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Quand Central Park était noir

Central Park n’a pas toujours été le spot préféré des joggeurs new-yorkais. Autrefois, le parc abritait le village de Seneca, une petite communauté composée en grande partie d’Africains-Américains, jusque dans les années 1850, où le village a été détruit pour permettre la construction du célèbre parc américain:

«Depuis plus d’une décennie, des anthropologues et historiens reconstituent ensemble la brève histoire (de cette) communauté d’Africains-Américains […] Mais puisque (ses) vestiges se trouvent sous le parc, les dirigeants de l’Institute for the Exploration of Seneca Village History n'ont pas été autorisés à entreprendre la seule chose permettant de lever le voile sur la vie quotidienne des 260 habitants: creuser», révèle le site du quotidien américain The New York Times le 27 juillet 2011.

Mais il y a 8 semaines, la ville a avalisé l'organisation des fouilles sur la zone ouest de Central Park, non loin de la 85e rue. Les premiers résultats ne se sont pas fait attendre:

«Alors que les forages n’avaient produit que peu d’artefacts, les fouilles, qui s’achèveront vendredi [29 juillet], ont permis de rassembler 250 sacs de matériaux, qui devraient occuper les spécialistes pendant des mois, voire des années. Le travail de mercredi [27] lui seul a fourni un manche de brosse à dents en os et le couvercle d’un pot en grès.»

Le village était composé aux deux tiers d’Africains-Américains, le reste des habitans étant d'origine européenne, irlandais pour la plupart. Issus de la classe moyenne, ils avaient fondé le village en 1820, sept ans avant l’abolition de l’esclavage à New-York.   

Le site du Seneca Village Project précise:

«Le village de Seneca a existé de 1825 à 1857 […] Il s’agit de la première véritable communauté d’Africains-Américains propriétaires à Manhattan. Dès les années 1840, la communauté est devenue multi-ethnique, avec des Africains-Américains, des immigrés irlandais et allemands, et même quelques Amérindiens.

En 1865, le recensement de l’Etat de New-York fait état d’environ 264 individus vivant dans le village. Il y avait trois églises, une école et plusieurs cimetières. Avec les années, le village de Seneca a été rasé, et son identité effacée avec la création de Central Park.»

Pour Madeline Landry, étudiante en anthropologie, la découverte la plus marquante fut «une petite chaussure, avec une semelle de cuir et un dessus en tissu», sans doute celle d’un enfant. Elle avoue avoir eu «la gorge serrée» devant cette trouvaille:

«C’est quelque chose de tellement intime […] Cette chaussure était portée par une personne qui se baladait ici même.»

L’institut en charge des fouilles prévoit d’organiser des visites sur le site des recherches le 24 août prochain.

Lu sur The New York Times