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Une centrale nucléaire flottante pour la Tunisie ?

Par Ridha Ben Kacem

Envisagé depuis le début des années 2000, le projet de réalisation d'une centrale électronucléaire, en Tunisie, a été confié, officiellement, à la STEG pour études, lors du conseil des ministres du 3 novembre 2006. Le projet prévoit la construction d’une centrale nucléaire d’une capacité de 900 MWe, dont l’entrée en fonction devait intervenir à l’horizon de 2020. L'accident nucléaire de Fukushima, au Japon, le 11 mars 2011, entraina une mobilisation de la société civile, contre le projet qui semble avoir été enterré, depuis. Pourtant la STEG avait bien entamé les études de faisabilité technico-économiques pour l'introduction, éventuelle, d'une centrale électronucléaire, à l'horizon 2020, suivant plusieurs étapes, conformément au plan d'action stratégique, dont notamment :

1 / La mise en place du cadre législatif : par la finalisation des deux projets de lois portant création de l'Agence Nationale de Sûreté Nucléaire (ANSN) et l'Agence Nationale de l'Energie Nucléaire.

2 / Le démarrage des études de faisabilité technico-économiques avec, comme première étape, la rédaction du cahier des charges relatif aux études de faisabilité technico économiques, dont le lancement était prévu pour 2012.

Cependant, pour les écolos et autres anti nucléaire, il n’est pas utile de sonner l’alarme de la mobilisation générale, car le réalisation d’une centrale nucléaire, en Tunisie, n’est pas pour demain.

1 / En aucun cas, le délai de 2020 n'aurait pu être tenu. Les études de ce type de projet exigent, en général, plusieurs années. Quant aux travaux de réalisation, ils s'étalent, en moyenne, sur une dizaine d'années, en l'occurrence, rien que pour la mise en exploitation du premier réacteur.

2 / Le montage financier d'une centrale nucléaire, est des plus délicats et nécessite des années de discussions et de négociations. Avouons-le, compte tenu des difficultés économiques que traverse la Tunisie, il n'est pas évident qu'une centrale nucléaire puisse voir le jour, un jour, dans ce pays. L'équation est simple. La moindre des centrales nucléaires, dotée de deux réacteurs, coûte, environ, 20 milliards de dollars, soit plus de 40 milliards de dinars. Pour rentabiliser le projet, il faut y adjoindre, en une vingtaine d'années, deux ou quatre réacteurs supplémentaires. Ainsi, à titre d'exemple, la centrale électronucléaire de Fukushima compte quatre réacteurs, d'une puissance unitaire de 1100 MWe, soit un total de 4400 MWe, à comparer à la puissance totale de toutes les centrales que compte la STEG, en 2013, soit, 3.526 MWh.

Oui, le nucléaire est très cher et très puissant, car le moindre des réacteurs a une puissance d'au moins, 900 MWe. Ainsi, la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa, au Japon, est considérée comme la plus puissante du monde avec 8 370 MWe de puissance installée. N'allez, surtout, pas croire, cependant, que c'est la centrale électrique la plus puissante du monde. Ce titre est revendiqué, en effet, par la centrale hydroélectrique, du Barrage des Trois-Gorges, en Chine. Cette centrale hydroélectrique est championne du monde, toutes catégories, avec une puissance installée de 22 500 MGe. Quand on est tunisien, on se sent si petit devant de tels chiffres ! Aujourd'hui, il y a 436 réacteurs nucléaires, dans le monde, répartis dans 31 pays, uniquement. Sérieusement, il n'y a aucune chance pour que la Tunisie accueille le 437ème réacteur nucléaire et devienne, ainsi, le 32ème pays à disposer d'une centrale nucléaire. Cessons, donc, de rêver... ou de faire des cauchemars de catastrophes nucléaires.

Mais cela ne règle pas, pour autant, le problème des besoins d'énergie électrique de la Tunisie. Depuis la création de la STEG, il y a 51 ans, le taux d’électrification global, du pays, est passé de 21% à 99,5%, le taux d’électrification rurale, de 6% à 99%, la puissance installée de 100 MW à 3.526 MWh, la production d'électricité, de 288 GWh à 15251GWh, et le nombre de clients de la STEG, de 183.000 à 3.282.521, pour l’électricité. L'ennui, c'est que la consommation, en gaz, des centres de production électrique, a atteint 4.777 tonnes équivalent pétrole (Tep) et cela coûte cher, très cher, même. La STEG a bien tenté de diversifier sa production, en s'orientant, notamment, vers l'éolien et le solaire. Ainsi, l'installation du parc éolien, sur les hauteurs d’El Alia, composé de 143 éoliennes, réparties sur les deux sites, d’une puissance totale de l’ordre de 190 MWe, a coûté 580 millions de dinars. La tranche d’El Alia, concernée par 37 éoliennes, est entrée en service, le 13 avril 2012, suite à une période expérimentale ayant démarré le 20 février. Le reste des éoliennes a été mis, progressivement, en service, sur le reste de l'année 2012. En théorie, l’entrée en exploitation de ce parc éolien devait permettre de générer 600 GWH d’électricité, par an et d’économiser plus de 150 Ktep de combustible fossile. Une goutte d'eau dans l'océan ! Mais, grâce à cette nouvelle centrale éolienne, qui vient s'ajouter à celle d'Al Haouaria, la puissance totale du parc éolien de la STEG se monte, désormais, à 245 MW, soit 6% de la capacité totale du parc de production de la STEG. Mais voilà, des actes de vandalisme sont commis durant le mois d’octobre 2012, sur plusieurs des tours du site d’El Alia, causant de graves dégâts aux structures et installations, ce qui a nécessité l’arrêt total de toutes les éoliennes du site d'El Alia ainsi que celles du site de Kechabta. Sacrés vandales postrévolutionnaires ! 580 millions de dinars, pratiquement, partis en fumée ! Rien de définitif, il faut l'espérer. Mais, à moins de placer une patrouille, autour chaque éolienne, on voit mal comment sécuriser un parc éolien dispersé sur des milliers d'hectares en pleine nature.

