mis à jour le

Alain Dolium en 2009 lors de la campagne pour les régionales. REUTERS/Pascal Rossignol
Alain Dolium en 2009 lors de la campagne pour les régionales. REUTERS/Pascal Rossignol

Dolium, futur Obama français? Pas question...

Noir d'origine antillaise, Alain Dolium fait son chemin dans la politique française avec le MoDem. Il refuse l'étiquette d'«Obama français», préférant parler de lutte pour l'égalité des chances.

Alain Dolium est un homme politique noir; une phrase qui, en France, tient presque de l'oxymore. Et de fait, cet homme d'affaires, qui sera candidat aux législatives de 2012, est un individu à part: en dépit de la riche diversité culturelle de ce pays (composé de blancs, de noirs originaires d'Afrique et des Caraïbes, et d'une communauté arabe de plus de 5 millions d'habitants), la quasi-totalité de sa classe politique est blanche.

L'Assemblée nationale ne compte qu'un seul élu noir en France métropolitaine. Alain Dolium est né de parents antillais, et il n'a jamais hésité à critiquer le tabou virtuel qui empêche les Français de discuter librement des races et du racisme. «Nous vivons sous le poids d'une immense hypocrisie, explique-t-il dans une interview accordée à The Root. Tous ceux qui évoquent la question de la race sont perçus comme étant des antirépublicains.»

Et pourtant, nous dit Dolium, une seule communauté détient l'essentiel du pouvoir social, politique et économique: la majorité blanche. Un état de fait qui pourrait être, selon lui, lié à un état d'esprit: bien des Français voient leur pays tel qu'il était hier, et non tel qu'il est aujourd'hui.  

«La France a créé un pays imaginaire. Nous parlons encore de "nos ancêtres, les Gaulois", explique-t-il. Les flux qui alimentent la France —le Maghreb, l'Afrique et les Antilles— sont rejetés par les Français.»

Tête de liste pour le MoDem

Dolium a 43 ans. Il est né à Paris, et a grandi dans la banlieue industrielle de Malakoff. Il a étudié à l'Ecole supérieure de commerce d'Amiens, au nord de Paris, avant de faire son troisième cycle à Montréal. L'homme est un entrepreneur: il est le PDG et le cofondateur d'Obad, une société de marketing mobile, qui dispose de bureaux à New York et à Paris. Il est par ailleurs membre du Mouvement Démocrate, le parti centriste français plus connu sous le nom de MoDem, dont il devrait être tête de liste en Ile-de-France lors des prochaines élections législatives. Si le MoDem l'emporte —ou, de façon plus réaliste, s'il forme une coalition avec le parti vainqueur— Dolium pourrait alors prétendre à un poste au sein du gouvernement.

Bien évidemment, certains observateurs (et certains médias) parlent déjà d'un «Obama français». Mais pour Dolium, cette étiquette est un piège; une tentative de réduire sa candidature à sa couleur de peau, sans évoquer ses positions politiques. Selon lui, l'élite politique française n'est pas prête à accepter la diversité —mais il pense que les citoyens de son pays pourraient voter pour un candidat noir.

Il essaie d'échapper au destin qu'ont pu connaître d'autres hommes et femmes politiques noirs dans le monde politique français. Lorsque Nicolas Sarkozy a été élu, en 2007, président de la République française, il a nommé plusieurs personnes issues de la diversité au gouvernement; Rama Yade, femme d'origine sénégalaise, fut ainsi nommée secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme. Mais son ministre de tutelle, Bernard Kouchner, a vite sapé son autorité en déclarant que ces questions dépendaient intégralement du ministère des Affaires étrangères.

Yade s'est attiré les foudres de Sarkozy en s'opposant publiquement à plusieurs de ses décisions et, finalement, en refusant de se présenter aux élections européennes, comme le Président lui avait demandé. En 2009, elle fut reléguée au secrétariat d'Etat aux Sports. Lors du dernier remaniement gouvernemental, le Président l'écarta encore plus du pouvoir en la nommant ambassadrice de la France à l'Unesco, et ce en dépit de sa grande popularité.

