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‘’La condition pour que j’enfante…’’

C'était il y a de cela quatre ans. J'avais trente-sept ans et je tenais, vaille que vaille, à avoir un enfant. Toutes mes copines en avaient. Alors pourquoi pas moi ? Il fallait à tout prix que j'enfante. Annie, ma copine d'enfance, venait d'avoir des jumeaux. Cela faisait huit années que j'attendais, en vain, de porter une grossesse de Kader, mon mari. Mes menstrues me rendaient malheureuse. Kader était pourtant optimiste. Il me consolait chaque fois qu'il me surprenait en train de pleurer. Pourtant, les médecins m'avaient rassurée : je pouvais être mère. Il fallait juste être patiente, toujours selon eux. Mais j'en avais marre ! Marre d'attendre et de voir que, chaque jour, des femmes qui ne souhaitaient même pas avoir d'enfant tombent enceinte. Marre de voir des adolescentes qui, après un rendez vous amoureux, tombent enceinte et pleure, rien qu'à l'idée d'être mère ! Moi je n'ai rien fait de mal. Jamais d'avortement. Huit années que je souffre, pourtant ! Et mon âge qui avance, avance. Pire, vus tous les risques de ménopause précoce, j'avais peur. Peur de ne pas connaitre la joie d'enfanter.

Mon amie Sarah a enfin eu son bébé, après cinq années de mariage. J'étais heureuse pour elle, mais triste qu'elle m'ait laissée seule dans cette impasse. Désormais, j'étais seule à pleurer. Contrairement à moi, Sarah consultait beaucoup les marabouts et les féticheurs. J'avais toujours été contre ces pratiques. Lorsqu'elle est tombée enceinte, elle m'a fait comprendre que c'était son marabout qui l'avait aidée car il était très fort pour ce qui est de régler ce type de problèmes. Elle m'en avait dit tellement de bien que j'en eu envie d'essayer. J'avoue qu'au fond de moi, je n'y croyais pas vraiment. Mais Sarah m'avait tellement vanté les pouvoirs de ce marabout, que je me suis résolue à aller le voir. Et pourquoi pas, si cela pouvait m'apporter le résultat escompté ? Le marabout de Sarah habitait à l'entrée de la ville. Son domicile était isolé. Il avait quatre femmes et beaucoup d'enfants. Très respecté dans son quartier, il faisait office d'imam pour la communauté musulmane. Aladji, c'est comme ça qu'on l'appelait, car il avait effectué plusieurs fois le pèlerinage. D'après ce que m'a raconté Sarah, des personnalités du pays avaient recours à ses services pour différents problèmes. L'argent, ce n'est pas ce qui lui manquait car, toujours selon Sarah, bon nombre des personnes qu'il aidait le lui rendaient bien.

La première fois que je vis cet homme, je fus confiante. Il me rassura. Il se venta même du cas de Sarah qu'il avait aidée par ses pouvoirs. Il me garantissait le même résultat si je respectais ses recommandations. J'étais prête à fournir tout ce qu'il me demanderait pour pouvoir être mère. Il fallait environ cinquante mille francs et de petites choses à fournir comme, par exemple : du lait de vache, de la cola, du poulet... enfin, pas grand-chose. J'ai rassemblé tout cela et je suis retournée chez lui. Cette fois, toute seule, comme il me l'avait strictement recommandé. Dans la cour ou vivait Aladji avec ses femmes, il y avait une chambre qui lui servait de cabinet de consultation. Elle était un peu retirée de celles de ses épouses. Lorsque je suis arrivée, c'est là qu'Aladji ma reçue. Je lui ai remis les différents paquets contenant ce qu'il m'avait prescrit, mais il ne s'emblait pas s'y intéresser. Il m'a dit, en souriant, et d'une voix basse : ''Déshabille-toi vite, on va faire... je n'ai pas assez de temps. J'ai beaucoup de rendez-vous''.

J'ai été tellement surprise par ses propos que je lui ai demandé : ''Aladji, tu parles de quoi ?''. L'air surpris, il reprit : ''Donc Sarah ne t'a rien dit des petits secrets que je partage avec les femmes ?'' Je lui ait fait comprendre par un signe de la tête que je n'en savais rien. Alors il s'est assis près de moi et m'a dit ceci : ''pour faire le médicament, je dois d'abord mettre le produit sur mon sexe, et l'introduire dans le tien. C'est ce que les génies demandent. Ce n'est qu'après cela que tu pourras aller avec ton mari, et tu tomberas enceinte, à tous les coups''. Ec½urée par ce que je venais d'entendre, j'ai voulu quand même comprendre ce «mécanisme» plus ou moins curieux. J'ai alors posé la question suivante : ''donc tu mets ton médicament sur ton sexe et tu couches avec moi avant mon mari ? Mais si je tombais enceinte, ce serait de qui ?''. Il m'a répondu, un peu énervé :''tu veux enfanter ou non ? Si tu ne veux pas, on laisse tomber. Plusieurs femmes ont connu le bonheur grâce à moi, je n'oblige personne...''.

Je suis alors sortie de chez lui. Toute malheureuse. Je me suis sentie trahie par Sarah. Car si j'avais su cela, jamais je ne serais venue consulter cet homme. J'avais hâte de voir Sarah. De parler avec elle et de comprendre ce qui s'était passé avec ce charlatan qui trompait les femmes et sa communauté, car malheureusement, il y en a des centaines comme lui à faire croire qu'ils accomplissaient l'½uvre de Dieu. Et pourtant ! Je trouvais cruel de profiter ainsi de la détresse de pauvres femmes à la recherche d'enfants !

Je voulais un enfant, c'était certain. Mais pas à ce prix-là. Je voulais un enfant avec mon époux Kader, l'homme avec qui je m'étais mariée et à qui j'avais juré fidélité. J'étais furieuse. Il me fallait parler à Sarah. Dès que je suis arrivée chez elle et qu'elle m'a vue, elle a senti que j'étais mécontente. Elle m'a prise par la main et m'a conduite dans sa chambre. Avant même que je ne parle, elle m'a demandé : ''tu n'as pas accepté sa proposition, n'est ce pas ?''. J'ai répondu :''le bon sens aurais voulu que tu m'informes de ce qui m'attendait là-bas. Je n'ai pas accepté, et jamais je ne passerai par de telles pratiques pou avoir un enfant''. Elle m'a encore tenue par la main et m'a dit :''Garde ça secret, pardon. Je voulais que tu sois heureuse comme je le suis en ce moment avec mon fils. Mon mari ne sait rien. Mon fils est bien de mon mari. J'en suis sûre''.

Qu'a cela ne tienne ! Mais moi, jamais je ne ferai une chose pareille ! J'attendrai le temps qu'il faudra pour avoir un enfant avec Kader. Dieu est grand ! C'est sur ces propos que j'ai quitté Sarah. Cela a un peu entaché notre relation, mais j'ai toujours gardé son secret. Son fils a aujourd'hui quatre ans. Lorsque je le vois, je ne peux m'empêcher de penser à ce marabout. Il est sa copie conforme. Heureusement que son mari n'en sait rien ! Deux ans après l'épisode du marabout, je suis enfin tombée enceinte. A trente et neuf ans. Malheureusement, j'ai fait une fausse-couche. Je ne désespère pas pour autant.J'espère encore connaitre la joie d'être mère...

La rédaction

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