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HCP – Finances publiques : Il faut rompre avec notre modèle de croissance économique

 

La coupe de 15 milliards de dirhams sur le budget d'investissement de l'Etat afin de réduire le niveau du déficit budgétaire a suscité un vif débat au niveau de la classe politique et des craintes de certains opérateurs économiques quant aux impacts négatifs de cette mesure sur leurs secteurs d'activité. Au delà de ces réactions, la situation intenable des finances publiques au cours de ces dernières années montre qu'il y a urgence à apporter des réformes structurelles et peut-être même à revoir le modèle économique du Royaume afin de rétablir les grands équilibres macroéconomiques du pays. C'est dans cette optique que s'est inscrite l'étude réalisée par le haut Commissariat au Plan, intitulée «Contribution au débat sur une nouvelle politique économique dans le contexte actuel des déséquilibres macroéconomiques au Maroc» et dont les grandes lignes ont été débattues le 17 avril dernier à Rabat. Dans son allocution introductive, M. Ahmed Lahlimi Alami, Haut Commissaire au Plan, a souligné que dans «le contexte actuel de crise, tous les pays, tout en procédant à un ajustement de leurs politiques publiques pour faire face, dans l'immédiat, aux réalités nées de la crise mondiale, amorcent par des réformes de structure la transition vers le nouveau modèle de croissance de demain et ce au prix très souvent d'une reconsidération rigoureuse de leurs politiques budgétaires, monétaire, voire sociale». C'est le cas du Maroc qui subit les effets de la crise économique internationale et affronte actuellement une détérioration de ses équilibres macroéconomiques marqués, en particulier, par une détérioration du déficit budgétaire et des comptes extérieurs. En 2012, les déficits des comptes courant et budgétaire se sont établis respectivement à 10 % et 7,2 %. L'aggravation des déficits jumeaux est, selon M. Lahlimi, «le produit d'une politique budgétaire expansionniste marquée par un niveau élevé de l'investissement public et des subventions croissantes à la consommation, d'une politique monétaire ciblant le maintien au plus bas niveau de l'inflation dans un cadre d'ouverture commerciale accélérée et de régime de change fixe». A cause de ce modèle, il n'y a pas de transmission des chocs externes (flambée des cours des produits agricoles et pétrolier) du fait des subventions accordées par l'Etat, ce qui justifie le niveau très bas de l'inflation au Maroc.

 

Agir sur le budgétaire et le monétaire

 

Face à l'aggravation des déséquilibres des agrégats macroéconomiques, l'Etat essaie d'agir en baissant les dépenses budgétaires. Pour cela, il se focalise notamment sur deux variables : l'investissement et les subventions sur les produits alimentaires et surtout énergétiques. Seulement, «toute option qui porterait sur la réduction des investissements ne doit être envisagée qu'avec une grande prudence. Elle est, en effet, de nature à compromettre le développement futur de notre pays, alors qu'une planification stratégique qui intégrerait les programmes sectoriels en cohérence avec le cadre macroéconomique d'une part et une plus grande rigueur dans leur gestion d'autre part, augmenterait le rendement de ces investissements et contribuerait à l'amélioration de la compétitivité de notre appareil et à la réduction des déficits extérieurs», avertit le Haut Commissaire au Plan.

Pour le HCP, face à cette situation qui induit un épuisement des réserves de change, il est urgent de reconsidérer les politiques publiques sur la base d'une réévaluation du modèle de croissance, sous le double angle de la durabilité des acquis et des défis de l'avenir. En effet, le modèle basé sur la stimulation de la croissance par la demande intérieure via les subventions et les investissements montre ses limites. Outre l'épuisement des réserves qui n'assurent que 4 mois d'importation dans le meilleur des cas, l'aggravation des déficits jumeaux commence à inquiéter les bailleurs de fonds étrangers.

C'est dans cette optique que s'inscrit l'étude réalisée par le HCP. Elle s'appuie sur une approche par simulations d'impacts de quelques-unes des mesures que pourrait prendre le Gouvernement (décompensation, fiscalité, politique monétaire, etc.) sur l'évolution des équilibres macroéconomiques. Pour les rédacteurs de l'étude, il faut agir aussi bien sur la politique monétaire que la politique budgétaire.

 

Compensation, 115 milliards en 2020 !

