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RDC - Y a-t-il un pilote dans l'avion?

148 accidents d’avions et 400 morts entre 2001 et 2011: c'est le bilan des compagnies aériennes en République démocratique du Congo (RDC), où l’avion est loin d’être le moyen de transport le plus sûr.

Le site du quotidien indépendant de Kinshasa Le Phare estime la moyenne annuelle à 15 crashs aériens pour une quarantaine de victimes.

Le dernier accident date du 8 juillet dernier, avec le crash d'un Boeing 727 de la compagnie Hewa Bora qui avait manqué son atterrissage à l’aéroport de Kisangani. Bilan: 74 morts.

Si chacun semble avoir sa part de responsabilité dans cette série macabre (compagnies aériennes, aéroports, ainsi que tous les professionnels de l’aviation), Le Phare remet tout d’abord en cause la responsabilité du gouvernement congolais.

D'abord, parce qu'absolument les compagnies aériennes congolaises figurent sur la liste noire de l’Union européenne. Ensuite, parce que le contrôle technique du parc aérien et la vérification des licences professionelles ne sont pas systématiquement effectués:

«La majorité d’aéronefs battant pavillon congolais ont été achetés dans les casses du désert de l’Arizona aux Etats-Unis d’Amérique à des prix dérisoires ne dépassant pas la somme de 500.000 dollars [345.000 euros, ndlr].

En plus des anciens avions de marque Antonov de fabrication soviétique ayant servi lors de la première guerre de Tchétchénie [en 1994] [...] tous ces aéronefs totalisent à ce jour près de 50 ans d’existence et seule la RDC continue à les utiliser alors que des pays africains comme le Gabon, le Congo-Brazzaville et l’Angola les ont cloués au sol suite aux multiples crashes ayant causé de nombreuses victimes humaines.»

La licence d’exploitation de la compagnie Hewa Bora est suspendue depuis le 14 juillet. Et en ligne de mire de l'enquête apparaît le défaut d’assurance de la compagnie, qui opérait sans la moindre attestation dans le ciel congolais. Une responsabilité partagée, selon le Phare:

«Au lendemain de ce crash, un haut cadre de la [Société nationale d'assurance], qui pourtant bénéficie du monopole de la police d’assurances en RDC, est monté au créneau pour dénoncer le refus opposé publiquement par la compagnie aérienne privée HEWA BORA de souscrire à une police d’assurances.

[…] Il y a ensuite la responsabilité pénale de la Direction de l’Aviation Civile du fait qu’elle a délivré le certificat de navigabilité(ou CDN) sans pour autant exiger au préalable de HEWA BORA le dépôt de la Police d’Assurances souscrite au pays.»

En outre, l’avion qui s’est écrasé, fabriqué en 1965, était d'abord destiné au transport commercial, et a été par la suite adapté au transport de passagers —ce sans aucune autorisation officielle.

Mais la responsabilité de l’aéroport de Kisangani n’est pas non plus à négliger.
Le site IPS Africa reprend les propos de Stavros Papaionnou, PDG de Hewa Bora:

«Nous venons de découvrir qu’à Kisangani, il n’y avait aucun expert avec une qualification ou une licence valide […] C’est un stagiaire qui dirigeait l’appareil alors que celui-ci tentait de se poser dans une violente tornade.»

Pour Martin Kabwelulu, ministre par intérim du Transport et de la Communication, «l’avion était surchargé et l’équipe de la Régie des voies aériennes l’avait effectivement mal guidé à l’atterrissage.»

Joachin Jean-Paul Ndagano, commandant de vol à la compagnie nationale Lignes aériennes congolaise, dénonce les «défaillances des services de surveillance météorologique, de la communication entre la tour de contrôle et les pilotes en détresse, et l’insuffisance des installations aéroportuaires».

Un rapport préliminaire sur le crash révèle en outre que les pompiers ont mis des heures à arriver sur le lieu de l'accident pour secourir les victimes, et que les cassettes qui ont enregistré les échanges entre les pilotes et la tour de contrôle ont disparu.

Lu sur Le Phare