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En annonçant sa candidature, Essebsi attire ses adversaires dans ce qu’ils savent faire le moins bien : la politique.

Par Zakaria Bouker

En annonçant sa candidature pour les présidentielles 2014,Beji Caid Essebsi président de Nidaa Tournés prend une longueur d'avance dans lacourse pour le palais de Carthage.

Et la course, il se charge lui-même de siffler son départ. Même si un autre personnage controversé s’est déclaré candidat avant octobre 2011. mais c’est une autre histoire .

Il surprend les partis au pouvoir et l'ANC qui commencent à trop s'installer dans le confort du provisoire durable.

L'embarras des candidats potentiels aux affaires du pays est grand.

S'ils se portent candidats ils s'inscrivent fatalement dans la logique de l'imminence des élections et leurs actions et leur discours perd de sa crédibilité et doit se réduire fatalement à l'expédition des dossiers. Leur discours doit nécessairement défendre un bilan désastreux.

S'ils font le dos rond et se terrent dans le silence, ils perdront un temps précieux dans la campagne électorale et laisseront le champ libre à leur adversaire pour défendre son programme tous azimuts.

Le plus troublant dans cette candidature c'est qu'elle va raviver l'option du régime présidentiel auquel tous les politiques aspirent de façon inavouée , et ce même dans les rangs des partis qui louent les avantages du régime parlementaire.

D' une façon ou d'une autre les candidats potentiels vont devoir annoncer leurs candidatures.

Surpris pour surpris autant prendre le train en marche. Il vaut mieux prendre un mauvais départ tout de suite que de prendre un mauvais départ en retard.

Mais le but est bien plus calculé. Son annonce permet de :

1/ débusquer les candidats, les faire sortir de leur silence et créer ainsi la lutte à l'intérieur des partis y compris ennahdha. la porte est ainsi ouverte aux luttes intestines et les divisions dans les partis au pouvoir abrégeront la vie du gouvernement solidaire autour de ali laareydh

Nous savons que Ghannouchi ne peut pas se porter candidat pour des raisons évidentes. Non seulement l'homme n'a pas le profil de la fonction mais cela va à l'opposé de ce qu'il veut entreprendre : Bannir les élections présidentielles pour un état islamique un mélange de gouvernance entre la Jamahiriya, la Khilafat et le régime d'Iran.

Mais pour cela il faudra du temps pour introduire ce mode de gouvernance et surtout il faut faire passer le projet de la constitution, se débarrasser de ses alliés encombrants qui ne sont pas de cet avis. Et le temps manque.

Il reste à proposer son candidat dans la course forcée. Mais là encore il y a un gros problème.

La Choura avait choisi B'hiri pour remplacer Hamadi Jebali . Moncef Marzouki l'avait refusé et Ghannouchi s'était rabattu sur son confident Ali Laareydh .

Cela fait déjà trois personnes qui se voient dans le costume d'un président. Au diable la choura, c'est de bonne guerre, Bouchlaka , ou Jaziri et tous les amateurs de plateaux se verront plus aptes .

Qui peut bien empêcher Hamadi Jebali de déclarer sa candidature ? Surtout s'il est conseillé par un vieux routier de la politique ,pas la peine de le nommer ? Il est d'ailleurs le seul à être bien conseillé .Il l'a prouvé en prenant rendez- vous avec les élections le 8 février 2013. Même s'il prétend n'avoir reçu aucun conseil.

La pagaille que va engendrer la candidature de BCE dans les rangs d'ennahdha, personne n'en connait la portée et ne prévoit les conséquences.

Il reste le CPR. il y aura autant de candidats que de sous partis qui va encore volatiliser le CPR.

Cependant la candidature de Marzouki mettra ce dernier dans l'inconfort total. L'homme ne représente plus rien et c'est l'occasion de pouvoir le constater sur le terrain. Un président sortant doit essuyer le lourd bilan des autres. Il ne manquera pas de donner des coups à ses alliées au pouvoir , d’Ennahdha et d’de Takattol  et inévitablement il va les charger.

Monsieur Ben jaafar est toujours discret. Il est rodé. il y a peu de chance pour qu'il tombe dans le piège. il y a peu de chance pour qu'il annonce sa candidature.

En ce qui concerne l'opposition, Hamma Hammami nage toujours dans la rhétorique des années 60. Son charisme empêchera de bons candidats potentiels du front de gauche de se présenter.

2/ la candidature de Monsieur Beji Caid Essebsi va remettre l’opinion publique nationale et internationale dans le c½ur du problème qui n’est pas l’islam mais la course au pouvoir. Il y a des chances pour que le monopole de la foi parte en fumée

3/ la candidature de Monsieur Beji Caid Essebsi va réduire le rôle de l’ANC et rappeler que la constitution, s'il elle est mal faite, il faut s'en passer.

L'échec patent dans le choix d'une ANC qui saura assurer une période transitoire, entraîne un autre choix : celui d'un président élu en lieu et place d'une ANC qui a enfanté un monstre tricéphale.

4/Attirer l’attention internationale sur le changement en Tunisie qui est de nature à relancer l’intérêt des investisseurs, redonner de la vigueur aux affaires , redémarrer une machine qui ne demande que cela

5/ Remobiliser les tunisiens qui commencent à se décourager

En annonçant sa candidature, Monsieur Beji Caïd Essebsi attire ses adversaires dans ce qu'ils savent faire le moins bien : la politique.

Par Zakaria Bouker le 28 avril 2013

Tunisie Focus

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