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Gestion de la crise : LE DIAGNOSTIC DU COREN

Tout en reconnaissant la nécessité de la réconciliation nationale, du pardon et du vivre ensemble, le Collectif des ressortissants du nord réclame que justice soit faite, car les crimes commis sont trop graves pour rester impunis

Se réconcilier n'est pas seulement surmonter les raisons de se faire la guerre, c'est surtout inventer les conditions pour se parler, écrit Philippe Moreau-Desfarges, dans son ouvrage « Réconciliation et conflits ». Et il ajoute que c'est aussi, « face à une histoire de tumultes et de haines, trouver le bon équilibre de la mémoire : suffisamment s'accepter l'un et l'autre et oublier pour ne plus se combattre, suffisamment se souvenir pour ne pas recommencer ».

Les leaders d'opinion de notre pays semblent partager cette réflexion. En effet, les initiatives en faveur d'une paix durable se multiplient au plus haut niveau. Jeudi, le président de la République par intérim installait les 33 membres de la Commission Dialogue et Réconciliation. Samedi, il a présidé la cérémonie d’ouverture du forum sur « la gestion de la crise au Mali » organisé par le Collectif des ressortissants du Nord (Coren). La rencontre qui s'est achevée hier en fin d'après-midi au Centre international des conférences de Bamako, a réuni plus d’un millier de participants parmi lesquels des ministres et d'anciens membres de gouvernement, des diplomates et surtout un grand nombre de ressortissants du Septentrion.

L'image était belle pour la crédibilité du Coren et la symbolique forte pour le président de la République par intérim. En effet, les réserves faites par le Coren sur la composition de la CRD ont fait l’objet d’un sérieux malentendu au point que Dioncounda Traoré a clairement évoqué « sa surprise » face à la prise de position du Collectif lors de l'investiture des 33  membres de la Commission, la veille (Réf L'Essor du 26 avril). En acceptant de présider les travaux du forum du Coren, le président Traoré a sans doute voulu poser un geste qui efface définitivement « le quiproquo », donnant ainsi l'image d'une équipe soudée, en parfaite cohésion et d'une parfaite identité de vues.

La vision du Collectif n'était d'ailleurs pas à rechercher ailleurs car l'essentiel de ses messages était lisible sur les banderoles accrochées sur les 4 murs de la salle des 1000 places du CICB. « Le vivre ensemble exige la justice, la vérité et la réconciliation », « Concerter pour une vision partagée de la crise au Mali », pouvait-on lire entre autres messages sur les banderoles. Partout, le même message de paix, de réconciliation, mais surtout de justice.

Photo Coren 2 copieLes anciens Premiers ministres, les membres du gouvernement, les responsables des institutions et le président de la CDR présents ont tous compris que l'objectif recherché est « la construction d'une vision partagée avec l'ensemble des communautés du Mali ».

Débout face à l’assistance, le président de la République a chanté l'hymne national au son de la fanfare. La minute de silence à la mémoire des soldats tombés au front et la lecture de la « Fatiha » par Chérif Moulaye Haïdara de Tombouctou ont précédé les discours officiels du président d'honneur du Collectif, Ousmane Issoufi Maïga et du président de la République par intérim qui lancera officiellement les travaux des 6 panels thématiques.

Programmées sur deux jours, les assises ont concerné les populations des régions du Nord dans toutes ses composantes : élus locaux, communautés, confessions religieuses, pouvoirs publics etc…

Pour arriver à des conclusions pertinentes, le Coren a fait appel à l'expertise nationale. Le défi est d’arriver à la réconciliation nationale tout « en poursuivant les auteurs des crimes » et à arriver à la reconstruction des zones ayant souffert de la guerre « avec une approche différente ».

 

PAS DE PRIME A LA REBELLION ET A L'IMPUNITE. Dans sons discours introductif, le président d’honneur du Coren, Ousmane Issoufi Maïga, a appelé de tous ses voeux l’avènement d’un Mali uni, laïc et démocratique où toutes les composantes de la société sont traitées sur un même pied d’égalité.

