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Ne nous dites surtout pas que vous êtes entrain de refaire la Tunisie, à partir du néant !

Par Boubaker Ben Fraj

En cette période mouvante de transition postrévolutionnaire, qui a l'air de trainer à ne plus en finir, de s'éterniser au point que personne ne semble aujourd'hui entrevoir clairement le bout, peut-on reprocher aux Tunisiens de perdre patience, et de se poser de plus en plus de questions.

Questions lancinantes sur le présent incertain qu'ils vivent, avec le sentiment de le subir plutôt que de le choisir ; questions sur les conditions de vie qu'ils supportent dans la peine, sur la gestion balbutiante de leurs affaires par un gouvernement dont ils soupçonnent la partialité, et auquel ils reprochent la frilosité et l'incompétence,.... et combien d'autres interrogations, qui portent sur le devenir de leur pays, dans le flou entretenu par une classe politique, qui leur paraît davantage investie dans les calculs partisans, que motivée par la volonté de concevoir un futur tunisien, qui s'élève au degré des espérances du peuple qui l'a placée à ses commandes.

En ce moment précis d'incessantes spéculations sur la future constitution que nos élus semblent éprouver toutes les peine du monde à parachever, il est utile de fouiller dans notre passé, pour y rechercher des repères, et de revisiter notre histoire pour mieux situer notre présent.

A cette fin, je propose à lire l'extrait ci-après d'un texte antique dans lequel, l'illustre philosophe grec Aristote qui a vécu au IV ème siècle av. j.-C ,décrit, commente et évalue la constitution de Carthage, telle qu'elle était de son vivant.

Après l'avoir comparée à plusieurs autres constitutions, dont celles d'Athènes et d'autres grandes cités grecques, Aristote considère dans ce témoignage de première main, que celle de Carthage était l'une des meilleures, voire la meilleure de toutes.

Dans le chapitre 8 du livre II de son « Histoire », Aristote écrit « Carthage paraît encore jouir d'une bonne constitution, plus complète que celle des autres Etats sur bien des points.....ces trois gouvernements de Crète, de Sparte et de Carthage ont de grands rapports entre eux, et ils sont très supérieurs à tous les gouvernements connus. Les Carthaginois en particulier ont des institutions excellentes; et ce qui prouve bien toute la sagesse de leur constitution, c'est que, malgré la part de pouvoir qu'elle accorde au peuple, on n'a jamais à Carthage de changement de gouvernement, et qu'elle n'a eu, chose remarquable, ni émeute, ni tyran....Carthage est plus prudente (que Sparte) et ne demande pas ses rois à une famille unique...., elle s'en remet à l'élection et non à l'âge pour amener le mérite au pouvoir ».

En fait, au temps d'Aristote et jusqu'à sa destruction par les Romains en 146 av. J-C, Carthage avait une organisation politique de type mixte mêlant les meilleurs éléments de trois régimes :

*Un régime de type monarchique, constitué par les deux grands magistrats (les suffètes) qui avaient la charge, au sommet de l'Etat, de gérer l'administration civile, de rendre la justice et de convoquer les assemblées. Ces deux suffètes étaient élus et n'exerçaient ni le pouvoir militaire ni le pouvoir religieux.

*Un régime de type oligarchique, représenté par le Conseil des anciens (la gerousia), une sorte de parlement constitué de près de 300 aristocrates, qui avait compétence non seulement pour toutes les affaires intérieures de la cité, mais aussi pour sa politique étrangère. Ce conseil pouvait ainsi décider de la guerre ou de la paix.

*Un régime de type démocratique, constitué par l' l'assemblée du peuple, ouverte à tous les hommes libres de la cité. Cette large assemblée se réunissait dans la place de l'agora, à l'occasion des grandes décisions, ou pour trancher en cas de désaccord, entre les deux premiers pouvoirs.

Bien plus tard, au cours de son histoire moderne, la Tunisie a connu deux autres constitutions non moins brillantes : Celle de 1861 d'abord, qui a eu le mérite d'être la première promulguée dans le monde arabe. Et au cours des premières années de l'indépendance, celle de 1959, qui a eu le sien, d'avoir consacré le régime républicain, doté le pays d'une organisation politique efficiente et défini les choix essentiels ayant introduit la Tunisie dans la modernité, tout en préservant sa personnalité et notre identité.

Mesdames et Messieurs les constituants, vous avez perdu, et surtout fait perdre au pays beaucoup de temps et de ressources. Les Tunisiens commencent à perdre patience. Hâtez-vous pour leur livrer la constitution, avant qu'ils ne regrettent de vous en avoir confié la tache.

Le plus vite sera le mieux.

Avec tout le respect qu'on vous doit , ne nous dites surtout pas que vous êtes entrain de refaire la Tunisie, à partir du néant !

Boubaker Ben Fraj le 23 avril 2013

Tunisie Focus

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