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La cour de cassation va se prononcer sur l’affaire Jabeur Mejri et Ghazi Béji

La Cour de cassation à Tunis examine jeudi 25 avril la condamnation à sept ans de prison de deux jeunes pour avoir publié ,sur leurs compte Facebook ,des caricatures du prophète Mahomet, un dossier témoignant, selon l’opposition, de la volonté des islamistes au pouvoir de limiter la liberté d’expression.

« L’audience va commencer. A l’issue de l’audience, j’informerai de l’évolution du dossier », a indiqué à la presse l’avocat de deux  jeunes, Ahmed Mselmi.

Dans la pratique, la Cour peut rendre une décision –maintenir le jugement ou le casser et renvoyer l’affaire devant une juridiction d’appel– aussi bien le jour de l’audience qu’à une date ultérieure.

Les deux jeunes, Jabeur Mejri qui est emprisonné, et Ghazi Béji qui a fui à l’étranger, ont été condamnés à sept ans et demi de prison pour avoir diffusé sur internet selon l’accusation « des écrits susceptibles de troubler l’ordre public », pour « offense à autrui via les réseaux publics de communication » et pour « outrage aux bonnes moeurs ».

Le verdict rendu en mars 2012 après un procès à huis-clos avait été confirmé en appel au tribunal de Monastir , en juin de la même année, la Justice ayant considéré que la diffusion par des Tunisiens de caricatures du prophète sur Facebook tombait sous le coup de la loi tunisienne.

Dans une lettre datée du 22 février 2013 écrite dans un mélange d’anglais et de français et publiée mercredi par son comité de soutien, Jabbeur dénonce ses conditions de détention dans une « chambre sombre et isolée » et la « torture » qu’il subit.

« Je suis interdit d’avoir les médicaments pour soigner ma maladie ainsi que d’autres droits », écrit ce jeune chômeur diplômé.

« Sept ans et six mois c’est long à passer dans un petit endroit sombre et sinistre. Les officiers prennent plaisir à me torturer », dit-il sans plus de précision.

Il souligne être « emprisonné à cause de (son) athéisme et de (sa) laïcité » tout en s’excusant auprès des croyants qu’il a pu offenser. « Je suis un prisonnier athée, non croyant, je ne fais confiance à aucune religion, je ne crois pas en Dieu », note Jabbeur, 28 ans.

« Je m’excuse auprès des musulmans s’il y a eu insulte à leur messager sacré. La +Laïcité+ est mon prophète. Il n’y a pas de liberté d’expression ici en Tunisie, c’est mort », poursuit-il.

Le tribunal de première instance de Mahdia a estimé dans son jugement en mars que représenter le « saint Prophète d’une manière dégradante et méprisante (…) dans des postures à connotation sexuelle » est de « nature à offenser les sentiments d’autrui et la diffusion a pour conséquence de troubler l’ordre public ».

Cette affaire avait fait grand bruit, l’opposition laïque et les défenseurs des droits de l’Homme considérant que les deux jeunes ont été condamnés pour un « délit d’opinion », tout en jugeant que les dessins diffusés étaient choquants.

Les détracteurs du mouvement islamiste Ennahdha ,au pouvoir , ont à plusieurs reprises accusé ce mouvement, qui dirige le gouvernement tunisien, d’orchestrer une islamisation rampante de la société et de chercher à limiter la liberté d’expression.

Ennahdha tente de faire inscrire dans la Constitution, en cours de rédaction, le principe de la « criminalisation de l’atteinte au sacré ». Les islamistes espèrent aussi introduire cette  notion dans le code pénal.

Les islamistes assurent pour leur part considérer que la liberté d’expression est un acquis indéniable de la révolution de janvier 2011 qui a renversé le régime de Zine El Abidine Ben Ali, mais que l’offense au prophète n’en relève pas et qu’elle est de nature à déstabiliser le pays.

 

Tunisie Focus

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