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Troïka-UGTT : Les scrupules d’octobre mis en berne en avril

Par Sofiène Ben Farhat

L'Union générale tunisienne du travail (Ugtt) a dit son mot. Elle ne prendra pas part au dialogue national organisé depuis la semaine dernière par la présidence de la République. Hassine Abassi, secrétaire général de la centrale syndicale l'a annoncé à l’issue de sa rencontre avec des représentants de partis politiques au siège de l’organisation à Tunis.

Les motivations sont multiples. La décision a été prise en réaction à l’absence de certains partis politiques à ce dialogue, a expliqué Houcine Abbassi. Il a fait valoir l'attachement de l’UGTT à son indépendance et au consensus.

Le SG de l'Ugtt a exhorté tous les partis et représentants de la société civile à participer à la deuxième phase de son congrès du dialogue national. Ce dernier avait été lancé le 16 octobre dernier. Il vise un large consensus national sur les échéances politiques escomptées.

Nous sommes donc en présence de deux dialogues ayant la même finalité. Le premier avait été boycotté par le mouvement Ennahdha et le CPR. Ils avaient notamment estimé que la participation de Nidaa Tounes y ouvrait la voie aux anciens rcédéistes, les gens de l'ancien régime. Pourtant, le dialogue initié la semaine dernière par la présidence de la République englobe notamment Nidaa Tounes et le parti Moubadara à côté d'Ennahdha et du CPR. En avril, ces derniers ont visiblement laissé leurs scrupules d'octobre au vestiaire.

En vérité, dans tout cela il y a le non-dit. Les protagonistes cachent leur jeu. C'est de bonne guerre dira-t-on en politique. Mais cela autorise l'opportunisme et le girouettisme si l'on ose dire.

En toile de fond, il y a la physionomie politique en recomposition. Le système des partis des lendemains de la révolution du 14 janvier 2011 est en crise. Le pouvoir est en crise. L'opposition aussi.

Le système mis en place est en panne. Il cale dans la transition bloquée. La situation économique et sociale a dégénéré. L'enveloppe politique ne traduit point les attentes, la détresse, l'angoisse ni les espoirs des citoyens. Les révélations successives sur les passe-droits et les volte-face des politiques ont tôt fait de discréditer tout le système. Les gens rejettent pratiquement la classe politique. En bloc.

La Troïka Bis s'avise de retaper son image de marque. Mais celle-ci est tellement écornée qu'il en faut une nouvelle. Tout rapiéçage ne fait qu'en rajouter aux lambeaux qui en restent.

La conjonction de deux phénomènes a concouru à cela : d'un côté, les frasques, heurs et malheurs des constituants à l'Assemblée constituante. Depuis une année et demie qu'ils s'offrent en spectacle. Le bilan tient en un mot : navrant !

Par ailleurs, la communication gouvernementale et présidentielle contreproductive a achevé le processus de déliquescence de l'image des responsables politiques. Ils campent volontiers un profil antagoniste, notamment entre eux, vis-à-vis de la société civile et des médias. Finalement ils se sont installés dans un bras de fer qui frise le monologue obsessionnel. Suffit-il que l'on esquisse quelque critique qu'ils crient au complot. Les attaques et les intimidations à l'encontre de journalistes et de médias sont fréquentes. Un climat de suspicion généralisée sévit.

Les politiques tentent de se redéployer. Ceux-là mêmes qui diabolisaient l'Ugtt, il y a peu, qui mandaient leurs troupes faire le coup de poing devant le siège de la centrale syndicale, la courtisent brusquement. Ils inventent et s'avisent de mettre à profit des dynamiques nouvelles, histoire de se repositionner dans l'opinion, en prévision des échéances électorales. Mais le mal est fait. Et les pesanteurs tirent vers le bas.

Le refus de l'Ugtt de participer au dialogue initié par la présidence de la République est symptomatique. la société civile est sur ses gardes. Epuisée, exsangue, chauffée à blanc, échaudée par les vicissitudes du quotidien, pressurée par les prix, l'opinion est aux abois.

 Par Sofiène Ben Farhat le 24 avil 2013

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