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Tribune : Connaissez-vous le syndrome de l’Egoïsme?

Financier de formation (Directeur des finances et de trésorerie à la raffinerie de Mohammedia), Jamal Benaddou Idrissi s'essaie sur des thèmes variés traitant de l’économie, de l’actualité culturelle ou encore  des phénomènes de société tels que “le syndrome de l'Égoïsme” dont il nous livre ici une pertinente analyse. 

 

Ah la belle affaire !  Connaissez-vous le syndrome de l’Egoïsme?

Sans doute avez-vous tous forgé une petite idée sur cette pathologie qui fait partie de ce que l'on appelle communément aujourd'hui  un “défaut de caractère” ou encore un “phénomène de société”.

Nous verrons plus loin, que si l'égoïsme traîne une connotation plutôt négative et ingrate assez mal vécue par la société, il peut aussi être perçu comme une façon instinctive de se défendre et se protéger.

Plus synthétiquement, Il peut être interprété comme un long et audacieux chemin vers le succès et la liberté.

Autopsie d'un comportement qui agace.

Une maman demande à son enfant :

- Est-ce que tu sais ce que ça veut dire un égoïste ?

- Oui, maman c'est quelqu'un qui ne pense pas à moi !

Voilà tout est dit, une réponse hilarante qui en dit long sur la nature humaine et ses multiples facettes cachées.

Spontanément, l'enfant conceptualise le sujet en le rapportant à son propre ego.

Fascinant ! Le plus souvent, on attribue l'égoïsme à un amour exagéré pour soi-même, un amour tel qu'il n'y aurait pas de place pour qui que ce soit d’autre.

Dans ce domaine, la psychanalyse nous apprend qu'à l'origine ce n'est pas l'amour de soi qui porte l'égoïsme, mais l'attachement plus ou moins maladif à une image périmée de soi-même, celle de “l'enfant merveilleux” à qui rien ne doit jamais manquer. Un désir refoulé et inconciliable avec les autres désirs ou la morale, qui demeure dans l'inconscient jusqu'à l'irruption dans une réalité souvent choquante.

Ainsi, l'égoïste serait un éternel “enfant gâté” en quête permanente de satisfaction et de bien-être personnel.

Envers son prochain, l'égoïste usera de méthodes peu orthodoxes et parfois exécrables pour arriver à ses propres fins. Son audace, ses faire-semblants d'ignorer, ou encore ses airs hautains de vouloir dire “Advienne que pourra” ou “Après moi le déluge”, feront de lui un être tout  à fait à part, imprévisible et parfaitement incontrôlable.

Egoisme

Terriblement seul et cloîtré, il vit en circuit fermé ; il ne partage rien et s’accapare tout ; il s'occupe essentiellement de lui-même et s'interdit de voir ou entendre ce qui ne le concerne pas vraiment. Nul n'est admis dans son petit univers sauf lorsqu'un intérêt particulier se profile à son horizon. Ses choix, ses activités, ses relations convergent tous vers un seul et même but : ramener tout à soi et tirer un tant soit peu de mérite, de prestige, de gloire, de plaisir...

Dans son entourage, Il se montre assidûment méfiant  et cache mal son asservissement et sa souffrance. Impossible pour lui de connaître jamais la beauté du partage et de l'échange avec son alter ego.

Dans «L'avare», Molière (1) a merveilleusement bien caricaturé ce comportement faisant d'Harpagon un égoïste impénitent sombrant dans un inéluctable délire de persécution.

L'égoïsme est proche de la paranoïa laquelle se trouve en tête de la hiérarchie des troubles névrotiques de la personnalité et de surestimation de soi. Plus on est égoïste plus on maudit ce mot. Étrange non ? Pourtant, depuis la nuit  des temps, la plus noble cause est née de sentiments égoïstes. Le plus redoutable de tous les instincts humains, celui de la survie, a toujours induit des comportements égocentriques, parfois insidieux voire  à l'extrême des plus  meurtriers.

Comment résoudre cette dualité à la fois complexe et profondément enfouie dans l'intellect humain ? L'égoïsme intelligent, serait-ce celui qui régit le monde et qui conduit les hommes aux plus hautes vertus ? Ou définitivement, celui bien dangereux qui les mènerait aux confins de la folie ?

Quels exemples devons-nous retenir de l’histoire récente ?

Selon Gustave Flaubert (2), l’égoïsme “intellectuel” serait à l'origine de l’héroïsme de la pensée. Et nous pourrions pousser l'analyse dans ce sens en affirmant que c'est bien le développement extraordinaire de cette faculté qui nous a délivrés de nos émotions les plus primitives. Sans cet égoïsme inné, l’indomptable “animal humain”  ne se serait jamais développé, une sorte de liane pour se hisser hors des marécages de la jungle vers un monde de plus en plus  civilisé et, vous l'aurez compris, de plus en plus égoïste.

Nous vivons un paradoxe certain. Nous prétendons être de fervents défenseurs de l'humanité, très amoureux de notre planète qui nous a vus naitre, fermement résolus à préserver notre mode de vie et à protéger notre devenir, alors que notre individualisme obstiné et notre acharnement à ne jamais nous remettre en cause, sacrifient sur l’autel de l'abnégation toute la grandeur de notre âme et la richesse de nos valeurs.

Ne nous fourvoyons pas de notre véritable petite nature, si fragile, si arrogante ! Assumons ce qui fait de nous notre spécificité et ménageons notre orgueil sans tomber dans les excès.

Et comme on dit : “Charité bien ordonnée commence par soi-même”...

Mais là est toute la question. Alors à votre avis, qualité ou vilain défaut ?

Jamal Benaddou Idrissi

(1) Dramaturge Français (Jean-Baptiste Poquelin), L'Avare (1668)  - (2) Écrivain Français, Madame Bovary (1857) 

La Nouvelle Tribune

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