«En général, les partis au pouvoir cherchent à recruter des hommes et des femmes noirs, et leur confient des postes de première importance, explique Dolium. Mais ces derniers n'ont jamais l'occasion de former une base politique; lorsqu'ils quittent le gouvernement, ils abandonnent donc du même coup la vie politique.» Dolium a toujours refusé de s'occuper des dossiers traditionnellement confiés aux noirs (jeunesse, sports, quartiers difficiles) pour se consacrer complètement au développement économique et à l'innovation. «En France, je suis l'un des rares hommes politiques noirs à traiter des questions d'ordre national», affirme-t-il.

Egalité des chances

Dolium estime que la France devrait œuvrer à l’égalité des chances économiques, et faire en sorte que la jeunesse ait accès à une éducation de qualité. «Chaque année, 150.000 jeunes obtiennent un diplôme sans maîtriser les fondamentaux du français et des mathématiques, précise-t-il. Leur échec est inévitable.» Il estime que son pays est «déterministe», qu’il ne laisse pas beaucoup de place à la mobilité sociale. «Votre lieu de naissance conditionne votre avenir, dit-il. Un étudiant issu du milieu ouvrier a seize fois moins de chance d’entrer dans une grande école qu’un jeune issu de la classe moyenne.»

La France a tenté d’y remédier en adoptant –timidement– l’affirmative action américaine, appelée «discrimination positive». Quelques grandes écoles ont ainsi mis en place une procédure spéciale d’admission pour favoriser les étudiants issus de familles pauvres. Dolium estime qu’il faudra faire beaucoup plus d’efforts pour assurer une meilleure égalité des chances. Il remarque qu’une centaine d’écoles primaires (la France en compte au total près de 16.000) accueillent l’ensemble des enfants des Français les plus favorisés, garantissant par là même leur réussite sociale.

«Il me suffit de connaître le lieu de naissance d’un enfant et le nom de son école primaire pour savoir s’il réussira dans la vie», affirme-t-il.  

La France interdit d'autre part le recueil de statistiques ethniques; il est donc difficile d'y mesurer les progrès réalisés par les minorités et les effets de la discrimination. Des représentants des minorités ont milité pour la collecte des données ethniques, sans succès: Sarkozy y serait opposé.  

«Si nous voulons réduire l'inégalité des chances, qui existe de facto, il nous faut avoir un aperçu plus clair de l'identité et de la situation des victimes.»

La France a essayé d'encourager l'innovation en accordant des incitations fiscales aux grandes entreprises décidant d'investir dans les start-up. Un échec, selon Dolium: ceux qui gèrent ces mesures ne comprennent que le monde des grandes entreprises. Résultat: «Ces lois asphyxient l'innovation.» Fort de son expérience entrepreneuriale, il estime bien évidemment pouvoir résoudre ces problèmes. Première étape: les élections de 2012. S'il est élu, il pourrait bien commencer à apprécier l'étiquette d'«Obama français».

Joel Dreyfuss

Traduit par Jean-Clément Nau

 

Joël Dreyfuss

Joël Dreyfuss. Directeur de la rédaction du magazine The Root.

Ses derniers articles: Pourquoi l’affaire Troy Davis est capitale  Dolium, futur Obama français? Pas question... 

Bernard Kouchner

Gênant

Bernard Kouchner rattrapé par la Françafrique

Bernard Kouchner rattrapé par la Françafrique

procès

Les aventuriers de l'Arche perdue

Les aventuriers de l'Arche perdue

ONU

Pourquoi l'ONU n'intervient pas militairement en Côte d'Ivoire

Pourquoi l'ONU n'intervient pas militairement en Côte d'Ivoire

France

AFP

Une émission de France 24 en arabe interdite au Maroc

Une émission de France 24 en arabe interdite au Maroc

AFP

France et Côte d'Ivoire vont renforcer leur coopération militaire

France et Côte d'Ivoire vont renforcer leur coopération militaire

AFP

Sahel: la France propose

Sahel: la France propose

MoDem

Actualités

Domino, nouveau modem 3G de poche d’Orange Tunisie

Domino, nouveau modem 3G de poche d’Orange Tunisie

[email protected] (Author Name)

Orange Tunisie commercialise le Domino E5331, modem de poche 3G, à partir de 49 dinars

Orange Tunisie commercialise le Domino E5331, modem de poche 3G, à partir de 49 dinars