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Diarra du groupe Terakaft © Corine Jeannette
Diarra du groupe Terakaft © Corine Jeannette

Terakaft: «Sans liberté, le Touareg n'existe pas»

Le groupe de rock sort un quatrième album, où il ne lâche rien sur le désir de liberté des Touaregs.

 «Sans liberté, le Touareg n’existe pas.» Pour Diarra, Sanou et Pino, les trois chanteurs guitaristes du groupe rock touareg Terakaft (caravane en tamasheq), cet adage traduit au plus près les aspirations de leur communauté.

En janvier 2012, l’insurrection pour l’indépendance touarègue dans le nord du Mali, portée par les Touaregs du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) a tourné à la catastrophe.

Début avril, le MNLA proclamait unilatéralement l’indépendance du Nord-Mali, après avoir pris les villes symboliques de Tombouctou, Gao et Kidal. Quelques semaines plus tard, le vieux rêve touareg aux accents parfois romantiques vacille face aux velléités de mouvements islamistes.

«Le quatrième album, enregistré deux mois plus tôt en novembre 2011, avait prédit cette mésaventure,  affirme Pino, le benjamin du groupe. Pour nous, les Touaregs ont fait une grave erreur. Ils ont été trompés par Ansar Dine. Certains ont vendu leur âme au diable.»

Dans leur quatrième album intitulé Kel Tamasheq , le groupe rock Terakaft, fondé au Mali en 2001, rend une nouvelle fois hommage à la tradition touarègue, celle portée avant eux par le groupe Tinariwen. Les deux groupes sont musicalement et humainement très proches.

Liya  Ag Ablil appelé Diarra, le patriarche du groupe, a joué durant 20 ans dans le groupe mythique. C’est lui qui, par son expérience, inscrit le groupe Terakaft dans la continuité des Tinariwen, le premier groupe à avoir diffusé la musique rock touareg au début des années 2000.

«Diarra et Sano ont appris à jouer avec les Tinariwen. Les chanteurs sont capables de jouer le même répertoire», ajoute Philippe Brix, le manager de Terakaft. Un ancien du groupe Tinariwen lui aussi. Il a été leur manager pendant plusieurs années.  

Le visage bruni, lacéré de rides sèches, Diarra observe, stoïque. Il écoute son neveu Sano, ainsi que la dernière recrue Pino ,  parler de leur expérience. Il acquiesce, effleure sa moustache poivre-sel et raconte son histoire, avec pudeur. Une guitare électrique à la main, c'est un autre homme. Placé à droite de son neveu Sano, Diarra investit pleinement la scène, bouge ses pieds au rythme de la calebasse. Un pas à droite, un autre pas à gauche.

Couverts des habits traditionnels touareg, les trois guitaristes chantent en chœur des textes qui leur rappellent le bled, leur jeunesse, une époque où leur parents pouvaient rendre visite à une sœur au Niger ou en Algérie. Sans frontières, sans passeport, en toute liberté.

«Dans les années 1970, mes parents se déplaçaient librement jusqu’au Niger, témoigne Diarra. Les peuples touareg étaient libres de circuler sur leur territoire. Aujourd’hui, nous sommes divisés par les frontières nationales. Les Touaregs maliens, algériens, marocains…»

Ineffables frontières

D’après Pino, les aînés ne comprendront jamais le concept de frontières, car le territoire qu’ils revendiquent est intimement lié à leur existence. Sans Azawad, les Touaregs auraient l’impression de se fondre dans le moule national, et ainsi perdre leur identité si singulière. Comment obéir aux lois des frontières quand on a connu la libre-circulation?

«Dans sa tête, mon aîné se dit “Pourquoi suis-je obligé de faire un passeport pour visiter un autre Touareg de ma famille?”», renchérit Pino.

Quatre mois après l’offensive militaire française, le groupe est-il plus serein sur la situation au Nord-Mali? Diarra dit vouloir retrouver sa famille qui n’a pas quitté la région depuis la division du pays en deux. Il sait toutefois qu’il est trop tôt pour programmer un concert dans la région.

«Ce n’est pas le moment. Les rassemblements de foule sont des cibles trop facile», lance Pino.

Tous disent regretter l’amalgame qui a été fait entre eux et les combattants islamistes. Au Mali, les Touaregs reconnaissables à leur peau plus claire, sont accusés d'avoir soutenu et parfois intégré les mouvements islamistes.

Mais les rockeurs du Sahara le répète chacun leur tour: ils n'adhèrent pas à leur lecture rigoriste de l'islam.

«Nous, on parle de la religion comme une tradition, pas comme une pratique. Nous sommes des musulmans. Pas des donneurs de leçons.»

Nadéra Bouazza

Concert prévu ce soir 24 avril au festival Printemps de Bourges.  Mais aussi:

21/06 Paris - La Bellevilloise

18/07 - Touvérac

Nadéra Bouazza

Nadéra Bouazza. Journaliste à Slate Afrique

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