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L'Eglise catholique camerounaise en veut au portefeuille de ses fidèles

«On dirait que la messe n’est rien d’autre qu’un meeting social au cours duquel se succèdent des paniers pour la collecte des fonds.»  C’est le cri d’exaspération d’Hervé Bidjogo, un fidèle catholique vivant à Yaoundé, la capitale du Cameroun.

Le jeune homme a profité des travaux des évêques camerounais, réunis du 4 au 6 mai 2011 dans le cadre l’assemblée plénière de la Conférence épiscopale nationale du Cameroun (CENC), pour dénoncer ce qu’il considère comme une forme d’arnaque. Au quotidien Le Jour, il avance que cette attitude de l’Eglise à multiplier les quêtes au cours d’une même messe l’a un peu découragé. Il préfère désormais rester chez lui plutôt que se rendre dans une chapelle.

Le sentiment d’Hervé Bidjogo semble de plus en plus partagé par les fidèles catholiques au Cameroun, au moment où le clergé cherche un moyen de compléter la dotation annuelle du Vatican. En effet, chacun des 24 diocèses que compte le Cameroun reçoit au minimum la somme de 18 millions de francs CFA annuels (27.440 euros) pour ses frais de fonctionnement. Par ailleurs, le Vatican finance également une bonne partie de la formation des grands séminaristes et des projets de construction de nouvelles églises.

Des sommes importantes, d’où l’étonnement de certains fidèles quand les évêques camerounais décident de remettre à l’ordre du jour la question de «l’auto-prise en charge» de l’Eglise. Le clergé entend développer des activités génératrices de revenus comme la création de fermes avicoles, de supermarchés, d’écoles privées ou de centres de santé, et solliciter un peu plus la générosité des fidèles, car, estime-t-il, la dotation du Vatican est insuffisante.

Cette idée est contestée par un prêtre bien introduit dans l’Eglise catholique camerounaise:

«Il y a assez d’argent, ce d’autant plus que, à la dotation du Vatican, il faut ajouter les aides de certaines organisations caritatives internationales comme Missio basée en Belgique et Miva dont le siège est en Autriche.»

Aussi s’insurge-t-il contre la tendance à la multiplication des quêtes lors des offices:

«Ce sont les prêtres qui gèrent mal les ressources financières qu’ils reçoivent des fidèles et des diverses dotations.»

Monseigneur Joseph Atanga, archevêque de Bertoua (dans l'est du Cameroun) et président de la Conférence épiscopale nationale, a tout de même reconnu officiellement que l’utilisation des moyens collectés devait se faire dans la transparence:

«Le prêtre est au service du peuple de Dieu qui doit s'occuper de lui. Mais que faisons-nous des moyens mis à notre disposition par le peuple de Dieu? Intendants des mystères de Dieu, nous devons aussi être de bons intendants des biens temporels.»

Lu sur Le Jour