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Sierra Leone, 50 ans d'indépendance

Le 27 avril 2011, la Sierra Leone a célébré le cinquantième anniversaire de son indépendance. En 1961, après 174 ans sous le joug britannique, ce petit pays d’Afrique de l’Ouest prenait son destin en main.

Hector Sylvanus Bultman, qui a participé aux négociations d’indépendance entre la Sierra Leone et la Grande-Bretagne, se souvient du 27 avril 1961 avec émotion:

«Nous nous trouvions dans le stade national et il y avait deux drapeaux. Le premier était celui du Royaume-Uni, flottant dans les airs. Le second drapeau, notre drapeau, vert, blanc et bleu, était en berne. Quand vint minuit, les deux drapeaux ont échangé leurs positions: le drapeau britannique tomba à terre tandis que le nôtre se dressa. Lorsqu’il arriva tout en haut, nous nous écriâmes tous. Il y eut de grands applaudissements, les tambours résonnèrent, et notre hymne national fut joué pour la première fois.»

Mais ces promesses de lendemains qui chantent ont vite été déçues par un enlisement du pays dans une crise profonde que Bultman attribue notamment à la mauvaise gouvernance. Conflits ethniques, luttes politiques et difficultés économiques ne favorisent pas l’épanouissement de l’Etat nouvellement indépendant, si bien que le pays bascule dans une guerre civile sanglante entre 1991 et 2002.

Neuf ans après la fin de cette sinistre période, la Sierra Leone a choisi de fêter avec faste son affranchissement de la tutelle coloniale. Ce sont 19 millions d’euros qui ont été ainsi dépensés pour l’occasion. William Conteh, président du Comité du jubilé national, explique l’attribution de cette somme exorbitante:

«Une partie de cet argent ira à des projets de développement d'infrastructures. D'autres événements concerneront le sport, les arts et la culture pour présenter l'histoire de la Sierra Leone.»

Ce budget dispendieux prête à controverse dans ce pays qui compte parmi les plus pauvres du monde (en 2004, 70,2% de la population vivaient sous le seuil de pauvreté). Pour un pays dont la dette extérieure s’élève à près de 1,61 milliard de dollars (1,08 milliards d'euros), de telles dépenses semblent peu judicieuses, ainsi que l’a déclaré Joseph Saffa, secrétaire général du principal parti d’opposition, le Parti du Peuple de Sierra Leone (SLPP):

«L'événement vaut la peine d'être célébré. Mais pour un pays pauvre comme la Sierra Leone, ce budget est inquiétant (…) La moitié du budget du pays est financée par des donateurs.»

Le président sierra léonais Ernest Bai Koroma a profité de cette occasion et de la présence de plusieurs présidents africains, tels Alpha Condé (Guinée), Abdoulaye Wade (Sénégal), Ellen Johnson Sirleaf (Liberia), Blaise Compaoré (Burkina Faso) ou encore Obiang Nguema (Guinée Equatoriale), pour appeler à l’unité nationale et à la lutte contre la pauvreté et la corruption. Il s’est même engagé à faire de la Sierra Leone un pays donateur d’ici 25 ans. Le temps des promesses semble être toujours d’actualité. Optimisme ou démagogie?

Lu sur Voice of America