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Tunisie : Le mariage forcé entre opportunités universitaires et racisme

La Tunisie s'affiche aujourd'hui au rang des pays africains à fortes potentialités universitaires. La qualité et la diversité de ses formations universitaires attirent beaucoup d'étudiants et stagiaires. Mais l'autre réalité du terrain, c'est qu'il faut composer avec le racisme. Le racisme, oui ! Beaucoup de gens et même des Tunisiens qui ont connu le reste du monde, en parlent, le dénoncent.

Présente à Ouagadougou le 15 avril dernier dans le cadre de la mission d'hommes d'affaires tunisiens, la Tunisienne Chedia Ben Turkia dit se garder de s'étaler pour la presse, sur le racisme dans son pays. A la fois membre du Conseil d'administration de l'Université centrale de Tunis et chargée en son sein, de la communication et de la coopération internationale, Mme Ben Turkia parle avec passion et d'un ton attrayant du monde universitaire en Tunisie. La situation de la femme tunisienne en générale, il en a aussi été question dans le cadre de l'entretien qu'elle nous a accordé. Lisez !

Lefaso.net : A quelles fins êtes-vous à Ouagadougou ?

Chedia Ben Turkia (C B T) : Nous sommes de l'université centrale de Tunis qui est un groupe de six institutions de formation et d'enseignement supérieur la plus grande en Tunisie. Nous avons quatre grandes écoles supérieures et deux écoles professionnelles. Nous sommes là - déjà nous sommes venus plusieurs années avant- dans le cadre de la mission d'hommes d'affaires tunisiens qui ont bataillé pendant quelques années pour avoir une ligne directe entre Tunis et Ouagadougou.

Pour moi, l'objectif de ses rencontres, c'est de renouer avec les étudiants, de faire valoir les universités qu'on a, les diplômes qu'on propose, pour qu'on puisse avoir de nouveaux étudiants burkinabè. On fait de la prospection au niveau de l'enseignement supérieur et de la formation professionnelle.

Quelles sont les filières de formation que vous offrez ?

CBT : On offre beaucoup de filières dans l'ingénierie, l'informatique à l'école polytechnique centrale. On offre des filières dans le domaine paramédical, l'obstétrique, les soins intensifs, les services infirmiers. Et c'est le système LMD. On peut aller jusqu'au doctorat. On offre aussi des formations en droit, gestion, comptabilité, le management, la communication et l'art. Nous avons deux écoles professionnelles dans lesquelles on peut recevoir des étudiants même sans bac. On y prépare le bac professionnel pour continuer des études supérieures.

Combien sont-ils, les étudiants burkinabè qui sont dans vos universités et quelle appréciation d'ensemble faites-vous sur eux ?

CBT : Ce sont des étudiants très brillants, je ne vous jette pas des fleurs. Ce sont des gens calmes qui veulent vraiment étudier. Mais ils ne sont pas nombreux par rapport à d'autres nationalités. Ils sont une bonne cinquantaine dans tout le groupe pour un millier d'étudiants étrangers, c'est vraiment très peu. Ceci est dû certainement à beaucoup de freins comme l'absence d'ambassade pour délivrer les visas, l'absence de vols directs. Mais j'espère qu'avec l'ouverture de la ligne aérienne directe, beaucoup de choses vont changer pour les jeunes.

Qu'en est-il des procédures administratives au sein de vos universités en matière d'offres académiques et sociales ?

CBT : En général, tout dépend de ce que l'étudiant fait comme filière de formation. Une fois à Tunis, l'étudiant a toutes les facilités, mais les problèmes surgissent surtout quand il veut venir. C'est pourquoi, nous avons demandé l'abolition du visa entre la Tunisie et le Burkina Faso. Ça ne sert à rien d'ouvrir une ligne aérienne directe tout en maintenant le visa. On est en train de batailler pour cela.

Pouvez-vous nous présenter le monde estudiantin de l'université centrale de Tunis dans son aspect multiculturel et multiracial ?

CBT : Nous avons 32 nationalités dans notre université. Nous aidons les étudiants à se connaître mutuellement. Pourquoi ? Si on ne leur donne pas l'occasion de faire du sport, des excursions ensemble, le risque est grand qu'on trouve des nationalités qui vivent toutes seules dans un petit coin. On a créé cette dynamique avec l'association des étudiants africains en Tunisie et on est en train de tout faire pour réussir ce brassage pour que l'étudiant, au bout de ses quatre ou cinq années d'études, puisse se retrouver avec un carnet d'adresses qui peut faire de lui un très bon chef d'entreprise. Ce brassage culturel pour nous, est très important pour l'étudiant.

