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Yves Millogo/ Jean-Baptiste Oualian (CDP France) : « Il faut que l'ASCE reste professionnelle et démocratique et non un instrument de désordre »

Prévu depuis longtemps, le rendez-vous a enfin eu lieu dans l'après-midi du 18 avril dernier, Porte de Vanves, dans le 14e arrondissement de Paris avec les deux principaux responsables de la section France du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) : Yves Millogo, secrétaire général, consultant en Management et Finances et Oualian Jean-Baptiste, bibliothécaire à la retraite, secrétaire à la formation politique et civique. En dehors de l'Union pour le progrès et changement (UPC) qui tente d'exister, le CDP est pratiquement la seule formation politique qui dispose d'une section bien structurée en France.

Comment fonctionne-t-elle, quels sont ses rapports avec le siège à Ouagadougou et qui sont les militants de la section France ? « Affaire Joseph Paré », vote des Burkinabè de l'étranger, rapports avec l'opposition, révision ou pas de l'article 37, etc., autant de sujets sur lesquels les deux têtes d'affiche du CDP France s'expriment sans langue de bois, avec parfois des nuances qu'on serait tenté de mettre sur le compte de l'écart générationnel.

Comment est organisé le CDP section France et combien de militants compte t-il ?

Yves Millogo : Il y a d'abord les sous-sections dans les provinces, notamment à Caen, Bordeaux, Lyon, Lille, Nice et à Paris et c'est l'ensemble des sous-sections qui compose la section France. Nous avons environ 200 militants qui ont leur carte d'adhérent mais en réalité nous pensons qu'il y en a plus parce que certains prennent directement leur carte au pays quand ils sont de passage.

J.B.Oualian : Au temps de l'ODP/MT, nous étions une délégation et après la fusion avec les autres partis politiques pour créer le CDP en 1996, le parti a décidé qu'un pays étranger équivalait à une province. A l'époque, il n'y avait que la sous-section de Paris qui faisait en même temps office de section de France. En 2005 puis en 2007, un texte de la direction du parti nous a permis de constituer un bureau de la section France et cela correspondait au fait qu'on avait maintenant des sous-sections à Caen, Lille, Bordeaux, Nice et Paris.

Au niveau du fonctionnement, nous sommes régis par les mêmes textes qu'au pays avec toutefois une différence qui n'est pas négligeable, qui est qu'ici, tout se décide par des votes. La direction nationale nous avait dit de choisir trois personnes pour former un bureau, ce que nous avons refusé car pour nous, tout poste doit être éligible et non nominatif, ou par cooptation. Nous avons expliqué que les choses ne pouvaient pas fonctionner comme au pays parce que nous avons à faire à des militants qui ont acquis une certaine maturité démocratique et que la cooptation serait mal vue.

Quelles sont les activités que mène le CDP en France ?

Yves Millogo : La section France et les sous-sections mènent des activités conformément au statut des partis étrangers en France. Les sous-sections ont des activités culturelles, de formation et d'information et une fois par an, nous les réunissons à Paris pour leur donner des informations et c'est aussi l'occasion pour les militants de se connaitre

Vous êtes sous le statut d'association loi 1901 ?

J.B. Oualian : Non, nous sommes ce qu'on appelle les associations de fait, c'est-à-dire que la police sait que vous existez et tant que vous ne troublez pas l'ordre public, on vous laisse tranquille. Les autorités françaises savent que nous existons puisque des parlementaires, des élus nous envoient leurs v½ux et nous leur envoyons aussi les nôtres. Si nous voulons manifester dans la rue, il faut faire une demande d'autorisation comme tout le monde. Vous avez qu'il y a chaque année, au moins 2700 manifestations de rue à Paris, mais il faut demander une autorisation.

Avez-vous la liberté d'organiser vos activités ou vous contentez-vous de mettre en ½uvre les directives venues de Ouagadougou ?

Y. Millogo : Nous sommes sous la direction nationale mais nos militants vivent en France et ont des préoccupations qui ne sont pas celles de nos camarades au pays. Donc, nous prenons en compte leurs préoccupations, et que ce soit les sans-papiers ou les étudiants, nous nous efforçons de les aider à résoudre leurs problèmes soit par des conseils ou des mises en contact avec des personnes ou structures indiquées. Nous savons que pour résoudre certains problèmes, il faut être dans des associations et groupes de pression et nous incitons nos militants à y être présents.

