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Les avocats empêchés de tenir leur AG à la centrale syndicale

Ils étaient des dizaines d'avocats à avoir répondu, hier, à l'appel du bureau du conseil de l'Ordre d'Alger, pour prendre part à une assemblée générale extraordinaire prévue à la centrale syndicale. A leur grand dam, ils n'ont pu accéder à la salle de conférences. Les responsables de l'Union générale des travailleurs algériens (UGTA) ont exigé d'eux une autorisation de la wilaya. «Nous avons toujours tenu nos assemblées à la salle de conférences de la centrale et jusqu'à ce matin, il n'a jamais été question d'autorisation. Notre assemblée est purement professionnelle, elle n'a rien de politique pour qu'elle fasse l'objet d'une quelconque autorisation. Mais nous allons la demander et si nous ne l'obtenons pas, nous serons dans l'obligation de sortir dans la rue pour nous faire entendre...», déclare Me Abdelmadjid Sellini, bâtonnier d'Alger, lors d'un point de presse animé sous une pluie battante sur le perron de la centrale syndicale, entouré des membres du bureau qui ont appelé à cette assemblée, en réaction à l'incident qui a eu lieu jeudi dernier entre Me Sellini et le juge Tayeb Hellali, en pleine audience du tribunal criminel. Le refus du juge à donner acte à l'avocat ainsi que les écarts de propos qui ont suivi ont suscité la colère aussi bien des robes noires que des magistrats, dont le syndicat a été sollicité. Si du côté de cette organisation, la convocation du bureau national a été lancée, les avocats, après plusieurs réunions, ont décidé de tenir une assemblée générale extraordinaire pour interpeller les autorités sur ce qu'ils qualifient de «graves atteintes» au droit de la défense. Hier, le refus de la centrale syndicale de leur accorder la salle de conférences a exacerbé la contestation et suscité les craintes des uns et des autres de voir cette crise s'installer dans la durée. «A travers ce refus, ils veulent empêcher toute une corporation à s'exprimer sur les conditions de travail dans lesquelles elle exerce son métier», déclare Me Sellini. Interrogé sur la rencontre qu'il a eue la matinée (hier) avec le président de la cour d'Alger et le procureur général près la même juridiction, en présence du juge Tayeb Hellali, le bâtonnier répond : «Je refuse que le problème soit celui de Sellini et de Tayeb Hellali. L'incident de jeudi dernier n'est que la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Nous ne pouvons plus exercer notre métier de défendre le justiciable dans des conditions en dégradation continuelle. Lorsque les droits du justiciable sont quotidiennement brimés par le refus du juge de le laisser s'exprimer, le mauvais accueil, la partialité du magistrat, etc., il faut s'attendre au pire. L'avocat ne peut plus défendre...», souligne Me Sellini. Selon lui, toute la réforme de la justice, sur laquelle a travaillé le défunt Me Issad, a été totalement mise de côté. «Après 38 ans d'exercice du métier, je me rends compte que la justice a terriblement régressé. Je vous défie de trouver un juge d'instruction qui prononce un non-lieu, une chambre d'accusation qui annule les décisions du juge ou un jugement de première instance non confirmé par la cour. La présomption d'innocence a disparu pour laisser place à la présomption de culpabilité. Tous les justiciables sont coupables jusqu'à ce qu'ils prouvent leur innocence. C'est contre cette justice que nous nous battons et que nous dénonçons aujourd'hui. L'assemblée générale a été convoquée pour montrer justement qu'il ne s'agit pas d'un problème personnel entre un juge et un avocat, mais plutôt d'un profond malaise que la corporation vit depuis des années.» Le bâtonnier reconnaît que cette situation n'est pas vécue par l'ensemble des barreaux d'Algérie. Et d'affirmer : «Il est vrai qu'ailleurs, dans d'autres juridictions, lorsque nous allons pour plaider, nous découvrons un autre monde. Les conditions diffèrent par rapport à la capitale où les magistrats traitent 200 à 300 dossiers. Mais cela ne doit pas être un argument pour justifier la dégradation des conditions de travail. S'il faut doubler le nombre de chambres à la cour d'Alger, il faut y aller parce que la capitale n'est plus ce qu'elle était il y a 20 ans. Il y va de la crédibilité de la justice. Nous voulons que le justiciable puisse sortir satisfait de la décision qui est rendue en son nom. Trouvez-vous normal que dans nos tribunaux, des justiciables se lacèrent le corps, se jettent par la fenêtre ou s'en prennent violemment au juge qui prononce une décision ? Il y a un grave problème d'absence de confiance en la justice. Il faut que les plus hautes autorités du pays se rendent compte de cette situation et réagissent le plus rapidement possible. Nous ne pouvons plus cautionner de telles dérives.» Interrogé sur la position de la chancellerie par rapport aux problèmes posés depuis des années, Me Sellini révèle que des parties, qu'il ne nomme pas, sont en train de manipuler et de détourner l'attention de l'opinion publique pour donner une mauvaise image des avocats et «surtout parasiter les efforts du ministre à apporter un plus pour le secteur». Le bâtonnier fait l'éloge de l'actuel ministre, tout en s'attaquant à son prédécesseur qui, selon lui, «ne faisait que dans les promesses». En tout état de cause, les avocats, après avoir été empêchés de tenir leur assemblée générale, ont fini par se disperser après plus de deux heures d'attente. Ils devront se regrouper le 11 mai prochain, bien sûr au cas où leur réunion sera autorisée.  

El Watan

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