mis à jour le

Ndeye Sow 47 ans, maman de Pape Samba Ndiaye : «Sous l’emprise d’un djinn, mon fils se lacère le corps depuis l’âge de 2 ans»

C'est un bout de femme qui fait pitié à voir. Le regard vide, l'air perturbé, Ndèye Sow est gagnée par la douleur de voir son fils aîné vivre sous l'emprise d'un «mauvais» djinn depuis 30 ans. Son fils Pape Samba Ndiaye, 33 ans, est atteint d'une maladie qui l'incite à se lacérer le corps à l'aide d'objets tranchants. Flanquée de ce lourd «fardeau» que les hôpitaux n'ont pu lui enlever, elle a toqué à la porte de L'Observateur pour partager sa peine. Coincée dans un grand boubou vert-blanc, elle narre son histoire.

«Je m'appelle Ndèye Sow. J'ai 47 ans. J'habite à Diourbel. Je vis un calvaire depuis bientôt 30 ans. Mon fils aîné, du nom de Pape Samba Ndiaye, né en 1980, est malade depuis qu'il a été sevré du lait maternel. Il avait moins de deux ans. Il est atteint d'une maladie très bizarre. C'est quinze (15) jours après son sevrage qu'il a commencé à piquer des crises. Un jour, alors que je préparais du couscous pour le dîner avec ma mère, mon fils qui jouait à côté avec un autre enfant a subitement pris peur. Il a commencé à crier et à se débattre. Je me suis approchée de lui en catastrophe et je me suis mise à pleurer. C'était la première fois que cela lui arrivait. Il était inerte. Il ne respirait presque plus. Je l'ai pris dans mes bras et je me suis mise à crier, ma mère a accouru. Je lui ai lancé: «Wooy Pape Ndiaye est décédé !» Ma mère s'est rapprochée davantage, lui a versé un pot d'eau et il a repris connaissance. Nous l'avons conduit manu militari à l'hôpital de Diourbel et le médecin nous a dit que l'enfant se portait bien. Nous sommes retournés chez nous. Puis les crises ont repris de plus belle. Bizarrement, c'était toujours à la même heure, à l'approche de la prière du crépuscule.

A chaque fois, ma mère l'aspergeait d'eau et il reprenait connaissance. J'ai fait le tour de toutes les structures sanitaires de Diourbel. Mes voisins m'ont alors conseillé d'aller voir du côté de la médecine traditionnelle. C'est ainsi qu'un marabout m'a dit que mon fils est possédé par des djinns et qu'il exécuterait tous ses ordres. Nous avons vécu ainsi jusqu'à ce qu'il ait l'âge de huit (8) ans. Entre-temps, il s'était calmé. Mais, à l'aube de sa huitième année, alors que je pensais enfin voir le bout du tunnel, il s'est un jour réveillé vers minuit, a ouvert la porte de sa chambre, a escaladé le mur et s'est retrouvé dans la maison de nos voisins. Il est allé directement sauter dans le puits qui se trouve dans la cour de nos voisins. Alertés, les sapeurs-pompiers sont venus l'extirper du puits pour le conduire à l'hôpital. Il a refait la même chose le lendemain et le sur lendemain et à la même heure.»

«Il a recommencé jeudi dernier à se recouper le corps»

«Ensuite, il est devenu plus violent. Il a commencé à se déchirer le corps à l'aide d'objets contondants. Il a à maintes reprises tenté de se donner la mort pas pendaison. On m'a dit qu'il agissait sous l'emprise du djiin. Dés fois, il lui arrivait de creuser et d'enterrer une partie de sa tête. Parfois aussi, quand je cuisinais, il arrivait qu'il vienne enlever la marmite et qu'il se mette à se brûler avec les braises. Les sapeurs-pompiers de Diourbel qui sont très compréhensibles m'aidaient à chaque fois à le transporter à l'hôpital. Et comme, il a des plaies partout sur le corps, il se met à les couper. Son corps est dans un état pitoyable. Il est trop violent. Quand je l'emmenais au centre psychiatrique de Thiaroye, ce sont les sapeurs-pompiers de Diourbel qui nous escortaient. Nous sommes venus à trois rendez-vous. Et à chaque fois, il criait et se cognait contre le mur et se vidait de son sang. Lorsque l'un des docteurs est arrivé à le maîtriser, il m'a demandé s'il agissait ainsi tous les jours, j'ai répondu par l'affirmative. Il m'a alors dit que la médecine ne pouvait rien pour soigner mon fils et qu'il serait plutôt mieux que j'aille voir du côté des marabouts, puisqu'il n'a décelé aucune maladie chez lui. Le jeudi passé, il a recommencé à se couper le corps. Il ne fait pas de mal aux autres. Même quand on essaie de l'arrêter, il jette l'objet tranchant pour ne pas blesser les autres.

La maladie de mon fils s'aggrave de jour en jour. J'ai peur qu'il ne mette fin à ses jours. Il a parfois des envies suicidaires. Quand je lui demande pourquoi, il se fait du mal, il me dit qu'il ne sait même pas. Et qu'il y a quelqu'un qui lui parle, mais qu'il ne voit pas. Quand il se fâche, il se gratte sans cesse et va directement chercher une lame ou un couteau. J'ai fait des recherches dans ma famille, pour voir si ce n'était pas héréditaire, mais mes recherches ont été vaines. C'est le seul membre de ma famille qui souffre de cette maladie. Je ne sais plus à quel saint me vouer. Nous avons vendu la moitié de notre maison pour le soigner. C'est mon fils aîné et j'avais placé tout mon espoir en lui.»

L'Observateur

Rewmi

Ses derniers articles: Remaniement ministériel du 1er Septembre : Comment Mimi Touré a court-circuité Eva Marie Coll  Aliou Cissé:  Nécrologie- Décès du journaliste Abdoulaye Sèye 

pape

AFP

Le pape souhaite un accès électronique aux textes sacrés pour les jeunes en Afrique

Le pape souhaite un accès électronique aux textes sacrés pour les jeunes en Afrique

AFP

Le président de la RD Congo Joseph Kabila reçu par le pape François

Le président de la RD Congo Joseph Kabila reçu par le pape François

AFP

Crystal Palace: Pape Souaré absent quatre

Crystal Palace: Pape Souaré absent quatre