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Nathalie Bahati, la flûtiste de l'orchestre symphonique kimbanguiste. © Tous droits réservés
Nathalie Bahati, la flûtiste de l'orchestre symphonique kimbanguiste. © Tous droits réservés

Kinshasa Symphony, un hymne à la joie congolaise

A Kinshasa, le seul orchestre symphonique d'Afrique centrale fait des merveilles sans moyens. Une performance qui valait bien un documentaire: «Kinshasa Symphony».

Mise à jour du 14 septembre: Le film «Kinshasa Symphony» de Claus Wischmann et Martin Baer sort aujourd'hui en salles en France. Le 15 septembre à 20h15, une séance en présence de l'équipe du film se tient au cinéma Espace Saint-Michel à Paris.

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Présenté le 28 avril au Festival international de cinéma Vues d’Afrique de Montréal, le documentaire Kinshasa Symphony met en lumière le seul orchestre symphonique d’Afrique centrale. Une aventure humaine dans laquelle des musiciens congolais autodidactes s’attaquent à des chefs d’œuvre de la musique classique. Une galerie de portraits de Kinois qui luttent pour exercer leur passion, mais aussi un hommage aux rues animées de la capitale de la République démocratique du Congo (RDC).

Kinshasa. Un local exigu, des chaises en plastique serrées les unes contre les autres, une lumière qui s’éteint toutes les cinq minutes. Les regards sont fatigués, mais tous suivent religieusement la baguette du chef d’orchestre. Malgré les coupures de courant et la chaleur étouffante, les 200 musiciens de l’orchestre symphonique kimbanguiste continuent de répéter l’Hymne à la joie dans l’obscurité la plus totale. En seize ans d’existence, la formation a réussi à survivre à deux coups d’État et une guerre civile. Dans les pillages, beaucoup d’instruments ont été perdus.  

«Le début de l’orchestre a été vraiment très difficile. Je me souviens qu’il y avait douze jeunes qui voulaient apprendre à jouer le violon, mais je crois que nous n’avions que cinq instruments. Il y en a un qui commençait à jouer pendant une vingtaine de minutes et après il devait le passer à l’autre», explique Armand Diangienda, le chef d’orchestre.

Les peurs et les joies avant le grand soir

Un autre défi attend les musiciens, celui de jouer devant des centaines de personnes dans le quartier de Ngiri-Ngiri de Kinshasa lors de la fête de l’indépendance du Congo. C’est cette histoire peu banale que les réalisateurs allemands Claus Wischmann et Martin Baer ont choisi de raconter au reste du monde. Depuis les premières répétitions jusqu’au grand jour du concert, la caméra suit les peurs et les joies de cette troupe amateur: la difficulté de prononcer correctement des paroles en allemand, les erreurs dans la mélodie de Carmina Burana ou encore la fabrication artisanale des instruments avec des freins de vélo usagés ou de vieilles jantes de minibus.

Mais le documentaire ne s’attarde pas que sur l’aspect musical. Kinshasa Symphony est aussi un état des lieux de la République démocratique du Congo après des années de violence. «Nous avons dit à Armand, le chef d’orchestre, que nous n’avions pas seulement envie de filmer le concert, mais aussi de les suivre dans leur vie de tous les jours, dans leur travail, chez eux et même de voir leurs enfants à l’école», raconte le réalisateur Martin Baer.

Dans les rues de la capitale de la RDC, Joséphine, la violoncelliste, se lève aux aurores pour vendre ses œufs et gagner suffisamment d’argent pour l’opération de son fils. Nathalie, la flûtiste, est une décoratrice de mariage qui élève seule son petit garçon et qui cherche désespérément un nouveau logement. Armand, le guitariste, fabrique lui-même une contrebasse avec du bois de récupération dans une arrière-cour. Mais cette plongée dans le quotidien des habitants de Kinshasa, les Kinois, n’a pas été évidente. Le cinéaste Martin Baer a dû convaincre les membres de l’orchestre:

«En Afrique, les gens vivent dans des conditions difficiles, mais ils ne veulent pas que les étrangers le voient. Les Congolais sont conscients que leur situation est très difficile et qu’ils font partie des pays les plus pauvres au monde. Mais les gens sont toujours impeccablement habillés et des fois vous réalisez qu’ils n’ont qu’une chemise qu’ils lavent et qu’ils repassent tous les matins pour paraître au mieux. Il y a beaucoup de dignité.»


Le violoniste Joseph Masunda Lutete, dans Kinshasa Symphony. © Tous droits réservés.

Un message d’espoir

En montrant le vrai visage du Congo, les deux cinéastes allemands n’ont cependant pas voulu tomber dans le misérabilisme, mais plutôt donner une leçon de courage:  

«C’est une image de l’Afrique que l’on ne voit pas normalement. D’habitude on parle des crimes du colonialisme, ou du génocide au Rwanda. Cette fois, on peut regarder le continent sans voir des guerriers, des victimes ou des soldats. Ce sont des gens normaux qui donnent beaucoup d’espoir.»

Kinshasa Symphony casse aussi les préjugés en montrant que la musique classique n’est pas la propriété des Occidentaux. «Au début, on n’arrêtait pas de leur demander pourquoi ils ont choisi de jouer Beethoven et pas de la musique africaine. Le chef d’orchestre a fini par nous répondre: "Nous le jouons car c’est de la bonne musique et les Africains ont tous les droits de l’interpréter". En entendant cette réponse, je me suis senti honteux», avoue Martin Baer. «J’ai déjà filmé le pianiste chinois mondialement connu Lang Lang et je ne lui ai jamais demandé pourquoi il joue du Mozart, cela aurait été insultant. Mais aux Africains, on leur pose cette question, alors qu’ils peuvent jouer et chanter du Beethoven bien mieux que moi.» Et comme le souligne d’ailleurs avec fierté l’un des musiciens de l’orchestre, «on reconnaît des rythmes africains dans l’Hymne à la joie».

Cette histoire touchante a ému le public de la Berlinale 2010, où il a été sélectionné. Le documentaire a remporté depuis de nombreux prix dans des festivals internationaux dont ceux de New York, Salem, Buenos Aires ou encore Vancouver. Mais la plus belle des récompenses pour l’équipe est la création d’une future école de musique. Les membres de l’orchestre, qui ont tout appris par eux-mêmes, sans professeurs ni partitions, vont désormais pouvoir transmettre leur savoir. «Nous avons déjà récolté 8.000 euros et des centaines d’instruments. Nous avons reçu des violons, des flûtes et même une contrebasse et deux pianos», décrit avec satisfaction Martin Baer. L’aventure de Kinshasa Symphony ne fait que commencer. 

Stéphanie Trouillard

 

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Stéphanie Trouillard

Stéphanie Trouillard. Journaliste française spécialiste du Maghreb et du Canada.

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