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La blogosphère tunisienne à la rescousse des élections

Trois semaines et deux jours, c’est le temps imparti aux Tunisiens pour s’inscrire sur les listes électorales. Les opérations, démarrées le 11 juillet, s’achèveront donc le 2 août prochain. Mais à ce jour, seuls 1.160.062 habitants sont inscrits, dans un pays qui compte 7,9 millions d'électeurs. Face à chiffres alarmants, des Tunisiens se mobilisent.

Le site internet Tekiano.com présente l’initiative de trois blogueurs (Kissa On Line, Mohamed Mtaallah, Fléna Bent Flén) baptisée «Bloguer pour l’inscription aux listes électorales». Sur la page Facebook dédiée au projet, ils en appellent la blogosphère tunisienne:

«Chères amies blogueuses, chers amis blogueurs, nous voudrions faire du 25 et 26 juillet deux journées de bloging sous le thème de l'inscription aux listes électorales [...] Le but étant d'encourager nos compatriotes à se déplacer et s'inscrire aux listes électorales. Nous espérons que vous pourriez vous joindre à nous.»

Selon le site Global Voices, «plus de 309 blogueurs avaient confirmé leur participation à l'événement».

D’ailleurs, sans faire le lien avec cette initiative, le site Tunisie Numérique rapporte les propos de Boubaker Bethabet, Secrétaire général de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie), qui indiquait mercredi 27 juillet:

«[D]es taux élevés d’affluence vers les bureaux d’inscription ont été enregistrés lors des deux derniers jours, avec respectivement 82.456 inscrits pour la journée du mardi et 129.185 inscrits pour le mercredi».

Sauf mobilisation sans précédent, cela risque néanmoins de ne pas suffire. Même avec 100.000 nouveaux inscrits par jour (chiffre évoqué par Tekiano.com), seule une minorité de la population tunisienne sera en mesure de voter. Sur les sept derniers jours, le pourcentage d’inscrits sur les 7,9 millions d’électeurs tunisiens est seulement passé de 2% (selon Afrik.com) à 14,7%.

L’enjeu est pourtant de taille. Il faut entièrement «reconstituer les listes [électorales], les actualiser et y ajouter tous ceux qui avaient été écarté», rappelle Afrik.com. De surcroît, le vote —le premier depuis la révolution— qui se déroulera le 23 octobre prochain vise l’élection de l’Assemblée constituante, chargée d’établir une nouvelle Constitution.

Pourquoi une mobilisation populaire si faible, six mois seulement après la Révolution? Afrik.com met en cause la campagne médiatique menée par le ministère de l’Intérieur: trop confuse, cette dernière suggèrerait que la carte d’identité nationale suffit pour voter. Il n’en est rien.

Global Voices évoque pour sa part la tentation du boycott et relaie les doutes de certains internautes.

«Je me suis inscrit sur la liste électorale, mes voisins et amis également. Nous nous sommes inscrits malgré tout: malgré le nombre incroyable de partis politiques et leurs arguments peu convaincants, malgré l'anarchie qui règne […]

Car en fait, le boycott est une action négative. C'est une forme de résignation. Le négativisme et la résignation ne peuvent participer à la construction d'une nation».

Lu sur Tekiano.com, Afrik.com, Global Voices, Tunisie Numérique