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Ce que Benhamadi ne dit pas

L'APN devait voter hier le projet de loi sur les télécommunications. Mais la 3G promise depuis 2004 se fait toujours désirer. Le blocage vient du ministère. Pourtant, en seulement cinq mois, votre téléphone portable pourrait y accéder. Aujourd'hui, on en est où ?   Le dossier traîne depuis 2004. C'est peu dire que l'intérêt de la 3G n'est pas le même pour tous. Mais les professionnels s'impatientent. «De nos jours, internet est à l'économie et à l'éducation, ce que l'énergie est à l'usine et au transport. Des milliers de travailleurs, d'enseignants et de lycéens sont privés d'un moyen indispensable à leur activité et à leur épanouissement», affirme Ali Kahlane, président de l'Association des fournisseurs de services internet. Karima, consultante en relation-client dans une entreprise qui développe des applications mobiles, confirme : «La 3G est indispensable ! On ne peut plus avancer sans, même sur la création de contenu !» En 2011, un premier appel à concurrence pour l'attribution de la licence 3 G avait été lancé. L'Etat avait donc tout étudié, et les opérateurs avaient préparé leurs offres. Le ministre des Télécommunications est revenu sur la décision et a annulé l'appel à concurrence. «Aujourd'hui, les professionnels arrivent difficilement à comprendre ce qu'il se passe. Le ministère ne tient pas ses engagements», explique Younès Grar, chargé du programme e-algérie au ministère de la Communication entre 2008 et 2010. Qu'est-ce qui coince, selon le ministère des  Télécommunications ? Au fil des années, les ministres des Télécommunications ont donné plusieurs raisons au retard dans la mise en place de cette technologie. D'abord, le manque de moyens et le manque de préparation des opérateurs. L'argument est difficilement recevable parce que même si le ministère estime qu'il leur reste des progrès à faire, les trois opérateurs ont un développement commercial équivalent. Il n'y aurait pas de concurrence biaisée. Mais, surtout, les professionnels du secteur sont prêts. Une fois la licence 3G attribuée, les opérateurs sont censés équiper leurs réseaux téléphoniques en technologie 3G. Sauf que comme le dossier traîne depuis des années, deux opérateurs ont déjà installé ces équipements-là. «Une fois que les opérateurs ont l'accord officiel, en un mois, la 3G sera opérationnelle dans les grandes villes», affirme Younès Grar. Le contenu 3G (les applications) ne se fera pas attendre non plus. «Nous sommes prêts depuis des années», renchérit Ali Kahlane. Quant aux offres proposées aux citoyens, elles sont dans les cartons, entre 1000 et 3500 DA par mois. Le ministère a aussi évoqué la question du manque de moyens des citoyens. Or, aujourd'hui, 37,5  millions de lignes téléphoniques portables sont actives dans le pays. Les études estiment que 45% des téléphones portables sont des smartphones, même si ces derniers coûtent entre 40 000 et 100 000 DA. Les autres «excuses» du ministère sont balayées par les professionnels. Le rachat de Djezzy ? «Le ministère décide lui-même à qui il attribue la licence 3G. Il n'a pas besoin d'être actionnaire de Djezzy pour lui attribuer la licence !», s'emporte Younès Grar.  Le ministre des Finances a d'ailleurs désavoué son collègue hier en affirmant que le dossier Djezzy se faisait en concertation. Le manque de compétences algériennes ? «Il n'y a aucun problème de compétence, rétorque Karima, la jeune professionnelle des applications mobiles. Le problème vient du ministère !» Où ça coince vraiment ? Comme Karima, tous les professionnels sont unanimes, le blocage vient du ministère. Selon Ali Kahlane, la préoccupation est économico-sociale. «Le lancement de la 3G pousserait à terme la majorité des Algériens vers l'internet mobile. Or, Algérie Télécom emploie 25 000 personnes pour s'occuper de l'internet fixe. Le gouvernement ne peut raisonnablement se permettre de laisser disparaître l'opérateur historique», explique-t-il. Au cours des dernières semaines, la directrice de l'ARPT et le ministre des Télécommunications se sont opposés par voie de presse. Un conflit qui pourrait ralentir le processus ? Pas si sûr. Le problème vient de la loi sur les télécommunications de 2000. Cette loi, qui doit être révisée, est débattue au Parlement. «L'ARPT a critiqué les 214 articles, alors que normalement, elle a été associée à la conception de ce texte», explique Younès Grar. «La nouvelle loi reprend les contradictions de la loi de 2000, ajoute Ali Kahlane. Les mots télégraphe et télex sont repris. Les mots ayant trait à internet ne sont même pas évoqués !» Combien de temps faudra-t-il attendre ? Une fois le projet d'appel à la concurrence établi et déposé à l'ARPT, il faut au maximum une semaine à l'ARPT pour signer et valider le projet présenté par le ministre. «C'est un document d'une trentaine de pages, qui a été élaboré par le ministère et l'ARPT. Il y a parfois des références juridiques à ajouter, mais cela devrait être une formalité», explique Younès Grar. Ensuite, l'ARPT lance l'appel. Les opérateurs ont en général entre 2 semaines et un mois pour retirer les dossiers, et 1 à 3 mois pour rédiger les offres. L'ARPT étudie et classe les propositions des opérateurs en fonction du cahier des charges de l'appel à la concurrence. Après une dizaine de jours, les résultats sont proclamés et publiés au Journal officiel. Au total, il faut entre 4 et 5 mois pour autoriser le développement de la 3G dans le pays.   La 3G, c'est suffisant ou pas ? «Compte tenu de l'étendue du territoire et de la complexité des schémas urbains, seule la connexion sans fil comme la 3G + pourrait accélérer le déploiement massif de l'accès à internet dans notre pays», nuance Younès Grar. «La technologie 4G est en train d'exploser. Je ne comprends pas pourquoi les autorités gaspilleraient autant d'argent pour la 3G. Dans un an, ils vont devoir passer à la 4G et changer à nouveau tous les appareils !», s'étonne un spécialiste français.

El Watan

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