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Justin Koutaba : « La Côte d'Ivoire adoptera une loi sur le foncier qui préservera aussi les intérêts des ressortissants burkinabè »

Enseignant au département de Philosophie à l'Université de Ouagadougou, ancien ministre de la Jeunesse et de l'Emploi et aujourd'hui ambassadeur du Burkina en Côte d'Ivoire, le Pr Justin Koutaba n'est plus à présenter. Présent dans les arcanes du pouvoir depuis des années, il n'a cependant pas sa langue dans sa poche. Dans cette interview, il parle de la situation des ressortissants burkinabè en Côte d'Ivoire. Souvent victime de brimades de toutes sortes, la communauté burkinabè contribue malgré tout à la construction du Burkina Faso. Que fait l'ambassade pour préserver leurs intérêts ? Qu'en est-il du dédommagement des Burkinabè ayant subi des dommages lors de la crise post-électorale qu'a connue la Côte d'Ivoire ? Le diplomate répond sans détour.

Lefaso.net : Quatorze Burkinabè ont perdu la vie dans la bousculade qui a eu lieu lors de la Saint Sylvestre à Abidjan ; quelle a été la suite de cette affaire ?

Justin Koutaba : Cette bousculade a effectivement été très tragique. Plusieurs personnes y ont perdu la vie. Une dizaine de Burkinabè, essentiellement des femmes et des enfants, y ont aussi perdu la vie. A la survenue de ce drame, les autorités de la Côte d'Ivoire ont pris en charge les soins des blessés et l'inhumation des défunts. L'ambassade qui s'occupe aussi de la protection des Burkinabè n'est pas restée inactive. Nous avons donc secouru les malades et les familles de ceux qui ont perdu la vie dans cet accident malheureux. Grâce au service social qui est installé au sein du Consulat, nous avons assisté dans la mesure de nos moyens les différentes familles en mettant surtout l'accent sur l'assistance morale.

La Communauté burkinabè en Côte d'Ivoire est aussi solidaire. Pour cela, en plus de ce que les autorités ivoiriennes et les autorités diplomatiques et consulaires ont fait, notre communauté a vraiment participé à la prise en charge morale et matérielle des victimes de cette bousculade. Comment s'est faite concrètement la prise en charge des blessés ?

Nous avons dénombré une dizaine de blessés légers. Ils ont tous été pris en charge par les autorités ivoiriennes au sein du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Cocody. Ils y ont passé un court temps.

Depuis la fin de la crise postélectorale en 2010, la Côte d'Ivoire connait très souvent des attaques perpétrées par des individus armés contre la population. Comment se fait la sécurisation des ressortissants burkinabè dans un tel contexte ?

La Côte d'Ivoire se trouve dans une situation de crise postélectorale. Il y a donc une circulation massive d'armes légères et même de guerre. Ce qui veut dire qu'il existe un climat d'insécurité qui se caractérise par des attaques perpétrées par des individus ou des groupes d'individus non identifiés ou même par des assaillants. Abidjan est une grande métropole et connait de ce fait le banditisme que toute grande ville connait. Cela vient aggraver le climat d'insécurité.

Mais les autorités ivoiriennes déploient des moyens énormes en ce moment pour lutter contre l'insécurité, les attaques et le grand banditisme de façon à créer un climat serein et pour les Ivoiriens et pour les communautés étrangères qui vivent en Côte d'Ivoire. Car s'il n'y a pas de paix, il n'y a pas d'investissements. Et il n'y a pas de développement sans sécurité. C'est la raison pour laquelle nous constatons un certain nombre d'initiatives au niveau du Ministère de l'Intérieur et de la sécurité, de l'Armée et des forces de sécurité ayant pour objectif de créer la sécurité en Côte d'Ivoire.

Existe-t-il des consignes particulières que vous donnez aux ressortissants burkinabè surtout quand on sait qu'ils font objet d'attaques de la part des autochtones ?

Il faut commencer par noter qu'il n'y a plus beaucoup d'attaques. La Côte d'Ivoire gagne de plus en plus la guerre contre l'insécurité, contre ces attaques qui venaient troubler la vie des paisibles citoyens. Mais quand ces attaques étaient courantes, nous demandions à nos ressortissants de prendre les dispositions qui leur permettraient d'être en sécurité.

Quelles étaient ces consignes ?

Elles consistaient essentiellement à ne pas fréquenter les endroits à haut risque, à ne pas sortir tard la nuit et à participer aux efforts que déploient les Forces de sécurité et de protection pour lutter contre l'insécurité. Nous pensons que c'est dans ce sens que tout le monde pourrait jouir de la sécurité générale.

Parmi les difficultés que vivent les Burkinabè, il ya le problème foncier qui a toujours été la pomme de discorde entre les Ivoiriens et les Burkinabè. Comment se résout désormais ce problème ?

La Côte d'Ivoire est un grand pays de production agricole et forestière. Elle enregistre la présence de ressortissants de plusieurs pays de la Cedeao et d'autres pays de la sous région. Une pression réelle existe sur les terres. Cette pression crée parfois des tensions entre les autochtones et les allogènes, entre les allogènes et les allochtones et entre les autochtones et les allochtones.

