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Les films africains sont-ils méprisés par le Festival de Cannes ?

Chaque année, édition après édition, pronostics après pronostics, c'est la même question qui revient à la veille du dévoilement de la liste des films en lice pour la Palme d'Or : L'Afrique va-t-elle faire partie de la sélection officielle du Festival de Cannes ?

Tandis que d'autres sont portés sur le choix du film qui portera les couleurs nationales, les pays d'Afrique eux se demandent si le continent y sera représenté.

Si d'autres pays soutiennent leur film, pour le Sud c'est tout le continent qui est supporteur du film africain qui fait l'objet d'une sélection en compétition officielle.

C'est annoncé, pour cette 66eme édition du Festival de Cannes qui se tiendra du 15 au 26 mai, sur les 19 films en lice pour la Palme d'Or, l'Afrique n'en compte qu'un seul : Grisgris de Mahamet-Saleh Haroun qui relate l'histoire d'un jeune homme à la jambe paralysée et qui rêve de devenir danseur mais qui va voir ses projets compromis à cause de la maladie d'un oncle à qui il doit venir en secours, quel que soit le moyen que ça prendra. D'autre part, La vie d'Adèle du réalisateur tunisien Abdellatif Kechiche (La Graine et le Mulet, Venus noire) fait aussi partie de la sélection. Il raconte l'histoire d'amour d'une adolescente de 15 ans, Adèle, en pleine mutation vers la phase adulte due aux sentiments confus qu'elle éprouve pour une autre jeune femme. Alors que c'est la première fois qu'une ½uvre d'Abdellatif Kechiche fait l'objet d'une sélection officielle au festival, on ne présente plus le cinéaste tchadien sur la croisette. Mahamet-Saleh Haroun est sous doute le cinéaste africain le plus en vue du moment à l'international, presque aussi convoité que le fut encore très récemment le Mauritanien Abderrahmane Sissako, en France du moins. Son talent n'a d'ailleurs pas manqué d'être récompensé à plusieurs reprises. Il apparaîtra pour la première fois à la Quinzaine des Réalisateurs avec Abouna en 2002, puis avec Daratt à Cinéfondation en 2006, et enfin, dans la compétition officielle grâce à Un homme qui crie (Tchad, 2010) qui obtînt le Prix du jury en 2010.

C'est vrai, comme l'a relevé la presse depuis le dévoilement de la liste, c'est plutôt rare d'avoir deux films de réalisateurs africains en sélection officielle. Et pourtant, cette exclusivité n'en fait pas un honneur. L'année dernière, Après la Bataille (Baad el Mawkeaa) de l'Égyptien Yousry Nasrallah était le seul film africain à concourir pour la Palme d'Or. Les autres films qui avaient marqué l'année, comme Les Chevaux de Dieu du Marocain Nabil Ayouch ou La Pirogue du Sénégalais Moussa Touré, étaient sélectionnés dans la section "Un certain regard", qui n'a d'ailleurs pas fait place aux films africains cette année. Pire, en 2011, aucun film africain en sélection officielle. Bien triste constat alors que les cinémas d'Afrique célébraient leurs 50 ans d'existence. L'année qui précédait marquait le retour de l'Afrique dans la compétition officielle après 13 ans d'absence avec Un homme qui crie de Mahamat Saleh Haroun. En 2008, aucune ½uvre africaine n'avait été sélectionnée, toutes catégories confondues. Même si la production fait souvent défaut, on a du mal à digérer qu'aucun film n'ait pu se faire une place ne serait-ce que dans les sélections connexes (un Cer¬tain Regard, la Quin¬zaine des Réa¬li¬sa¬teurs ou la Semaine de la Cri¬ti¬que). Dur, dur.

Par contre, on n'hésitera jamais à toujours exposer un cinéma déjà surexposé, qui n'a aucunement besoin de la méga vitrine de Cannes pour être vu dans le monde. Suivez mon regard. Le palmarès étant souvent à l'image de la sélection, les États-Unis, la France, l'Italie et le Royaume-Uni sont les pays qui ont présenté le plus de films en sélection officielle. À ce jour, seule l'Algérie a reçu la Palme d'Or grâce à Chronique des années de braise de Mohammed Lakhdar Hamina en 1975. Puis, il y eu les Prix du jury pour Yeelen de Souleymane Cissé (1987), pour Tilaï d'Idrissa Ouédraogo (1990), pour Un homme qui crie de Mahamat Saleh Haroun (2010). Voilà pour l'ensemble des récompenses en compétition officielle depuis l'ouverture du concours en 1946 sur une douzaine de films africains : Lamb (la Lutte) de Paulin Soumanou Vieyra (Sénégal, 1963) ; Le Certificat d'indi¬gence de Moussa Yoro Bathily (Sénégal,1983) ; Yeelen de Souleymane Cissé (Mali,1987) ; Tilaï d'Idrissa Ouédraogo Burkina Faso, 1990) ; Hyènes de Djibril Diop Mambety (Sénégal 1992) ; Wendemi de S. Pierre Yaméogo (Burkina Faso, 1993) ; Waati de Souleymane Cissé 9Mali, 1995) ; Po Di Sangui de Flora Gomes (Guinée-Bissau, 1996) ; Kini et Adams d'Idrissa Ouédraogo (Burkina Faso, 1997), Un homme qui crie de Mahamat Saleh Haroun (Tchad, 2010) ; et Après la Bataille de Yousry Nasrallah (Égypte, 2012).

Si on compare la représentation des cinéastes et films africains à Cannes aux autres festivals majeurs comme Venise, Amsterdam ou Berlin, on trouve que Cannes pourrait faire mieux au vu des relations étroites que la France entretient avec le Continent. Pas plus de chance non plus cette année de voir des ½uvres africaines du côté des sélections de la Semaine de la Critique, de la Quinzaine des Réalisateurs ou de la Cinéfondation dont la productrice éthiopienne Maji-Da Abdi est l'une des membres du jury.

En clôture du festival, le film français Zulu du réalisateur français Jérôme Salle, nous voilà consolés. À l'année prochaine ? Chiche ?

Djia Mambu

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