J.B. Oualian : J'ajoute le fait que les militants CDP France ont quelque chose de différent avec leurs camardes au pays. Globalement, leur quotidien n'est pas de trouver un tremplin pour devenir maire ou adjoint au maire.

En revanche, ils s'interrogent sur les voies et moyens pour eux d'être positifs pour leur pays, ce qui constitue une sacrée différence parce que celui qui noue des alliances dans l'espoir de devenir maire ou adjoint au maire, ce n'est pas la même chose que celui qui dit : est-ce que le pays tient compte de moi sur ce que je peux apporter dans tel ou tel secteur économique ou social ?

Autre différence : grosso modo, ils ont leurs petits revenus et ne viennent pas dans le parti pour qu'on leur apporte une solution à leur situation sociale. Pour ces raisons, quand ils ne sont pas contents, ils le disent clairement et ne supportent pas qu'un dirigeant de passage à Paris ne prenne pas contact avec la direction de la section.

Vous êtes très remontés contre l'ASCE dans ce qui est convenu d'appeler « l'affaire Joseph Paré ». Pourquoi ?

J.B. Oualian : Il faut rectifier, c'est plutôt « l'affaire ASCE », car ce qui s'est passé avec cette structure nous inquiète. Dans son rapport de 64 pages, le camarde Paré est le seul à être nommément cité. Or le ministre délégué à l'enseignement technique, Maxime Somé, qui est aussi notre camarade n'a pas son nom dedans, mais le rapport parle de sa gestion. Et c'est encore le nom de Joseph Paré qui est sorti dans les journaux et pas celui d'un autre. Pourquoi ?

Vous accusez donc l'ASCE de n'avoir pas fait correctement son travail ?

Yves : Nous nous interrogeons sur la crédibilité de cette structure chargée de lutter contre la corruption, ce qui est une bonne chose. Dans un contrôle financier de ce genre, il y a des règles à respecter si le but recherché est vraiment la transparence.

Avant le contrôle, on avise les intéressés et on leur dit qu'on a besoin de tels ou tels documents. On ne vient pas l'improviste, sauf si la personne a été informée et n'a pas répondu à temps ou a gardé le silence. Même dans ce cas, une brigade spéciale peut se mettre en place pour arrêter l'individu et l'obliger à fournir les documents demandés.

Il y a donc toute une procédure qu'il faut respecter pour arriver au contrôle où on explique les droits et les devoirs de la personne ou structure contrôlée. Une fois le contrôle effectué, s'il y a des éléments qui manquent, on convoque intéressé pour avoir des explications complémentaires.

Nous avons lu le rapport de l'ASCE, nous avons écouté les uns et les autres et nous savons maintenant qu'il n'y a pas eu de retour après le contrôle. Donc, pour une question de forme, nous ne comprenons pas qu'il n'y ait que le nom d'une seule personne qui est cité. Nous estimons par ailleurs que c'est la structure, en l'occurrence le ministère de l'Enseignement supérieur, qui doit être attaquée et non la personne qui la dirige. On a glissé de l'institution à l'individu et nous, en tant que parti politique, ce vice de forme pose problème !

Joseph Paré était le ministre de l'Enseignement supérieur, donc responsable de ce qui s'est passé dans son ministère...

J.B. Oualian : Même s'il est responsable de la structure, il y a vice de forme. Si les enquêteurs de l'ASCE avaient écrit : « Au ministère de l'Enseignement supérieur, nous avons constaté que des choses ont été faites et que le ministère n'avait pas à le faire », ce n'est pas la même chose que quand un journal publie : « Monsieur Joseph Paré doit rembourser 263 millions ! »

Mais l'ASCE n'est pas responsable de ce que publient les journaux...

J.B. Oualian : Oui, mais il y a un journal qui a dit que l'ASCE dit que Joseph Paré doit rembourser 263 millions de F CFA. Dire par exemple que le ministère a pris tel montant d'argent d'un compte pour aller déposer dans un autre compte pour résoudre un problème et que ce n'est pas normal, ce n'est pas la même chose que de dire, Joseph Paré doit 263 millions. Il y a un glissement du ministère à l'individu et c'est ce qui nous choque.

