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Le port de Berbera, au Somaliland. TONY KARUMBA / AFP
Le port de Berbera, au Somaliland. TONY KARUMBA / AFP

Berbera, l'avenir du Somaliland

Le port de Berbera exporte près de 2 millions de têtes de bétail par an. Il est la principale source de revenus du Somaliland. La région autonome entend en faire un port incontournable dans la Corne de l'Afrique.

Le port de Berbera fait face à la mer Rouge. La chaleur dans cette ville du Somaliland est assommante. Le thermomètre flirte avec les 40 degrés. «Cela fait deux ans qu'il n'a pas plu», raconte un chauffeur de taxi. Le paysage est désertique: du sable à perte de vue, quelques buissons ça et là, et une route goudronnée qui relie l'aéroport à la ville.

De midi à 16h, Berbera ressemble à une ville fantôme. Il fait trop chaud pour faire quoique ce soit. Les maisons se succèdent sans une âme qui vive. Parfois quelques chèvres ou un chameau se baladent sur la route. Après la traversée d'un cimetière de bateaux, il apparaît: le port.

Des troupeaux, encore des troupeaux

Berbera est la première source de revenus du Somaliland. Cette région fait son beurre sur l'exportation de bétail. Chèvres, vaches, chameaux, moutons... Depuis 2008, près de deux millions de têtes de bétail sont envoyées chaque année de l'autre côté de la mer Rouge, vers les pays du Golfe. L'Arabie saoudite est le principal client. Les Emirats arabes unis et le Qatar achètent également de la viande congelée.

«Tous ces animaux, c'est mon commerce», confie Mahmud Ahmad Yussef, berger de 28 ans. «C'est un bon travail. Le Somaliland n'offre pas beaucoup d'opportunités d'emplois. Avec ces animaux je gagne environ 250 dollars par mois», se réjouit-il.

Sur les 3,5 millions d'habitants du Somaliland, 55% vivent du pastoralisme. Berbera représente donc une aubaine pour ces bergers nomades.

Tant et si bien que le gouvernement de la région autonome a mis les moyens pour professionnaliser le secteur. Avec l'aide de l'Union européenne, une école vétérinaire a été inaugurée à quelques kilomètres de Berbera. Après trois ans d'études, les jeunes vétérinaires peuvent mettre leurs connaissances au profit du marché de l'exportation.

«Notre école a été créée pour répondre à un besoin urgent», explique Thomas Bazaru Sanga, directeur de l'établissement. «Le secteur pastoral du Somaliland est tourné vers l'exportation. Or, depuis la guerre civile, il n'y avait plus de cadres pour le gérer. Pendant la guerre, le secteur de l'éducation ne fonctionnait plus. Nous avons donc relancé cela en fondant cette école et en formant des cadres qui pourront moderniser l'activité pastorale.»

Chaque année plusieurs milliers d'animaux sont traités dans l'école vétérinaire de Berbera. Etudiants et bergers y font leurs armes pour plus tard. «Nos élèves font leur pratique à Berbera. Ils sont tout à fait familiers avec cet endroit. Et une fois leur cursus terminé, ils mènent rapidement des activités d'export», se satisfait le directeur.

De grands projets pour Berbera

Le gouvernement du Somaliland a de grandes aspirations pour son port. A terme, il voudrait en faire le deuxième de la Corne de l'Afrique et le principal concurrent de Djibouti.

«Le port de Berbera est une fenêtre sur le monde. Il offre des capacités incroyables au Somaliland. Si nous les utilisions à plein, nous pourrions développer bien d'autres secteurs», affirme Mohammed Abudllahi Omar, ministre des Affaires étrangères.

Le gouvernement a déjà lancé des travaux pour améliorer les routes et ressusciter le «corridor de Berbera». Il faut relier le port aux pays limitrophes qui pourraient être intéressés par une alternative à Djibouti.

«L'Ethiopie et ses 80 millions d'habitants sont juste à côté de nous. Si ce pays utilisait Berbera, ne serait-ce que pour exporter la moitié de ses marchandises, alors cela pourrait grandement changer la donne économique de la région», se réjouit le ministre.

En réalité, l'Ethiopie exporte déjà 20% de son commerce par Berbera. La création du Soudan du Sud offre également de nouvelles perspectives au port. «On peut imaginer que Berbera sera une option intéressante pour le Sud s'il désire s'émanciper du Nord pour ses exportations», ajoute Mohammed Abdullahi Omar.

A travers son port, le Somaliland exporte aussi des peaux, de la myrrhe et de l'encens. Le gouvernement entend continuer dans cette voie pour diversifier les activités. En 2009, Berbera rapportait 75% du revenu annuel du Somaliland, qui s'élevait à 35 millions d’euros.

Gaëlle Laleix

Gaëlle Laleix

Gaëlle Laleix. Journaliste française. Spécialiste de l'Afrique. Installée à Addis Abeba.

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