Nous avons 70% d'étudiants tunisiens, 30% étrangers venant de 32 pays (Algérie, Burkina Faso, Maroc, Belgique, France, Russie, etc.). C'est un melting pot entre l'Europe et l'Afrique.

Le racisme, on le dénonce très souvent en Tunisie. Qu'en est-il et comment travaillez-vous à contenir des incidents racistes au sein de votre université ?

CBT : Vous savez, il y a des problèmes entre tunisiens aussi, comme il peut y en avoir entre burkinabè. C'est le propre de la vie estudiantine. Il y a quelques fois des problèmes administratifs tenant surtout aux lenteurs administratives, mais ce n'est pas du racisme. Je ne considère pas cela comme étant du racisme.

La Tunisie est dans une phase transitoire, nous sommes en train de migrer vers la démocratie. Dans ce sens, toute notre administration a été chambardée. Et on se retrouve avec des gens qui ne maîtrisent pas les procédures administratives ; ce qui engendre de petites lenteurs.

Le tunisien est très ouvert à l'autre ; c'est un pays de 3 000 années d'histoire qui a reçu des étrangers de partout. Ce n'est pas maintenant qu'il va être raciste, le tunisien. Quelques fois, les étudiants croient que c'est du racisme ; non, ce sont des problèmes administratifs. Je tiens à préciser que ce n'est pas du racisme.

Voulez-vous dire qu'il n'y a pas, au sein de votre université, des traitements inéquitables au regard de la couleur de la peau ?

CBT : Les sud-tunisiens, sont tous des noirs. Les tunisiens noirs sont très nombreux aussi. Dans la rue, qui peut vous dire que vous n'êtes pas tunisien. Il n'y a pas de problème tenant à la couleur de la peau ; pas du tout. La Tunisie, c'est l'Afrique aussi hein !

La Tunisie n'est pas en occident où tout le monde a la peau blanche, de sorte que la couleur noire puisse déranger un peu.

Qu'en est-il de l'insertion socio-professionnelle de la femme en Tunisie ?

CBT : La femme tunisienne est l'égale de l'homme. Voyez-vous, je suis une femme mais je suis venue ici. Je voyage très souvent, en moyenne tous les 15 jours.

La femme est dans tous les domaines. La Tunisie fait partie des pays arabo-musulmans qui ont aboli la polygamie. Pour le moment, il n'y a pas de problème pour la femme.

Même avec cette transition, les nouvelles autorités ont annoncé ne pas toucher aux acquis de la femme ; mieux ils annoncent vouloir les renforcer. Et j'espère que ce sera vrai.

Quel le combat que vous menez aujourd'hui sans merci au profit de votre pays ?

CBT : C'est le combat économique. Ça me tient à c½ur. On a beaucoup omis l'ouverture vers les pays subsahariens de l'Afrique en travaillant avec l'Afrique du nord. Nous avons une méconnaissance de l'Afrique subsaharienne.

Nous les Hommes d'affaires de maintenant devons pousser les politiques à s'atteler vers cette ouverture naturelle. Nous sommes chez nous, nous sommes dans notre continent. Nous sommes dans un même continent, n'est-ce pas ? C'est naturel qu'un tunisien veuille partir au Burkina, au Sénégal. Pour nous, il faut de l'accompagnement politique. Il nous faut une ambassade ici au Burkina.

Peut-on s'attendre à l'amélioration de vos capacités d'accueil au profit particulièrement des étudiants burkinabè pour les années à venir ?

CBT : Oui ; moi je pense que leur nombre va doubler, et même tripler très vite. Je crois qu'actuellement, ils en tout 250 étudiants dans toute la Tunisie. Je suppose qu'avec l'ouverture de cette ligne aérienne, ce chiffre va certainement doubler cette année, et même quadrupler, parce qu'il y a beaucoup de places pour eux. On les aime beaucoup, ce sont des gens très calmes, très corrects. Ils sont aimés par toutes les autres nationalités, parce que ce ne sont pas des gens belligérants, pas du tout ! Ce sont des gens qui savent parler et qui travaillent beaucoup.

Entretien réalisé par Fulbert Paré

Lefaso.net

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