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Un tiers des Africains appartiennent à la classe moyenne

Il y a quelques temps encore, lorsque les économistes parlaient de l’Afrique subsaharienne, les analyses portaient sur un seul pays: l’Afrique du Sud. Il y a encore une décennie, c’était le pays le plus riche, avec des institutions solides et une bourse d’échanges. Mais surtout, l’Afrique du Sud possédait ce dont aucun pays au sud du Sahara ne pouvait se vanter: une classe moyenne forte et prospère.

Aujourd’hui, la donne a changé. Plus d’un tiers de la population africaine, soit 313 millions de personnes sur le milliard que compte le continent, font aujourd’hui partie des classes moyennes, selon une étude publiée par la Banque africaine de développement, la BAD (PDF) en avril 2011. C'est presque l’équivalent de ce que la Chine ou l’Inde compte comme classes intermédiaires.

L’Afrique du Sud n’est donc plus le seul îlot de prospérité en Afrique noire. Dans la plupart des pays du continent, un grand nombre de personnes possèdent maisons et voitures, parfois plusieurs téléphones portables, utilisent Internet et envoient leurs enfants dans des écoles privées ou des universités aux Etats-Unis, au Canada et en France. A titre d’exemple, le taux de ménages possédant un véhicule est passé à 81% depuis 2005 au Ghana.

Pour Mthuli Ncube, économiste en chef à la Banque africaine de développement et auteur de l’étude, avec ces nouvelles classes moyennes c’est bientôt la fin des clichés sur une Afrique où règnent famine, pauvreté et désespoir:  

«L’instruction est le principal facteur de l’émergence des classes moyennes. Nous devrions changer notre vision et travailler avec ces catégories sociales pour créer une nouvelle Afrique et veiller à ce que le continent réalise son plein potentiel.»

Qui sont les classes moyennes?

Pour la BAD, les classes moyennes dans le contexte africain sont des personnes qui dépensent en moyenne entre 2 et 20 dollars par jour (entre 1,4 et 13,9 euros). Elles sont constituées de salariés d’entreprises privées ou parapubliques, de commerçants ou de patrons de petites et moyennes entreprises (PME). Les familles issues des classes moyennes sollicitent assez peu les hôpitaux publics et préfèrent dépenser d’importantes sommes d’argent dans des cliniques privées. Par ailleurs, les classes moyennes ont tendance à avoir de moins en moins d’enfants et à dépenser davantage pour leur alimentation et leur instruction.

Le rapport de la Banque africaine de développement souligne également que les classes moyennes ont augmenté de 3,1% en Afrique au cours des 30 dernières années, soit légèrement plus que la population totale. La Tunisie, le Maroc et l’Egypte sont les pays où l’on retrouve le plus grand nombre de classes moyennes en Afrique. Alors que le Liberia, le Burundi et le Rwanda ont le plus faible nombre. Cela étant, les classes moyennes ont contribué à créer au moins la moitié du produit intérieur brut (PIB) en Afrique, qui s'élève à 1.200 milliards d’euros. Et les prévisions parlent d’un taux de croissance qui devrait atteindre 5,5% en 2011.

Mthuli Ncube se demande quelle sera l’attitude du reste du monde face à cette nouvelle donne:

«Je pense que ceux qui veulent investir en Afrique ont là une occasion en or. Il existe des possibilités de partenariats solides et efficaces.»

L’émergence des classes moyennes représente également une source de démocratie en Afrique:

«Elles sont instruites et savent comment voter, elles savent ce qu’elles veulent et ont des intérêts à défendre», ajoute l’économiste.

Petit bémol tout de même: malgré cette embellie, l’Afrique reste toujours très marquée par la pauvreté, avec 61% de la population vivant sous le seuil de pauvreté, c'est-à-dire avec moins de 2 dollars par jour.

Lu sur Foreign Policy, Guardian