La communauté burkinabè qui est un des facteurs de cette production agricole et forestière n'est donc pas en marge de ces tensions et de ces conflits sur le foncier. Mais la Côte d'Ivoire cherche aujourd'hui à résorber ces conflits fonciers par l'élaboration et l'adoption d'une loi sur le foncier qui va permettre de règlementer un peu l'occupation des forêts et la question foncière. Cette loi qui sera faite dans l'esprit de protéger les acquis et les intérêts des uns et des autres devra permettre d'apaiser un peu le climat et de permettre aux gens de continuer à produire sereinement.

Quel sera le sort des Burkinabè qui possèdent déjà des terres ?

Il s'agira de créer une loi sur le foncier pour règlementer le domaine. Cette loi s'appliquera à tout le monde. S'il se trouve qu'un ressortissant burkinabè ou quelqu'un de toute autre nationalité occupe de façon irrégulière la terre, il va devoir se conformer à la loi. Il est aujourd'hui question de déguerpir ceux qui occupent de façon irrégulière et illégale des forêts classées.

Des Burkinabè sont concernés par ce déguerpissement ?

Oui. Nous les sensibilisons et travaillons avec les autorités ivoiriennes afin de trouver des voies alternatives qui pourraient permettre à ces exploitants de trouver d'autres terres afin de continuer leurs activités de production.

Un autre volet. Les Burkinabè qui se rendent en territoire ivoirien sont souvent victimes de rackets sur la route surtout en partie ivoirienne. Quelles solutions envisageables pour mettre fin à cela ?

Les problèmes de la fluidité du trafic et de la libre circulation des personnes et des biens entre la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso sont une réalité. C'est la raison pour laquelle, durant les travaux relatifs à la préparation de la Conférence au sommet des chefs d'Etats, les problèmes de tracasseries routières ont été posés. Il est prévu, pour y mettre fin, la signature d'un protocole d'accord lié à cette question et la mise en place d'un comité de suivi en Côte d'Ivoire et au Burkina Faso de la mise en ½uvre du protocole d'accord. Pour cela, l'ambassade est directement impliquée dans ces différents projets qui vont permettre l'effectivité de la libre circulation des personnes et des biens entre les deux pays amis et frères.

Des Burkinabè ont subi des dommages pendant la crise postélectorale en Côte d'Ivoire. D'autres ont même été tués. Qu'en est-il du dédommagement des victimes burkinabè de cette crise post-électorale ?

Durant la crise postélectorale, des centaines de Burkinabè ont en effet perdu la vie et des centaines d'autres ont perdu leurs biens. Les autorités ivoiriennes ont mis en place une commission en charge du dialogue, de la vérité et de la réconciliation. Nous pensons qu'au niveau de cette Commission, toutes les victimes ont été recensées et nous y avons transmis un dossier complet sur les victimes burkinabè.

Une solution de dédommagement, de justice a été proposée de sorte à ce que dans le traitement de ce dossier les intérêts des uns et des autres soient le plus possible préservés. La commission en charge de la réconciliation a pris en main la question qui évolue positivement dans son étude et nous pensons que dans les dispositions qui ont été prises au niveau de la Commission et au niveau de l'Etat ivoirien, toutes les victimes seront dédommagées.

Des hommes d'affaires burkinabè font transiter leurs marchandises par le port d'Abidjan. Qu'est-ce qui est fait pour la sécurité de ces personnes et de leurs biens ?

La crise post-électorale avait fait que nos opérateurs, pour des raisons de sécurité, s'étaient détournés du port d'Abidjan au profit d'autres ports. La paix est aujourd'hui revenue en Côte d'Ivoire. Nos opérateurs ont repris le chemin du Port autonome d'Abidjan. Ce port a aussi pris des dispositions comme la baisse des taxes, la prise en charge de certains frais portuaires afin d'attirer de nouveau des investisseurs économiques et des transporteurs burkinabè. Des réductions substantielles de taxes portuaires ont déjà été adoptées. Et nous pensons que ces dispositions sont susceptibles d'améliorer et de faire revenir nos opérateurs économiques vers le Port autonome d'Abidjan qui est le débouché naturel et historique du Burina Faso.

Peut-on dire aujourd'hui que la sécurité est définitivement de retour en Côte d'Ivoire ?

En Côte d'Ivoire, on vit aujourd'hui librement et on construit librement. Les investisseurs sont de retour. La Côte d'Ivoire est en plein chantier. La sécurité est garantie et l'Etat continue de faire de grands efforts afin que cette sécurité soit maintenue. Etant conscients que le développement est tributaire de la paix et de la sécurité, le président Alassane Dramane Ouattara et le gouvernement ivoirien travaillent d'arrache-pied afin de créer les meilleures conditions de travail pour les

Forces de défense et de sécurité qui sont là pour garantir la paix et la sécurité. Il est tout à fait constatable aujourd'hui que la Côte d'Ivoire est un pays fréquentable. Les garanties sont prises pour favoriser un vivre-ensemble harmonieux et permettre aux uns et aux autres de mener paisiblement leurs activités.

Comment voyez-vous le futur de la Côte d'Ivoire ?

Il est vrai que nous vivons toujours certaines conséquences de la crise postélectorale. Mais, sur le plan de la sécurité et de la paix, nous pouvons dire que la crise est désormais derrière nous et que nous allons vers un environnement apaisé. Nous aurons une Côte d'Ivoire fière de sa légendaire hospitalité, où il fait bon vivre et où les citoyens pourront aller et revenir librement sans être inquiétés.

Jacques Théodore Balima
Lefaso.net

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