Yves Millogo : Nous sommes d'accord avec les missions de l'ASCE, mais elle ne doit pas être un instrument au service d'autres causes que la lutte contre la corruption. Si on doit lutter contre la corruption, il y a des règles bien claires qui disent quelle est la démarche à suivre et quand nous lisons le rapport de l'ASCE, il n'y a aucun préambule qui pose la méthode de contrôle, les instruments de contrôle. Il n'y a même pas les droits et devoirs des contrôlés et dans ces conditions, on se demande ce que les enquêteurs sont venus chercher au ministère !

Peut-on imaginer que l'ASCE mette en cause un intéressé sans avoir cherché à l'entendre ?

Yves Millogo : Mais c'est pourtant le cas ! Nous avons entendu le camarade Paré et il nous a exposé les faits tels qu'ils se sont passés. Il nous a dit qu'il a demandé à trois reprises des rendez-vous avec l'ASCE et qu'elle n'est pas venue. A supposer même que ce soit notre camarade qui n'ait pas répondu aux rendez-vous, l'ASCE est quand même allée faire ses investigations au ministère et elle pouvait y déposer les documents et demander des réponses.

Je ne cherche pas à transposer des méthodes de contrôle de la France au Burkina, mais ici, lors du contrôle, la personne visée peut être disponible ou pas. Si elle n'est pas disponible, elle prend le soin de laisser les documents à la disposition des contrôleurs.

Ces derniers doivent ensuite envoyer le pré-rapport pour que la personne contrôlée fasse ses observations, libres aux contrôleurs de les accepter ou les rejeter selon qu'ils ont été convaincus par les explications ou pas. S'ils maintiennent leur ligne, la personne contrôlée a la possibilité de faire appel auprès du receveur et si ce dernier aussi est du même avis que ses subalternes, il est encore possible de faire appel au niveau du département pour une conciliation, puis enfin, devant le tribunal administratif.

Il y a donc un échelon de démarches à suivre et là, on a le sentiment que l'ASCE est une brigade qui est là, qui vient, fait des trucs comme elle veut sans se soucier du respect du droit. C'est ce manque de visibilité de la méthode de contrôle que nous reprochons à l'ASCE, qui est une institution chargée de lutter contre la corruption, une des tares qui gangrènent notre système et freinent le développement

J.B. Oualian : Quelques observations quand même : le 30 juillet, l'ASCE remet son rapport au président de l'Assemblée nationale, au président du Faso. Le 1er août, les journaux publient le passage que j'indiquais plus haut : L'ASCE dit que Joseph Paré doit 263 millions. Je suis un militant politique et j'étais à Ouagadougou quand l'information est sortie dans les journaux. Comment se fait-il que les premiers destinataires du rapport n'ont même pas eu le temps de donner leur opinion que les journaux écrivent des choses qui laissent penser que l'affaire est tranchée ?

Les journalistes ont tout simplement bien fait leur travail...

J.B. Oualian : Non, je ne suis pas d'accord avec vous ; on ne peut pas se battre pour la démocratie et accepter des choses comme ça ; car ce qui s'est passé est une action politique ; ce n'est pas normal qu'on piétine les droits d'un individu à ce point. Un rapport le met en cause, on n'a même pas le temps d'être entendu, qu'on laisse croire à l'opinion publique qu'il est fautif.

Il y a un danger à ce que notre démocratie saute en l'air et soit à la merci du premier man½uvrier ! Le CDP n'a pas démocratisé le pays pour permettre à quelqu'un de piétiner cet acquis !

Yves Millogo : Notre souci n'est pas que l'information soit publiée parce que les journalistes font leur travail, mais nous faisons une lecture politique de ce qui s'est passé car l'ASCE et tous ceux qui sont concernés par cette affaire savent bien le processus que le contrôle doit suivre.

Comment se fait-il que ce processus n'est pas encore allé à son terme et qu'on organise une fuite de l'information ou qu'on autorise la presse à posséder ce document ? Si l'ASCE veut être crédible dans son travail, elle doit être plus professionnelle que ce qu'elle nous a donné de voir. Nous ne défendons pas un individu, mais un principe de droit et de démocratie et il faut que l'ASCE reste professionnelle et démocratique et non un instrument de désordre.

