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Bientôt la paralysie totale ?

Dans certains établissements d'Alger, le mot d'ordre n'a pas du tout été suivi. Les praticiens expliquent les raisons de cette non-adhésion par peur de menaces et de représailles de la part de l'administration. Irait-on vers une paralysie totale des structures sanitaires ? C'est la crainte émise par un retraité, debout dans le hall d'un centre de soins de la capitale. «Ils viennent de m'apprendre qu'il y a grève. Encore. Il y a quelques jours, les paramédicaux étaient en grève et, avant eux, d'autres corps de la santé. Ce qui force les citoyens à slalomer pour se faire soigner, quand, dans l'urgence, ils ne paient pas le prix fort d'une consultation privée», soupire-t-il. Et les nouvelles d'une éventuelle jonction entre l'ensemble des syndicats ne sont pas pour le rassurer. «J'ai pu lire ici et là qu'ils veulent tous faire grève en même temps. Déjà que, séparément, le préjudice que nous font subir ces mouvements est appréciable, alors qu'est-ce que ce sera lorsqu'ils s'y mettront tous en même temps !», s'alarme-t-il. Toutefois, loin de blâmer entièrement les contestataires, l'homme estime qu'il est du ressort des pouvoirs publics de mettre un terme à ces perturbations. «L'on ne va pas se voiler la face : les personnes qui consultent dans le public, en dépit de ces nombreuses lacunes, sont généralement celles qui n'ont pas les moyens de débourser les lourds honoraires des consultations privées. En refusant d'assainir la situation, le pouvoir pénalise les plus modestes des Algériens», bougonne-t-il, dépité, en quittant l'établissement sanitaire. Et c'est entre incompréhension et résignation nées de l'habitude qu'ont été rythmées ces deux premières matinées de débrayage dans les centres de santé. «Il y a parfois des scènes très violentes», raconte la chargée de l'accueil d'une polyclinique d'un quartier populaire de la capitale. «Ce matin, une femme m'a littéralement agressée parce qu'elle n'avait pas droit à du 'piston'», relate-t-elle. Un service minimum a pourtant été mis en place, mais il s'applique aux urgences, tout particulièrement lorsqu'il s'agit de pédiatrie ou autre suivi post-opératoire. «Je lui ai conseillé d'aller trouver un centre qui n'est pas en grève», conclut-elle. Démobilisation et pressions Car dans certains établissements d'Alger, le mot d'ordre n'a pas du tout été suivi. Et rares sont les praticiens qui acceptent d'expliquer les raisons de cette non-adhésion. Manque d'information et de mobilisation, soins importants et urgents à prodiguer, mais aussi, et peut-être même surtout, pressions et autres menaces de représailles de la part de l'administration. «Malgré cela, le taux de suivi a connu une sensible amélioration avec une moyenne de 78% au niveau national», explique Lyes Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP). «A Alger, la grève est peut-être moins ressentie, d'autant plus que les praticiens de santé publique sont minoritaires dans les grands pôles sanitaires, tels que les hôpitaux ou CHU», reconnaît-il. Pourtant, au deuxième jour de grève du SNPSP, une certaine lassitude semble se faire sentir chez les médecins. «Nous tournons en rond. Nous pensions en avoir fini avec les grèves et les revendications. Et nous voilà repartis pour un autre bras de fer avec la tutelle», commente ainsi dans un soupir une praticienne. «C'est ce mépris et l'absence d'une quelconque amorce de négociations que nous dénonçons au plus haut point», affirme le docteur Merabet. «Et comme l'union fait la force, nous discutons avec d'autres syndicats de la santé afin de mettre en place une plateforme de revendications commune et de faire converger nos mouvements», poursuit-il, énumérant les spécialistes, les paramédicaux, les psychologues et autres corps communs de la santé. «En sus d'une grève commune, il sera discuté le recours à toute autre forme de protestation, tels sit-in et rassemblements publics», prédit-il. Les cycles de perturbation dans le système de santé ne semblent pas près de prendre fin...     

El Watan

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