 

Selon M. Ayach Khellaf, chef de la Division de la Modélisation au HCP, «un ajustement réussi consiste à sacrifier la croissance à court terme, à travers l'adoption d'un train de mesures monétaires et budgétaires restrictives, afin de fléchir la demande intérieure réelle et le jumelage de dépréciation du taux de change nominale à ces mesures». Ainsi, le HCP a présenté deux approches. «Un ajustement réussi consiste à sacrifier la croissance dans le court terme», a expliqué M. Khellaf. Cette approche se traduira par l'adoption d'un train de mesures monétaires et budgétaires restrictives afin de faire fléchir la demande intérieure réelle, par le jumelage d'une dépréciation du taux de change nominal à ces mesures monétaires et budgétaires restrictives, etc. Nonobstant les ajustements à court terme, il faudra adopter sur le moyen et long terme des changements dans les structures productives et une flexibilité des prix.

Au niveau budgétaire, «nous sommes sur un trend non soutenable», a expliqué M. Ayach Khellaf. Le Maroc a un besoin excessif de financement alors que l'épargne nationale ne suit pas. Selon M. Khellaf, le taux de couverture des investissements par l'épargne nationale est passé de 107 % en 2001 à moins de 90 % actuellement. Des réformes structurelles sont jugées obligatoires pour faire face à la vulnérabilité du tissu productif, à la faible compétitivité de l'économie et à la faible amélioration de la productivité totale des facteurs. Concernant la flexibilité des prix, la décompensation est jugée inévitable. Selon les simulations faites par les rédacteurs de l'étude sur la base d'une batterie d'indicateurs (hausse de la consommation, croissance économique, évolution du cours du pétrole, etc.), en l'absence de la décompensation, la facture de la subvention passera de 48 milliards de dirhams en 2012 à 115 milliards de dirhams en 2020. Toutefois, une décompensation progressive dans un environnement marqué par une hausse modérée des cours de l'énergie se traduira par une baisse de la facture des subventions qui passera de 48 milliards de dirhams en 2012 à seulement 11 milliards de dirhams en 2020, avec un impact positif sur le PIB de 9 points. Néanmoins, l'énergie constituant une part non négligeable des coûts de l'industrie, la décompensation va impacter négativement sur la compétitivité des entreprises marocaines et les pousser à la restructuration. De même, l'Etat doit continuer à encourager la diversification du tissu productif national, comme c'est le cas avec la mise en place des différents plans sectoriels : Emergence, Maroc Vert, etc.

 

Des investissements inefficients

 

Plus difficile à accepter sera l'impact de la décompensation sur les ménages, notamment sur les couches les plus vulnérables de la population, du fait des conséquences de cette mesure sur les prix du transport, des produits de base (farine, sucre, etc.), du gaz, etc. Il sera donc nécessaire de mettre en place des mesures d'accompagnement afin d'atténuer l'impact social.

De même, un intérêt particulier doit être accordé à l'efficience de l'investissement public. Selon M. Lahlimi, au niveau des investissements publics, sur 100 dirhams investis, 28 à 30 % seulement vont à la formation brute du capital fixe (FBCF), le reste est absorbé par les dépenses courantes, les opérations financières, les subventions, et ainsi de suite !

Selon le Chef de la Division de la Modélisation, «la décompensation accompagnée d'une politique de rentabilité des investissements induirait un modèle économique qui peut impacter positivement sur la croissance».

Outre le volet budgétaire, il faut aussi agir au niveau de la politique monétaire, notamment sur plusieurs variables : ajustement de la liquidité intérieure aux mouvements des avoirs extérieurs, revue du taux de change afin d'accroître la compétitivité export, revue des instruments de la politique monétaire, etc. En clair, la dévaluation compétitive ne doit plus être un tabou, mais seulement une fois que certaines mesures seront prises en matière d'amélioration de la compétitivité et de diversification de l'offre d'exportation.

En bref, au-delà des débats plutôt stériles sur la coupe des dépenses d'investissement, sachant que le taux de réalisation de celles-ci dépasse rarement la barre des 65 %, le débat que vient d'initier le HCP a le mérite de mettre en exergue les vrais problèmes de l'économie marocaine et les ébauches de sortie de crise via l'adoption d'un nouveau modèle économique.

Moussa Diop

La Nouvelle Tribune

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