On n'a pas le sentiment que le CDP soit solidaire de son militant mis en cause...

J.B. Oualian : Oui, c'est vrai et c'est ce que nous ne comprenons pas. Quand le camarade Paré est injustement attaqué, nos autorités ne doivent pas rester sans réagir. Nous en tant que parti, on ne peut pas livrer un camarde de cette façon-là surtout qu'il est à un poste stratégique pour notre pays. Même si l'individu est fautif, ce qui reste à prouver, il y a des manières de faire et aujourd'hui, on ne sait même pas ce qui se passe puisque le gouvernement reste vague sur le sujet.

Le Premier ministre a déclaré devant l'assemblée nationale qu'il y avait trois catégories de mis en cause : ceux qui ont totalement remboursé, ceux qui ont remboursé une partie et ceux qui contestent et dont les dossiers sont en justice. Or, rien ne montre que l'ambassadeur Paré est coupable d'enrichissement personnel ; on lit seulement qu'il a utilisé l'argent d'un compte X pour régler d'autres problèmes.

Yves Millogo : Nous insistons pour dire que vu le poste qu'il occupe, il est nécessaire que le gouvernement prenne rapidement une décision sur son cas au lieu de laisser trainer les choses depuis des mois ! Il est ambassadeur et s'il est empêtré dans une telle affaire, que ce soit vrai ou pas, ça nuit à son image et freine ses activités.

Un gouvernement qui est soucieux des intérêts et de l'avenir du pays ne doit pas traiter une telle affaire de cette façon-là et nous CDP France, disons que le gouvernement doit prendre une décision claire et cohérente. Que la presse parle de cette affaire est normal, mais il appartient au gouvernement de dire si oui ou non la presse se trompe au lieu de laisser perdurer cette situation. Si nous nous exprimons aujourd'hui sur ce sujet, c'est parce que le parti n'a pas réagi comme il faut face à cette affaire.

J.B. Oualian : Le CDP n'a pas réagi en guise de réponse aux médias et ce n'est pas normal de présenter notre ambassadeur comme un petit détourneur. Souvenez-vous, quand Soumane Touré a dit que le CNR a pris 2 milliards à la Caisse d'épargne pour financer un barrage et que c'est du détournement, on a crié au 5e poteau, c'est-à-dire exécution ! J'insiste pour dire que nous ne remettons pas en cause l'existence de l'ASCE, mais le rapport en question nous laisse perplexes, et même si l'ambassadeur n'était pas un camarade, nous aurions protesté quand même parce que le poste qu'il occupe est important pour notre pays.

Dans votre contribution au dernier congrès du CDP, vous avez formulé plusieurs propositions dont la prise en compte de la Jeunesse, le vote à bulletin secret, la place de la diaspora, le changement de régime constitutionnel, etc. Avec le recul, avez-vous le sentiment d'avoir été entendu ?

Yves Millogo : C'était notre devoir d'apporter une contribution à ce congrès et c'est en ce sens que nous avons fait parvenir un certain nombre de propositions à la direction du parti. Sur la prise en compte de nos propositions, il faut être franc, nous n'avons pas encore eu la totalité de ce que nous avons demandé. Sur la jeunesse, je pense que le dernier congrès en est une illustration, la composition du bureau exécutif comporte des jeunes.

Sur le vote à bulletin secret, je pense que nous sommes en avance par rapport à nos camarades du pays, mais c'est un passage obligé pour un grand parti comme le CDP. Nous considérons qu'un pas été fait dans la démocratisation du parti car cette fois-ci, les candidats aux législatives et municipales n'ont pas été désignés par la direction du parti, mais par les militants.

Dans certaines régions, la direction a quand même modifié le classement des candidats fait par la base...

Yves Millogo : Oui, mais c'est le rôle d'une direction, quitte à essuyer des critiques ! Mais tous ceux qui étaient candidats ont eu leur dossier examiné, c'est-à-dire que n'importe quel militant avait la possibilité de donner son avis et d'être candidat, ce qui n'était pas possible avant.

