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Le tourisme tunisien n'a pas fait sa révolution

Le lancement de la campagne publicitaire pour le tourisme en Tunisie démarre sur le territoire français ce lundi 9 mai 2011. Elle a commencé par un teasing sur plusieurs supports et sous forme de témoignages de touristes de retour de Tunisie après la révolution du 14 janvier 2011.

La première phase de la campagne prend la forme d’affiches que l'on peut voir dans les stations du métro parisien et les quotidiens gratuits. Fondées sur l'autodérision, ces publicités souhaitent démonter le sentiment d’appréhension des touristes français avec des slogans détournés, comme cette affiche qui montre un vacancier sur un terrain de golf avec ce message: «On dit qu'en Tunisie, les balles fusent».

Le directeur général de l’Office national du tourisme tunisien, Habib Ammar précise que ces messages «ridiculisent la peur». Il ajoute:

«Cette révolution va permettre au tourisme de se relever, après avoir souffert de longues années de maux structurels. Nous avons multiplié par deux et demi le budget alloué à la promotion du tourisme, soit 60 millions de dinars (30 millions d'euros) dont 26 millions seront consacrés à la campagne destinée au marché européen.»

Cette campagne est le résultat de nombreuses consultations et concertations d’experts, de professionnels du tourisme et de particuliers tunisiens. Pas moins de six agences de communication ont répondu à l’appel. Habib Ammar précise l’intention de la campagne:

«Nous avions voulu qu’il y ait l’empreinte tunisienne, nous avons ici beaucoup de talents qui font un travail remarquable.»

Le ministère du Tourisme multiplie les opérations, en invitant par exemple plusieurs personnalités françaises (Patrick Bruel, Serge Moati, Michel Boujenah…) à passer quelques jours en Tunisie du 7 au 10 mai.

Des méthodes dépassées?

Le site Nawaat émet des réserves sur une autre campagne, dont le slogan est «Tunisie, enfin libre de bronzer!», offerte par JCDecaux, groupe français spécialiste de la publicité urbaine. D’une part sur la gratuité annoncée de la campagne qui, selon le site, dévaloriserait l’image du tourisme tunisien, et d’autre part sur les thèmes et jeux de mots utilisés par l’agence chargée de la campagne.

On peut effectivement s'interroger sur la pertinence des slogans sur ces affiches. Qu'il s'agisse de faire de l’humour ou d’exorciser la peur des touristes, elles valorisent des aspects qui semble-t-il pour certains Tunisiens sont à présent dépassés:

«Nous avons d'autres choses à montrer que des golfs qui appartiennent aux anciens dirigeants, ou des sites touristiques qui ne rapportent qu'à l'Etat.»

Libérés du régime dictatorial, peut-être aurait-il été plus judicieux de s’affranchir des vieilles méthodes touristiques? Sondée sur le sujet, la diaspora tunisienne de France reste donc partagée sur cette campagne. D'un côté, elle estime qu'il faut multiplier les actions publicitaires pour favoriser le retour des touristes —et ce quelles que soient les méthodes—, mais de l'autre, elle dénonce le manque d'audace et de courage des agences de communication et du ministère qui, selon elle, n'ont pas su profiter de l'opportunité de changer l'image du pays et restent enfermés dans des schémas qui ont certes ont fait leurs preuves, mais ne correspondent plus à la réalité.  

Lu sur GlobalNet, Info-Tunisie, Nawaat