ajoutait que «toutes les décisions du Président doivent être contresignées». Cela pour bien préciser que le Président n'était pas autorisé à prendre seul une décision quelle qu'elle soit. On est loin du modèle de président-roi, que promeuvent nos constitutions actuelles.

Donc l'idée qui consiste à chercher l'Homme Providentiel est une erreur, une démarche aride qui ne peut rien donner car cet homme n'existe ni au Mali ni ailleurs au Monde. Il n'y a pas d'Homme Providentiel. C'est là une vérité scientifique, un axiome à ne pas essayer de contourner. La clef de la meilleure gestion des hommes et des choses c'est de se conformer à la loi des cinq doigts de la main :

1. Étudier ensemble (examiner, débattre, expérimenter, etc.)

2. Décider ensemble

3. Exécuter ensemble

4. Contrôler ensemble

5. Corriger ensemble.

Donc renonçons à la recherche de l'homme providentiel pour la recherche de l'Homme qui sait et pratique dans tous les domaines de la vie les principes de l'Homme véritablement conscient de sa nature d'homme :

- celui qui connait ses limites et qui cherche constamment la collaboration de

ses semblables pour être plus efficace.

- Celui qui est instruit et expérimenté mais qui n'en est pas imbu ;

- Celui qui ne décide jamais sans que ce soit l'avis motivé de l'instance qu'il dirige ;

- Celui qui a une grande capacité d'écoute ;

- Celui qui n'émet son avis qu'après avoir entendu celui des autres ;

- Celui qui est constamment préoccupé d'incarner les valeurs définies par les instances démocratiques qui l'ont promu ;

- Celui qui, loin de se croire parfait, tâche de s'améliorer toujours en revêtant la tenue du capitaine d'équipe plutôt que celle de la vedette.

- Celui qui est symbole à force de l'exemple qu'il incarne ;

- Celui qui est vérité, abnégation, désintéressement, justice ;

- Celui qui est moralement fort, physiquement solide et socialement valable ;

- Celui qui est digne, modeste et simple ;

- Celui qui est ferme sans être dur.

Ce sont les bonnes équipes qui font les bons capitaines. Montrez-moi un bon parti, dirigé par une bonne Direction Nationale et je vous montrerai un bon leader politique.

Dans cet esprit, il est évident que certaines notions et certaines pratiques en cours dans notre pays sont pour quelque chose dans la situation dramatique que nous vivons. Par exemple, la notion qui fait du président de la République une Institution. C'est faux ! Car un Homme n'est qu'un Homme, rien de plus. Les qualificatifs laudateurs, les dithyrambes et autres fanfreluches n'y changent rien. RFI en profite bien pour s'en moquer en peignant ce Président fondateur de la République du Gondoina affublé de toutes les capacités et qualités et qui pourtant, est le plus grand champion des bourdes politiques.

Par définition, un Président préside ; ce qui est très différent d'un règne. Donner à une personne le sentiment de l'omniscience et de l'omnipotence (en faire un petit Dieu) est contraire à la démocratie.

La démocratie tourne définitivement le dos à tout exercice de pouvoir qui s'apparente tant soi peu aux pouvoirs royaux ou dictatoriaux. C'est pourquoi la génération qui a combattu le référendum gaulliste de 1958 avait adopté comme mot d'ordre «A bas la Constitution de 1958 ! A bas le régime de pouvoir personnel !»

Il faut donc sortir de la Constitution actuelle qui n'est que le «copier-coller» de la Constitution gaulliste française de 1958, laquelle provoque partout en Afrique des conflits sanglants, des divisions ethniques, des destructions, des dégâts de toutes sortes. Il faut abandonner cette Constitution étrangère à notre culture, cette constitution «délinquannogène», inutilement coûteuse, antidémocratique, qui menace la paix sociale, par les dérives qu'elle engendre comme «les nuages secrètent la pluie».

Au Kenya en 2008, les conflits post-électoraux ont fait plus de 1000 morts, 300 000 blessés, et plus de 600 000 déplacés, sans compter les dégâts matériels. En Côte d'Ivoire pendant 10 ans, il y a eu plus de 3 000 morts et des localités entièrement rayées de la carte. Tout cela pour désigner une seule personne à une fonction, celle de Président pour un seul mandat. C'est trop cher pour rien.

La Constitution qui nous régit aujourd'hui au Mali et qui recèle les mêmes tares est lourde de graves dangers pour la paix sociale, l'éthique et la démocratie. Changeons-la avant toute compétition électorale. C'est indispensable !

Le 17 avril 2013

Amadou Seydou Traoré

Libraire éditeur

Tél : (223) 76 05 76 67

E mail : [email protected]

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