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Sikasso : LES RAVAGES DE L’ORPAILLAGE

Destruction systématique de l'environnement, déperdition scolaire, désertion des champs par les bras valides, conflits entre villages ..., la ruée vers l'or a de multiples répercussions désastreuses sur le climat socio-économique de la région

Nous l'avons déjà écrit dans ces colonnes : l'orpaillage traditionnel est devenu un véritable fléau dans la Région de Sikasso. La  ruée vers l'or a des conséquences désastreuses sur le développement socio-économique dans la région. L'activité a été décriée un peu partout lors de la récente tournée du gouverneur de la région, Mahamadou Diaby dans les cercles de Yanfolila, Kolondiéba, Sikasso et Kadiolo (Réf l'Essor du 23 avril).

Selon le président de la délégation régionale de la Chambre des mines de Sikasso, Amadou Sy, plus de 80 sites d'orpaillage ont été recensés dans la Région de Sikasso. La Chambre des mines s'emploie à règlementer cette activité conformément au nouveau code minier.

A Kolondiéba, un élu local dénonce avec véhémence cette activité qui favorise la déperdition scolaire et la fuite des bras valides pour les travaux champêtres. « Il suffit qu'on annonce la découverte d'une pépite d'or dans une zone pour que les gens se ruent dans cette direction.  Souvent il ne s'agit que de fausses informations », s'insurge l'élu municipal, en citant un exemple dans la commune rurale de Nangalasso situé au bord de la rivière Bagoé où un orpailleur aurait trouvé une pépite qui lui aurait rapporté plus de 10 millions. Depuis lors, c'est la ruée vers le site. Des élèves, avec l'assentiment de leurs parents abandonnent les bancs. Les bras valides ont déserté des champs. Ce qui handicape sérieusement l'agriculture, l'activité principale de la Région. L'élevage n'est pas non plus épargné, car les zones de pâturage sont truffées de puits. Des agents de l'Etat ont abandonné leur poste. Autre effet désastreux de l'orpaillage : la détérioration des rapports entre les habitants des villages qui se disputent la propriété des sites d'orpaillage.

Outre les Maliens, les chercheurs d'or ont afflué d'un peu partout de la sous-région. Tous sont pressés de faire fortune. L'autre grande victime de cette fièvre de l'or est la nature. Séni K. Traoré, le directeur régional des Eaux et Forêts de Sikasso est aujourd'hui un homme en colère. C'est surtout le saccage des forêts classées qui le désespère. Et contrairement aux autres exploitants des ressources naturelles, les orpailleurs n'épargnent aucune espèce d'arbre.

D'autre part, le directeur régional de la Géologie et des Mines de Sikasso, Abdoulaye Kéïta, a attiré l'attention  des orpailleurs et des exploitants de métaux et métalloïdes, sur l'interdiction formelle de l'usage du mercure et du cyanure dans l'extraction artisanale de l'or à cause des risques lié à l'utilisation de ces produits pour l'homme, les animaux et l'environnement. La manipulation de ces produits hautement toxiques est délicate, explique-t-il.

Au regard de tous ces méfaits de l'orpaillage anarchique sur le développement harmonieux de la région de Sikasso, le gouverneur Mahamadou Diaby et les autorités des cercles touchés par le fléau, ont convenu de la fermeture de tous les placers du 31 mai au 31 octobre 2013, le temps des travaux champêtres. Des dispositions sont envisagées pour mettre fin à la déperdition scolaire due à l'orpaillage tandis que des mesures disciplinaires seront prises à l'encontre des fonctionnaires de l'Etat ou des collectivités qui abandonnent leur poste  pour aller chercher fortune sur les sites d'orpaillage.

F. DIABATE

Amap-Sikasso