« Quand certains fils du pays réveillent avec mépris et barbarie les vieux démons endormis créant des groupes armés qui naissent et qui meurent au fil des générations, il faut envisager la paix autrement, c’est-à-dire sans prime à la rébellion et sans impunité», a martelé l'ancien Premier ministre.

Il a remercié le président Traoré et la délégation nigérienne venue participer au forum du Coren, avant de livrer sa vision de la paix et de la réconciliation nationale. « Pour la brutalité et la sauvagerie dont elles ont été victimes par les irrédentistes du Mnla, les populations du Nord réclament à la fois justice et paix », poursuivra l’orateur pour qui le Mnla est le premier responsable des crimes commis dans le Septentrion. En effet, ce mouvement armé animé par des aventuriers,  a épousé une démarche de stigmatisation et de ségrégation en apportant dans sa valise les narcotrafiquants et de vrais faux musulmans. « Ils ont imposé à leur pays une rébellion soudaine qui a occasionné l'occupation des 2/3 du territoire et le déplacement de plus de 400 000 personnes », a observé l’ancien chef du gouvernement. Pour lui, les populations n'avaient d'autres choix que de fuir l'injustice, la honte et l'humiliation.

Ousmane Issoufi Maïga a aussi évoqué la destruction des infrastructures de base (écoles, centres de santé, bâtiments de l'administration) y compris les banques, les marchés. « Le pillage est d'une sauvagerie totale », a constaté le président d'honneur du Coren, avant de dénoncer l’implantation des camps de formation des djihadistes avec leurs « katiba » vivant de drogue et de crimes. Mais tout cela a été rendu possible à cause du Mnla, a tranché Ousmane Issoufi Maïga, regrettant la destruction par les imposteurs, du patrimoine culturel qui est d’une valeur inestimable pour le monde entier.

L'ancien Premier ministre a justement pointé du doigt l'obscurantisme des djihadistes qui ont manipulé la religion à leur guise pour accomplir leurs sales besognes. « A Gao, Tombouctou ou à Aguelhok, les séries de viol et les massacres sont une arme de destruction massive. Les crimes crapuleux ne doivent rester impunies », a encore dénoncé, l'orateur, en faisant remarquer que les communautés noires du Nord ont souffert le martyre et continuent à peiner sous la misère et la peur.

 

DEBAT CLOS. Parlant encore des rebelles du mouvement rebelle indépendantiste, Ousmane Issoufi Maïga ajoute qu’ils prétendent aujourd'hui se désolidariser des jihadistes auxquels ils ont ouvert les voies et dont ils étaient les alliés d'hier. Le président d'honneur du Coren a saisi l’occasion pour adresser ses sincères remerciements et surtout la reconnaissance des hommes et femmes meurtris du Septentrion de notre pays. Les mêmes messages valent pour le Tchad et les autres pays amis dont les vaillants soldats ont versé leur sang sur notre sol.

« Il faut que justice soit faite et que l'impunité et la prime à la rébellion ne soient plus le viatique », a dit Ousmane Issoufi Maïga qualifiant d’impardonnables les crimes commis. « Le Coren peut et doit pardonner sans jamais oublier. C'est pourquoi il réclame que justice soit faite », insistera-t-il.

Faisant allusion au « malentendu » autour de la composition de la CDR, il a indiqué que le Coren ne veut occuper la place de qui que ce soit, mais qu'il entend jouer pleinement son rôle dans l'édification et la refondation du pays. « Le débat sur la CDR est définitivement clos », a-t-il assuré, souhaitant bon vent à cette Commission, avant de promettre le soutien total du Collectif à toutes les bonnes initiatives. Le Coren participera à la Commission, mais avec la vigilance requise.