Lors du congrès de 2012, certains poids lourds du parti barons ont été mis sur la touche. Comment la section de France apprécie cette décision ?

J.B. Oualian : Pour nous, il s'agit tout simplement d'une politique de renouvellement des cadres dans le parti, ce qui est vital. De ce point de vue, quand on voit que la presse essaie d'inciter les gens à la résistance en termes de « on vous a balayés », je dis que c'est un scandale. Dans quelle famille on ne prépare pas la relève ? Nous, CDP France, nous nous battrons pour que cette idée entre dans la tête des gens car nul ne doit vivre le renouvellement comme une sanction.

Concernant nos militants ici en France, la plupart sont des étudiants qui ont acquis des compétences et une expertise à apporter au pays et nous regrettons qu'une fois retournés au pays, ils soient marginalisés ou qu'ils s'en vont ailleurs. C'est le cas de certains qui ont milité ici et qui sont partis en Côte d'Ivoire comme enseignants, preuve que sur place, il n'y a pas eu de dispositif pour les accueillir et les intégrer.

Quand un militant rentre au pays, il faut qu'il puisse continuer son militantisme sur place en intégrant les structures du parti. Sur la promotion des jeunes cadres à des postes importants, nous voyons bien que l'ADF/RDA est plus réactif que nous au point que certains qui ont milité avec nous ici, narguent nos jeunes en leur disant : « Moi je suis rentré, on m'a nommé ! ». Je pense à Zacharia Sawadogo qui était ministre dans le précédent gouvernement et je me réjouis que nous n'ayons pas cédé face aux chantages de l'ADF lors de la formation du récent gouvernement. C'est quelque chose de positif car notre parti doit prendre conscience que les jeunes avaient compris qu'il était facile d'aller en face pour avoir la promotion que de rester au CDP. Nous ne pouvions pas rester inactifs par rapport à ce problème !

Vous prônez un régime présidentiel à la place du régime semi-présidentiel actuellement en place. Pourquoi ?

J.B. Oualian : Soyons sérieux ! Nous avons un pays où sociologiquement, culturellement, toutes ethnies confondues, quand on a un bon chef, on s'en fout qu'il le reste pendant 15 ; 20 ans ! Donc, la logique des pays développés où la succession, l'alternance politique se fait parce qu'on arrondit les angles pour ne pas mécontenter telles couches sociales, nous ne sommes pas à ce stade.

Nous sommes au stade où quand on a des chefs, des responsables, des dirigeants qui ont une visibilité l'internationale capable d'attirer les Investissements directs étrangers (IDE) pour sortir le pays de l'arriération à l'industrie, vous vous accrochez le maximum possible. Au lieu de quoi, on se livre à ce petit jeu de untel doit quitter à la fin de son mandat ou je ne sais quoi encore !

Yves Millogo : En plus de ce que dit Oualian, je pense que si l'on veut réellement atteindre un développement industriel, économique et social, le régime choisi est important. Si nous choisissons un régime politique, il faut être capable de le traduire socialement et qu'on sache que ce choix permet de répondre efficacement à un programme, à notre développement.

Ce que nous disons, c'est que si le régime est présidentiel, il faut que le président monte aux filets ; s'il est semi-présidentiel, nous voyons que quelque part, l'action du gouvernement peut être freinée par le président et l'action de ce dernier peut-être aussi mal comprise par le gouvernement.

Or, si c'est un régime présidentiel, on sait que le seul responsable, c'est le président. Point. A quoi assiste-t-on actuellement au Burkina ? Quant il y a un souci, on voit le gouvernement, mais en réalité, est-ce que le gouvernement est vraiment responsable ? Le gouvernement est responsable d'une politique qu'il n'a pas définie.

Nous attirons l'attention sur ce que nous estimons être un problème politique car en cas de cohabitation, vous imaginez ce qui adviendrait comme désastre en termes de gouvernance ? Aujourd'hui, tout fonctionne parce que la majorité parlementaire coïncide toujours avec la majorité présidentielle, mais qu'en sera-t-il le jour où le président et la majorité parlementaire ne seront pas du même bord ? Il faut faire un choix clair : soit un régime parlementaire où on sait que la responsabilité incombe à la majorité, soit un régime présidentiel à l'américaine, qui nous convient et est bien indiqué pour impulser le développement dans notre pays. On ne s'embarrasserait pas d'un Premier ministre, le gouvernement serait allégé et la ligne d'action serait beaucoup plus directe.