S'agissant du solaire, c'est vers le photovoltaïque que la STEG s'est orientée, depuis le début des années 1980. La première centrale photovoltaïque, en Tunisie, a été implantée près de Siliana, avec une capacité de 40 MWh par an. Pour la période 2009-2010, la STEG a prévu, dans ses plans, l’installation de 4 000 kWh de toits solaires photovoltaïques et, entre 2011 et 2014, 13 000 kWh de toits solaires. Pour ce qui est du secteur du solaire thermodynamique, La STEG projette de réaliser une centrale thermo-solaire de 25 MW, à l’horizon 2014. Une centrale thermodynamique est une centrale qui concentre les rayons du soleil, à l’aide de miroirs, afin de chauffer un fluide caloporteur, qui permet, en général, de produire de l’électricité. C'est type de centrales, que les allemands envisagent de construire, en Tunisie, en Algérie et au Maroc, pour produire de l'énergie électrique, pour alimenter le marché européen. Quant au solaire thermique, la surface totale installée de chauffe-eau solaire, avoisine les 500 000 m2, en 2012. Ce secteur est, fortement, subventionné par l’État, la STEG jouant un rôle actif, dans la mise sur le marché du chauffe-eau solaire.

Ainsi, comme on le voit, tant l'éolien que le solaire ne peuvent constituer une solution de substitution à la production d'énergie électrique, à base d'énergie fossile. Selon les projections, la consommation électrique continuera à fortement, progresser durant les prochaines années. Il est évident que beaucoup d'efforts restent à déployer, en matière de rationalisation de la consommation de l'énergie produite. La maitrise du gaspillage constitue un gisement à na pas dédaigner, à la fois, au niveau de la STEG, notamment, au niveau des pertes dues au transport de l'énergie, et au niveau des clients finaux, de la STEG, et notamment, les plus gros d''entre eux, dont les bilans énergétiques ne sont pas forcément, des plus rationnels. Mais il est important, aussi de se préparer, à faire face, à la nécessité d'installer des capacités supplémentaire, pour répondre à l'accroissement de la demande. Ainsi, dans le cadre du développement des capacités de production de l'électricité, le programme de la STEG prévoit la mise en service de trois centrales électriques de palier 400 MW : Sousse C à la fin de 2013, actuellement, en cours de construction, Sousse D en 2015, actuellement, en phase de dépouillement des offres et un troisième cycle combiné, en 2016, au nord du pays, actuellement, en phase de lancement des appels d'offres.

Cependant, dans les perspectives de développement de la production électrique, le projet ELMED est-il le plus important, tant pour la STEG que pour le pays. Le projet ELMED est constitué d'un pôle de production de 1200 MW dont 400 MW seront destinés au marché local et 800 MW à l'exportation, vers le marché italien, via une interconnexion, d'une capacité de 1000 MW, qui devrait être réalisée, en partenariat, entre la STEG et, TERNA, le gestionnaire du réseau italien. Quand, d'autre part, on connait les ambitions allemandes de produire de l'électricité solaire, au sud tunisien, pour l'exporter sur le marché européen, on ne peut qu'être content que, d'importateur net, d'énergie primaire, la Tunisie, devienne un gros exportateur d'énergie secondaire. Oui, mais voilà, les rêves ne se réalisent pas, toujours. La Tunisie attendra, encore, plusieurs années, avant de se spécialiser dans l'export de l'énergie, du fait que la crise économique persiste, en Europe, d'une part, et en raison de la baisse du prix des hydrocarbures, d'autre part. En attendant, la consommation locale continuera à augmenter, inexorablement, ce qui nécessitera l'accroissement, permanent, de la capacité de production. Conséquence, la consommation d'énergie fossile importée augmentera, d'année en année, et ce n'est, nullement, l'augmentation du prix de l'essence, à la pompe, pour les pauvres automobilistes, qui règlera le problème.

Et si la solution miracle consiste à se doter de centrales nucléaires ? Pas d'objection ? Rassurez-vous, il n'y a aucune contradiction avec le développement du début de cet article. En effet, il ne s'agit nullement, ici, de grosses et fort coûteuses centrales nucléaires classiques, mais de ces nouvelles petites centrales flottantes dont la première sera mise en service, quelque part, dans le monde, au cours de cette année. Tout compte fait, en effet, cela se présente, réellement, comme la solution miracle, à tous nos problèmes. Vous êtes curieux de faire connaissance avec ce nouveau produit ? Vous voulez connaitre les avantages qu'offre ce type de centrale nucléaire, pour la Tunisie ? Lisez la suite de cet article, à paraitre, dans les prochains jours.

Par Ridha Ben Kacem le 29 avril 2013

Tunisie Focus

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