Cette attitude positive a trouvé une oreille attentive auprès du président Dioncounda Traoré qui, dans son allocution d'ouverture, a indiqué que la portée stratégique des assises est indéniable. « Vous travaux se tiennent au moment le plus opportun », a dit le président Traoré qui a expliqué qu’il souhaitait juste dissiper « le petit malentendu » car « le Mali a besoin du Coren ». Le président Traoré a déclaré n’avoir pas d'autre agenda que le retour de la paix au Mali. Pour lui,  il faut travailler pour savourer à nouveau la liberté retrouvée le long du fleuve Niger, sur les dunes de Tombouctou et aussi autour des oueds de Kidal.

« De faux indépendantistes et de vrais criminels ont déclaré une guerre injuste à notre  pays. Ils ont pillé, lapidé et ont jeté sur les routes des milliers de personnes... Ils visaient à déstabiliser le pays pour instaurer un ordre contre la civilisation, le leur », a fustigé le président de la République par intérim.

« Mais heureusement qu'il y a encore des hommes pour lesquels les valeurs de solidarité veulent dire quelque chose », a relevé Dioncounda Traoré en remerciant le président français François Hollande et la France pour s'être engagés à nos côtés avec célérité et avec courage. Il a également salué la chaîne de solidarité internationale dont a bénéficiée notre pays.

Les crimes commis par les occupants sont odieux et le président de la République par intérim « voit dans chaque viol, le viol de la République et dans chaque sanglot, il aperçoit le sanglot de la République ». En plus des régions du nord, il n'a pas oublié les autres localités du pays qui ont subi les exactions des occupants.

Il a aussi ajouté que lorsque l'armée malienne a battu en retraite et que l'administration s'est repliée, les jeunes du nord ont refusé de se soumettre en prenant de grands risques. Le président de la République par intérim leur a rendu un grand hommage au nom de la Nation.

Il a également salué le Coren pour la qualité de son diagnostic et la pertinence de ses résolutions », avant de lui demander d'être la locomotive de la CDR qui a besoin de contributions de qualité et de diagnostic éclairé.

Pour lui, ceux qui n'ont pas été retenus dans la Commission ne doivent pas abandonner le combat. Il a également promis qu’aucune partie du Mali ne sera une zone de non droit, encore moins un sanctuaire pour de puissances mafieuses. « Le Mali sera un Etat fort où règneront la paix et la justice », a promis Dioncounda Traoré qui a assuré qu’il n'y aura pas de répit et que le dialogue ne sera ouvert qu'avec ceux qui acceptent d'appartenir au Mali. Dioncounda Traoré pense que le problème est dû au fait que la mauvaise graine se camoufle derrière la majorité silencieuse et vertueuse.

Tout en faisant part de son optimisme, il a avertit que la réconciliation se fera dans la justice et à l'échelle de la Nation. « L'opportunité est ouverte pour le Coren de mobiliser et de moraliser pour le vivre-ensemble qui a prévalu pendant plusieurs siècles entre les différentes composantes de notre société », a invité Dioncounda Traoré.

A. M. CISSE

 

 TROIS PROPOSITIONS DU COLLECTIF DES RESSORTISSANTS DU NORD

 

Le Collectif des ressortissants du nord demande principalement trois choses aux autorités. La première consiste à prendre toutes les dispositions requises pour le redéploiement des forces armées et de sécurité dans tous les chefs-lieux de région, de cercle et de commune du Nord, ainsi que dans tous autres sites désignés comme stratégiques.

La deuxième proposition est relative à l'instauration d'un service militaire obligatoire d'une durée de 18 mois pour doter notre pays d'un vivier de combattants aptes et prompts à appuyer les forces armées et de sécurité dans la lutte contre le terrorisme et l'économie criminelle et en assurer une remise à niveau et un suivi périodique.

Troisième préconisation : le Coren compte créer -pour aider les autorités- un Cadre de réconciliation inter-régional pour le dialogue social et la paix aux fins d'apporter des solutions consensuelles et durables sur la base du bannissement de l'impunité.

 

A. M. C

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