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Le Trésor lève 58,21 milliards de dirhams en 4 mois !

 

Le Trésor accentue ses levées sur le marché des adjudications pour faire face à ses importants besoins de financement dans un contexte de rareté des ressources. Cette situation se traduit par une augmentation de la dette intérieure et une hausse significative des rendements. 

 

«Le Maroc vit au dessus de ses moyens». Avec le creusement du déficit budgétaire, de plus en plus d'observateurs donnent l'alarme et demandent à ce que la Royaume adopte un nouveau modèle économique plus viable que celui qu'il suit actuellement et qui ne mènera, selon les dires de ces observateurs, qu'à un creusement continu du déficit budgétaire. En tout cas, une chose est sûre, l'Etat a du mal à faire face à ses importants besoins de financement, que l'épargne nationale n'arrive plus à satisfaire. La situation semble se corser davantage cette année à cause de la morosité économique qui tend même à ralentir encore plus les recettes du Trésor. D'ailleurs, malgré les encaissements de l'IS, le Trésor a levé 12,31 milliards de dirhams en avril. Ce montant est toutefois légèrement inférieur aux prévisions de la Direction du Trésor et des Finances Extérieures (DTFE) qui tablaient sur un montant des adjudications compris entre 13 et 13,5 milliards de dirhams.

 

Hausse de la dette intérieure

 

Face à cette situation, le Trésor a accentué ses levées brutes sur le marché des adjudications. Ainsi, durant les 4 premiers mois de l'année, les levées brutes ont totalisé un montant record de 58 milliards de dirhams. Ce montant correspond à 48,21 % des levées enregistrées au titre de l'exercice 2012 (120,3 milliards de dirhams). La structure des levées montre un renforcement des maturités à court terme qui représentent environ 65 % des levées totales des 4 premiers mois de l'année. On notera qu'au niveau de ces maturités, le Trésor a levé un montant d'environ 5 milliards de dirhams au taux de 4,12 %, contre 3,78 % en 2012.

Le recours massif du Trésor au marché local a eu plusieurs impacts. D'abord, il se traduit par un renforcement du niveau d'endettement du Trésor sur ce marché. Ainsi, à fin mars 2013, l'encours de la dette intérieure s'est apprécié de 6,1 % par rapport à fin 2012 pour s'établir à 380 milliards de dirhams. Au rythme où vont les levées sur le marché primaire, même en tenant compte des importants remboursements décaissés, la dette intérieure devrait franchir la barre des 400 milliards de dirhams au terme de l'année en cours.

 

Forte hausse des taux

 

Ensuite, la forte présence du Trésor sur le marché des adjudications a eu un impact sur les taux moyens pondérés primaires des Bons du Trésor qui ont enregistré des hausses significatives comprises entre 18 points de base (pbs) et 56 pbs sur les différentes maturités, à l'exception de celle de 10 ans qui n'a pas connu d'adjudication. Les plus fortes hausses ont été enregistrées sur les maturités courtes de la courbe des taux. Ainsi, les maturités 35 jours, 13 semaines, 26 semaines et 52 semaines ont enregistré des hausses respectives de 56 pbs à 3,97 %, 51 pbs à 4,10 %, 38 pbs à 4,26 % et 34 pbs à 4,12 %. Sur les maturités moyenne et long terme, les taux ont progressé de respectivement 30 pbs à 4,68 % pour 2 ans, 18 pbs à 4,75 % pour 5 ans, 44 pbs à 5,52 % pour 15 ans. Ces fortes hausses ne sont pas sans impacts sur les investissements dans les OPCVM. En effet, la valeur liquidative d'un OPCVM varie plus ou moins fortement lorsque les taux d'intérêt évoluent. Ce risque est mesuré par la sensibilité de l'OPCVM. Ainsi, une sensibilité de 3 signifie qu'une hausse de 1 % des taux d'intérêt se traduira par une baisse de 3 % de la valeur liquidative de l'OPCVM. Plus la sensibilité est élevée, plus le risque est grand. C'est dire que dans le cadre de la hausse actuelle des taux, ce sont les OPCVM qui présentent des sensibilités élevées qui souffriront le plus.

Par ailleurs, la forte présence du Trésor sur le marché de la dette entraine un effet d'éviction au détriment des entreprises dans un contexte d'assèchement des liquidités. L'Etat étant jugé infaillible, dans un contexte difficile marqué par la montée des risques, les investisseurs ont tendance à préférer les Bons du Trésor et ce d'autant plus que ceux-ci offrent des rendements meilleurs qu'auparavant. En plus de l'effet d'éviction, la hausse des taux induite par cette forte présence du Trésor renchérit le coût de refinancement des entreprises privées qui recourent au marché des capitaux.

In fine, face à cette situation, beaucoup pensent que l'Etat pourrait sortir des capitaux sur le marché international afin d'alléger la pression exercée sur le marché local. Toutefois, la situation macroéconomique nationale ayant évolué défavorablement depuis la dernière sortie du Royaume sur ce marché, il est peu probable que le Maroc puisse obtenir des conditions de financement identiques à ceux de la dernière sortie.

Moussa Diop

La Nouvelle Tribune

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