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Vendredi 3 mai ,manifestation pour les libertés d’expression en Tunisie

Les professionnels des médias et la société civile se sont alliés en Tunisie pour fonder une Coalition pour la défense des libertés d'expression en Tunisie . La Coalition appelle à manifester le vendredi prochain 3 mai pour contrer les tentatives de la domestication des médias par le pouvoir en place .

Le bras de fer entre journalistes et gouvernement provisoire , dominé par les islamistes d’Ennahdha , s'est durci en Tunisie à l'approche de la Journée mondiale de la liberté et de la presse qui est célébrée chaque année le 3 mai. Estimant que la liberté d'expression était menacée dans leur pays, le Syndicat national des journalistes tunisiens ( SNJT ) mobilise ses adhérents en vue de lancer des actions de masse pour alerter l'opinion publique contre les tentatives du gouvernement provisoire de contrôler les médias, rappelant les pires moments de censure et de répression sous la dictature de Ben Ali tombée le 14 janvier 2011.

Cette mobilisation va au-delà du secteur de l'information et touche désormais toute la société civile dont les principales composantes se sont alliées avec les professionnels des médias pour constituer une vaste coalition pour la défense de la liberté d'expression. La création de cette coalition est la réponse de la société civile aux menaces que la coalition au pouvoir à Tunis dominée par les barbus d'Ennahda fait peser sur les acquis démocratiques du printemps tunisien.

Les acquis d’après 14 janvier 2011  malmenés

On a longtemps dit que la liberté d'expression et la liberté de la presse sont les principaux acquis de la Révolution. Mais ces acquis ont été plutôt malmenés depuis les élections du 23 octobre 2011 et l'arrivée au pouvoir de la Troïka qui, après avoir tergiversé sur la réforme du secteur médiatique, s'apprête à faire passer des lois à l'Assemblée nationale constituante contraires aux fondements mêmes de la liberté d'expression. C'est précisément pour combattre ces lois liberticides que la Coalition a été mise en place. Son premier rassemblement de contestation aura lieu le 3 mai, faisant suite à la publication du rapport annuel du SNJT sur l'état de la presse en Tunisie.

Un état pour le moins précaire, alors que compte tenu du rôle prépondérant que les médias anciens et nouveaux ont joué dans les événements conduisant au renversement du régime de Ben Ali, on aurait pu penser que le respect de la liberté de la presse irait de soi dans la période postrévolutionnaire. Or il n'en a malheureusement été rien. Au contraire, les conditions d'exercice de la profession de journaliste n'ont cessé de se détériorer au cours des derniers mois.

Recrudescence des agressions et des violences
La montée des agressions et des violences contre les journalistes et les artistes est sans doute le meilleur indice de cette détérioration. Ces attaques physiques, verbales et/ou psychologiques constituent les premiers obstacles à la liberté de la presse dans ce pays. Les journalistes sont agressés sur le terrain par la police, par les extrémistes religieux, et parfois par les citoyens eux-mêmes, sous l'influence des discours incendiaires , « e3lem el 3aar » ( médias de la honte ) qualificatif utilisé par les hommes au pouvoir contre les médias. Les rapports entre les journalistes et les politiques se sont dégradés à tel point que certains observateurs n'hésitent pas à prophétiser qu'après l'assassinat du militant de l’opposition Chokri Belaïd, la prochaine victime risque d'être un journaliste et plusieurs noms sont cités sur les pages Facebook proches du mouvement islamiste au pouvoir !

Le projet de constitution met l'avenir du journalisme et de la Tunisie en péril

Parallèlement à la recrudescence des agressions, on assiste aussi à une hausse inquiétante des procédures judiciaires contre les journalistes. Après la censure administrative de l'ère de Ben Ali, la censure se fait aujourd'hui judiciaire. La plus emblématique des attaques en justice contre les journalistes et les artistes fut celle engagée en 2012 contre Nabil Karoui , patron de Nessma TV , pour avoir projeté le film animé franco-iranien Persépolis. Cette condamnation était basée sur un article du Code pénal hérité de l'ère de Ben Ali. Si les anciennes lois en matière de liberté d'expression ont encore cours, c'est parce que le pouvoir ne fait rien pour moderniser les règles de jeu.

Comme l'a écrit Reporters sans frontières ( RSF ) , la réforme du secteur de l'information est entrée dans une impasse, avec les autorités bloquant l'application des décrets-lois 115 et 116 votés à la suite de la chute du régime Ben Ali, le premier relatif au nouveau code des médias et le second à la création de la Haute Autorité indépendante de la communication audiovisuelle ( HAICA ). Les partis au pouvoir ( CPR ,Ettakattol dominés par les islamiste d’Ennahdha ) se proposent de remplacer ces lois, considérées beaucoup trop libérales, par le projet de loi organique en discussion actuellement à la Constituante et qui, s'il est voté, pourrait, selon le SNJT, mettre l'avenir du journalisme et de la Tunisie en péril.

D'aucuns estiment que l'article 121 de l'avant-projet de la Constitution dans sa 3è version , va encore plus loin. Elle favorise le retour de la censure et la création d'une instance de contrôle et de surveillance équivalente au ministère de l'Information sous un régime totalitaire. C'est pour sensibiliser la population à ces risques de dérapage que la Coalition fraîchement créée appelle ses adhérents et ses supporters à manifester leur mécontentement dans la rue, le vendredi 3 mai prochain.

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