J.B. Oualian : Par paresse intellectuelle et politique, on a copié ce qui se passe ailleurs, mais nous devons réfléchir et anticiper ce qui peut se passer dans l'avenir au lieu de faire du copier-coller

En 2010, les Burkinabè de l'étranger n'ont pas pu voter. Avez-vous reçu l'assurance de votre parti qu'ils pourront le faire en 2015 ?

Yves Millogo : Effectivement les Burkinabè de l'étranger n'ont pas pu voter en 2010 et il y a plusieurs sons de cloches sur les raisons expliquant cela ; certains disent que c'est dû à des raisons techniques, d'autres financières, etc. Mais nous n'avons pas moins de moyens que d'autres pays comme le Mali, la Guinée qui font voter leurs ressortissants à l'étranger ; donc cette raison ne tient pas !

En réalité, c'est l'opposition qui a compris que nous étions le parti le plus organisé et que nous avons la capacité de mobiliser les électeurs sur tous les continents ; elle a donc man½uvré pour que le vote n'ait pas lieu J.B. Oualian : Le problème, c'est que si l'élection n'est pas correcte, l'opposition va dire qu'on a fait exprès

Vous voulez dire que le gouvernement n'a pas organisé le vote des Burkinabè de l'étranger par peur des critiques que l'opposition pourrait en faire ?

J.B. Oualian : Ecoutez, une des particularités du Burkina est que depuis 1998, c'est l'attitude de l'opposition qui a influé sur un certain nombre de décisions : La CENI ne serait pas née s'il n'y avait pas l'opposition. La première fois que Blaise Compaoré a proposé que les Burkinabè de l'étranger votent, elle a dit que c'était pour se faire une majorité en Côte d'Ivoire. Je vous le dis, depuis 1998, toutes les décisions administratives et politiques de gestion du pouvoir sont dues à des concessions faites à l'opposition pour lui montrer qu'on n'est pas en train de lui faire des coups bas. Même l'ASCE est une concession faite à l'opposition !

Yves Millogo : Nous disons qu'il faut revenir aux fondamentaux de la démocratie, c'est-à-dire que l'opposition assume son rôle d'opposition et la majorité gère. Et si la majorité a failli à sa gestion, elle sera sanctionnée dans les urnes et l'opposition sera aux affaires. Il faut donc définir des règles claires du jeu, parce qu'à chaque fois que l'opposition perd des élections, elle invente des problèmes et on lui fait des concessions.

J.B. Oualian : Sur l'article 37 par exemple, nous avons la majorité à l'assemblée nationale qui a l'autorité pleine et entière pour modifier les articles de la constitution, bien entendu sous le contrôle du conseil constitutionnel. La limitation du nombre des mandats présidentiels a évolué dans le temps car dans le passé, ce n'était pas limité et les modifications intervenues jusqu'à l'article 37 actuel sont des concessions que la majorité a faites à l'opposition. (NDLR : La constitution de 1959 prévoyait un régime parlementaire ; celle de 1960 et de 1970 ne limitait pas le nombre de mandats ; en revanche, celle de 1977 et de 1991 prescrivent une limitation du nombre de mandats présidentiels).

Yves Millogo : Nous disons attention, on ne modifie pas les textes selon les humeurs de l'opposition, or aujourd'hui, dès que l'opposition entreprend un mouvement, le gouvernement a tendance à reculer comme ce qui vient de se passer avec le SYNTSHA. Si c'est louable de faire en sorte qu'on puisse vivre ensemble dans la paix, il faut aussi faire comprendre les droits et devoirs à chacun. Aujourd'hui, les gens brûlent facilement les feux de signalisation et c'est aussi une infraction comme celui qui détourne. La loi doit être la même pour tous quelque soit le niveau de la faute.

J.B. : Oualian : Les concessions répétées-là, ce n'est pas bon ! Peut-on imaginer que le PS finance le siège de l'UMP jusqu'aux prochaines élections ?

