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Andry Rajoelina victime d'attentats qui font pschitt

Qui est entré dans les toilettes du jet privé présidentiel d’Andry Rajoelina? A Madagascar, la question planait depuis le 28 avril 2011. Ce jour-là, l’appareil, dans lequel se trouvait le chef de la Haute autorité de la transition (HAT) accompagné de son épouse et de deux autres hauts dignitaires du régime malgache, avait dû rebrousser chemin vingt minutes après le décollage d’Antananarivo en raison de problèmes techniques.

Un communiqué de la Direction de la communication de la présidence paru dans la foulée avait avancé la thèse d’un «sabotage». Pire, les personnes à bord ont échappé à une possible «explosion en vol» de l’appareil. Pour preuve, le communiqué rapporte le constat troublant fait par les pilotes une fois au sol:

«L’une des couvertures et les toilettes du jet privé ont déjà été utilisées.»

Forcément quelqu’un a pénétré les lieux, déduit-on. L’incident fâcheux a rendu impossible la rencontre avec le président zambien à Lusaka.

La Gazette de la Grande Île s’est interrogée sur le silence remarquable des médias étrangers concernant le «scoop» du sabotage, la presse internationale «craignant une information visant à susciter la pitié et la sympathie de la population (et de l’étranger) envers le chef de la transition».

C’est que le régime malgache est passé maître en effets d’annonce. La Gazette de la Grande Île rappelle objectivement «que les deux précédents "attentats" contre Andry Rajoelina n’ont eu aucune suite, l’enquête ayant sombré progressivement dans l’obscurité après des débuts tonitruants. Le premier fut le tir qui aurait éraflé le pare-brise du véhicule transportant le chef de la transition le 1er décembre 2009. Le second fut l’attentat à l’explosif contre la voiture blindée d’Andry Rajoelina le 3 mars 2011. Après des révélations percutantes le premier jour et des arrestations spectaculaires de chefs de l’opposition, les investigations furent ensuite abandonnées».

La nouvelle affaire du sabotage du jet présidentiel promettait d’être fracassante, elle a finalement «fait pschitt», commente Madagascar-Tribune.com en rapport avec la conférence de presse sur l’enquête le 4 mai. Selon le général, les enquêteurs ont reconnu qu’il s’agissait d’une sorte de canular mais ont insisté sur la responsabilité des deux pilotes. Le général Ravalomanana, qui dirige les forces de l’ordre dans la région d’Antananarivo, a rappelé les peines encourues pour divulgation de fausses informations.

Le chroniqueur de L’Express de Madagascar dénonce la tentation de victimisation:

«La présidence crie systématiquement au sabotage, mais, à ce jour, aucune enquête n'a jamais confirmé ni sabotage ni attentat. Une attitude victimaire, c'est une seconde nature.»

Andry Rajoelina s'est présenté en «victime sur la Place du 13 mai» dans la capitale malgache où il rassemblait ses partisans contre le président Marc Ravalomanana aujourd'hui en exil; «victime le 7 février 2009 devant le palais d’Ambohitsorohitra» lors de la fusillade par la garde présidentielle contre des manifestants sans armes prêts à investir le bâtiment; «victime de l'incompréhension de la SADC», la Communauté de développement d’Afrique australe qui, en tant que médiateur, plaide pour une sortie de crise consensuelle et inclusive, enfin «victime de l'acharnement de l'IATA», l'organisation aérienne internationale qui fait des misères à la compagnie Air Madagascar. En bref, la Haute autorité de la transition est «victime de multiples tentatives qui font pschitt».

En déficit de reconnaissance, la HAT risque de perdre tout crédit avec ces alertes à répétition, comme l'explique L'Express de Madagascar:

«Au loup! Au loup! Au loup! La première fois, les gens cèdent à leur naturel bienveillant et généreux. La deuxième fois, les mêmes gens laissent encore de la place à la présomption de sincérité. La troisième fois, tout le monde s'en moque. Et, à Madagascar, on a le scepticisme hilare.»

Lu sur L'Express de Madagascar, La Gazette de la Grande Île, Madagascar-Tribune.com