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Free Arabs : Démocratie, sécularisme et fun

Le printemps arabe a du mal à laisser arriver l’été et les politiciens nous font tourner en bourrique. On peut bien rire d’eux, oui ça on fait, mais rire de nous-même est moins évident. Free Arabs, dernier née de la scène médiatique électronique maghrébine va nous aider. Info et humour, plutôt auto-dérision cinglante que blague potache, Free Arabs saute dans la flaque, déconstruit les stéréotypes, va à l’encontre des idées reçues. Et tant pis pour ceux que ça dérange. Ahmed Benchemsi son fondateur ne transige pas : oui on peut rire de tout.

Free Arabs c’est une idée de Ahmed Benchemsi, bien connu au Maroc pour avoir lancé l’hebdomadaire francophone TelQuel, en 2001 et Nishan, la version arabophone quelques années plus tard. TelQuel s’impose rapidement du fait de sa liberté de ton. Celle-ci lui vaudra des soucis : en 2009 une enquête sur les business du roi Mohamed VI aura pour conséquence le boycott publicitaire du magazine par les entreprises affiliées au souverain. Résultat : moins 80% de recettes publicitaires en un an, pression, menace et censure de Nishan.

Ahmed Benchemsi plie bagage et se retrouve aux Etats-unis alors que dans le Maghreb la révolution bat son plein : « Je me suis demandé ce que je faisais là-bas alors que tout était en train d’arriver ici. » Commence alors son apprentissage numérique avec une plongée dans Twitter

« J’ai ainsi découvert toute une génération de jeunes activistes libéraux, laïcs, actifs sur la toile. Et puis je me suis rendu compte que dans les faits la révolution avait donné le pouvoir aux islamistes, je me suis alors demandé ce qu’étaient devenus tous ces jeunes ? »

D’où son envie de leur donner la parole à travers un site d’information.

Pour l’instant ils sont cinq à travailler sur le site, qui publie principalement en anglais, avec un peu d’arabe. A terme le site doit être trilingue et doit surtout trouvé un modèle économique si il veut être viable.

Democraty, secularism, fun

Le slogan du site est sa ligne éditoriale : démocratie, sécularisme et fun. Ici c’est carte sur table, le site affiche sa particularité : « nous sommes laïcs et nous le disons. Un des problèmes des libéraux du monde arabe c’est justement de ne pas oser se réclamer laïcs » confie Ahmed Benchemsi.

Avec Free Arabs c’est encore une fois en avant gardiste que se pose le journaliste.

« Mon hypothèse de travail c'est qu’il y a des millions de gens dans le monde arabe qui cherchent un sens aux contradictions qu’ils vivent au quotidien, au fait que leur mode de vie est en contradiction avec les lois en vigueur, les mentalités en vigueur, les normes religieuses en vigueur, avec tout ce qu’on leur dit d’être… ces gens ont besoin de comprendre pourquoi ils sont tout le temps entrain de se mentir à eux-même. Là je peux prétendre qu’il s’agit de la majorité silencieuse. Je ne parle pas des activistes laïcs, mais de tous les Arabes qui cherchent à donner une cohérence au fait qu’ils sont en contradiction permanente avec les règles qui sont censées les gouverner. »

Message politique, sociologique et psychologique

Si FreeArabs fait dans l’humour pour donner à voir une vision alternative des sociétés arabes il fait aussi la part belle à l’info et à l’éducation. Il défend clairement la démocratie comme un système de valeur qui ne s’arrête pas au vote.

Free Arabs a plusieurs messages. Politique, tout d’abord, avec sa défense de la démocratie. Mais également social avec le sécularisme. Et également un message psychologique :

« Rions de nous même ! Libérons nous ! Jusqu’à présent la notion de résistance arabe était très sérieuse, très tendue. Or il est possible de résister de manière créative. On peut être marrant et décomplexé. C’est être subversif. »

Militantisme créatif

Finalement FreeArabs fait du militantisme en rigolant : qu’il s’agit de Free arabs got talent ou The Fatwa show le site s’attache à lutter contre les stéréotypes. « L’activisme peut être fait de façon différente. Nous sommes trop dans la victimisation, on s’enferme dans ce rôle et on ne peut pas en sortir. Mais attention il faut en sortir, il faut être créatif ! Et pour cela il faut inventer des choses, des affiches, des vidéos, faire de l’art… parce que ça redonne le moral » souligne Ahmed Benchemsi.

Un épisode de The Fatwa Show sur la manière d’utiliser les carottes pour les femmes. Le sketch est basé sur une fatwa bien réelle.

Rire de tout

Société, politique, investigation, art, humour ou encore satire, la joyeuse bande de journalistes, blogueurs et activistes derrière Free Arabs, s’attaque à tout pour défendre la liberté, de manière créative. « On peut rire de tout mais pas avec tout le monde ! C’est un site web, il est accessible à tous, mais il y a surement des gens qui ne vont pas rigoler. Est-ce pour autant que l’on doit s’adapter à tous ? Il faudrait faire du nivellement par le bas parce que certains ne sont pas prêt à rire d’eux-même ? » s’interroge Ahmed. Mais baisser d’un ton n’est pas le genre de la maison. L'auto-dérision est de rigueur :  « C’est le début de la conscience de la citoyenneté, du fait que nous sommes une collection d’individu, de je qui choisissent de fonctionner ensemble selon des valeurs qu’ils déterminent ensemble. Nous ne défendons pas l’idée de communautarisme, au contraire et pour nous une des meilleures manières de déconstruire ça c'est d’en rire. »

Mais comme prévu tout le monde ne rigole pas. Le concept de sécularisme n’est pas du goût de tous. Certaines critiques le fait que le site soit en anglais, enfermant ainsi encore les Arabes dans une case : tous devraient être exclusivement arabophone.

Finalement la seule critique qui semble faire sens est celle qui pointe du doigt le risque d'extrémisme laïque qui nourrirait, lui aussi, des préjugés sur les non-laïcs. Free Arabs ne serait-il pas extrémiste finalement ? Ahmed Benchemsi se défend en expliquant que l’on ne peut être extrémiste en défendant la liberté. « Nous ne trouvons pas ce reproche fondé. Ce que nous voulons c’est la liberté. Nous serions extrémistes si on souhaitait que la religion disparaisse, ce qui n’est pas notre cas. Comment peut-on être un extrémistes de la liberté ? Pour moi une personne séculière c’est quelqu’un qui veut que chacun soit libre. Mais si on considère que nous voulons imposé la liberté on peut dire que nous sommes extrémistes. »

Nawaat

Ses derniers articles: Peut-on (encore) se passer des banques au quotidien en Tunisie?  En Tunisie, le "plus grand drapeau au monde" ne fait pas l’unanimité  Tunisie-Union européenne: une mise sous tutelle déguisée 

Free

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Le 6ème Forum de la Presse Arabe Indépendante / Arab Free Press Forum, Tunis 24-26 novembre 2013

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