Parce que le CDP finance l'opposition ?

J.B. Oualian : Bien sûr que oui ! Qui finance le siège du chef de file de l'opposition, une singularité bien burkinabè qu'on ne trouve nulle part ailleurs ? C'est une évolution de notre démocratie de tenir compte de l'opposition, mais il faut prendre garde à ne pas perdre notre démocratie en faisant trop de concessions à l'opposition.

La révision ou pas de l'article 37 déchaine les passions dans les médias. Quelle est analyse que le CDP France fait sur la question ?

J.B. Oualian : Ce qui se passe actuellement relève de l'obsession et il faut qu'on se calme ! Pour notre part, nous sommes en adéquation avec le débat démocratique et nous défendons le droit de n'importe quel individu à se présenter comme il veut autant de fois qu'il veut parce que c'est au peuple d'en décider. L'article en question a été modifié en 1997 pour faire sauter la limitation du nombre de mandat, puis en 2000 pour réintroduire la limitation.

Mais qu'est-ce qui a poussé l'assemblée nationale à prendre cette décision à l'époque ? C'est la question que je pose. Est-ce que les inquiétudes qui ont motivé la modification de cet article existent toujours ? S'il n'y a plus ces inquiétudes, l'article 37 n'a plus de raison d'exister, mais si ces inquiétudes existent toujours, il est sage de laisser l'article 37 en l'état

C'est suite à la crise née de l'assassinat du journaliste Norbert Zongo que le collège des sages a préconisé des réformes politiques y compris la limitation du nombre de mandats présidentiels...

J.B. Oualian : Voilà encore une concession faite par la majorité à l'opposition ! C'est dans un contexte de pression que nous avons fait une concession à l'opposition dans le but de calmer la fronde sociale. Or, quand je fais une analyse de fond de l'article 37, j'ajoute à ceci : je fais partie de la minorité du Parti africain de l'indépendance (PAI) depuis 1966 et j'assume ma minorité. Mais si une minorité ne sait pas endurer sa situation 10, 15 ans pour faire accepter son programme par la masse et a recours à des trucs du genre, article machin, si on cède à ça, on est foutu !

Donc pour vous, le contexte politique et social est maintenant favorable à la modification de l'article 37 pour faire sauter le verrou de la limitation du nombre de mandats présidentiels ?

J.B. Oualian : Je dis que si le contexte politique et social a changé, il n'y a aucune raison de le maintenir en l'état coûte que coûte. Du point de vue de la déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen, tout citoyen qui n'a pas commis de crimes doit pouvoir se présenter autant de fois qu'il veut. Il y a un peuple qui décide de qui il veut, et de qui il ne veut plus, et c'est tout ! Pour moi, ce qui importe, c'est la liberté d'expression et la liberté de vote qui ne soit pas comme sous Ben Ali en Tunisie où il y a des mitraillettes derrière l'isoloir pour surveiller que tu mets le bon bulletin. En 1958, j'étais dans un bureau de vote avec ma famille pour le référendum de De Gaulle. Vous savez comment ça se passait à l'époque ? On prenait la liste des membres de la famille, on comptait le nombre de bulletins correspondant, le chef de famille signe sur le registre et ceux qui s'occupaient du vote les déposent dans l'urne ! Donc la liberté de choisir qui on veut est sacrée pour moi et cela n'est pas encore un acquis chez nous, surtout quand on a une opposition dont le programme n'est pas suffisant pour lui permettre d'arriver au pouvoir et qui du coup, crée des problèmes là où il y en a pas.

Yves Millogo : Les débats sur l'article 37 est une affaire d'intellectuels, car le fond du problème est ailleurs, dans le fait qu'on n'a pas une population suffisamment formée, consciente de ses droits et ses devoirs. Du coup on chipote sans fin sur un article. Est-ce que celui qui vit au fond du pays Lobi a moins de droits que celui qui est à Ouagadougou où dès qu'il a une entorse, il peut aller à l'hôpital Yalgado où dans une clinique ? La question est là, et le jour où on aura une population consciente de des droits, elle dira à quelqu'un qui a duré : « On ne veut plus de toi ».

Interview réalisée par Joachim Vokouma
Lefaso.net (France)

Le Faso

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