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La dernière déclaration de l’ANC témoigne du gouffre qui sépare ceux qui tiennent le haut du pavé et le peuple

On a finalement eu droit à une riposte qui se veut vigoureuse de l'Assemblée nationale constituante (ANC). Le flot de critiques soulevées par la troisième mouture de la Constitution procéderait de la «campagne de dénigrement». Dans une déclaration, le bureau de l'ANC impute cette campagne au «jaillissement de voix discordantes» de l'intérieur et de l'extérieur de l'Assemblée pour semer le trouble et gâcher la joie du peuple tunisien. Des voix qui «semblent être synchronisées», ajoute l'ANC.
On est vraiment en plein registre pathétique. Les «voix discordantes pour semer le trouble et gâcher la joie du peuple tunisien», ça a un air de déjà-vu. De tout temps, les pouvoirs ont opposé cela aux critiques. Encore une fois, on voit volontiers la paille dans l'½il du voisin et l'on ne voit point la poutre qui est dans le sien. Quant à la prétendue joie du peuple tunisien, on voudrait bien en avoir des témoignages concrets. Dans un pays où plus de trois cent mille personnes ont fréquenté les hôpitaux psychiatriques depuis la « révolution ».

Les observateurs non avertis pourraient croire à une cabale ourdie de l'extérieur, en étroite alliance avec les félons de l'intérieur. D'autant plus que le texte de l'ANC ne parle guère des contresens, inanités et insuffisances que recèle le nouveau projet de Constitution. Qui ressemble à tout sauf à un texte constitutionnel bien charpenté. Les plus éminents constitutionnalistes tunisiens ont émis un avis défavorable à son encontre. Ils ont même boycotté les travaux de retapage ou de replâtrage dudit projet auxquels ils ont été conviés.

Rien ne sert de camper sur une attitude inquisitoriale en vue de balayer d'un revers de main les critiques amplement justifiées du nouveau projet constitutionnel.
Le philosophe Bernard Lempert a décrit dans un texte important les mécanismes inquisitoriaux où «le soupçon devient la doctrine». Ecoutons-le: «La persécution s'organise à partir d'une projection et en pratiquant un amalgame. On projette la hantise du mal sur un Autre, qui devient alors la figure du mal. Et cet Autre-là, on le fabrique en mêlant les genres et en mêlant surtout la réalité à la fiction… En fabriquant ce simulacre de culpabilité, il s'accorde à lui-même un simulacre d'innocence» (Le Monde des religions, mai-juin 2008 p. 40).

Convenons-en. L'ANC ne peut pas tout faire toute seule. Son mandat ne justifie point l'arbitraire. La Constitution est une affaire nationale, d'intérêt national. Elle doit faire l'objet d'un large consensus. Impérativement. Autrement, elle n'a pas de sens. La Loi fondamentale doit projeter la volonté commune. Elle ne saurait s'appuyer sur quelque majorité circonstancielle.

Que des critiques du projet constitutionnel mis au jour fusent, cela ne devrait guère outrer nos élus. Les médias et la société civile sont le réceptacle par excellence du débat citoyen sur la Constitution, ses choix, ses orientations. A-t-on fait une révolution pour voir, de nouveau, la volonté populaire confisquée par un quarteron de politiciens parlant au nom de la majorité qui ne s'y identifie guère ? Pourquoi tant de hargne à l'égard de la critique et de ses auteurs ? Pourquoi l'ANC campe-t-elle si pitoyablement sur la posture de Sainte-Nitouche ?

Les Tunisiens regardent, médusés. La dernière déclaration de l'ANC témoigne du gouffre qui sépare ceux qui tiennent le haut du pavé et le peuple. Il est temps que les élites au pouvoir aient plus d'égard à l'endroit des Tunisiens évoluant au ras du sol. La démocratie est un processus en perpétuelle édification. La légitimité est toujours à réinventer, stimuler, enraciner. Les vicissitudes du quotidien remettent en cause forcément la crédibilité de ceux qui gouvernent. Fussent-ils élus le plus démocratiquement.

A ce train-là, on se demande si nos élus arriveront bien à parachever leur mandat. Que dis-je, «leur mandat» ? Encore faut-il que la durée du mandat proprement dit soit spécifiée d'une manière claire, nette et précise. Ce qui n'est guère le cas . Hélas.

Par Soufiane Ben Farhat le 29 avril 2013

Remarque : Le titre n’est pas de l’auteur

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