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Qatar a son sésame : Le pétrodollar

Par Ridha Ben Kacem

Hamad al-Thani Wimthallith est le prince du Qatar et le prince charmant de Cheikha Mozah bint Nasser al-Missned wim'5adda. Ah vous ne savez pas ce qu'est le Qatar ? Eh bien, le Qatar est ce minuscule émirat qui donne à la péninsule arabique l'allure d'un male en chaleur, en pleine chaleur. Cet émirat se classe au 2ième rang mondial pour son revenu par habitant (PIB) après le Luxembourg. Cet émirat est si petit qu'il en faut 15, pour couvrir la Tunisie et... 1555, pour couvrir la Russie !

En Occident, le Qatar est classé premier dans les trois grandes catégories des pays amis, pays riches et pays politiquement corrects. A l'inverse de l'Iran, le Qatar n'est pas un Etat Voyou. Rassurez-vous, c'est la perception de l'Occident. Je sais bien que pour la majorité des tunisiens, le Qatar est le pire des Etats, voyous. Mais, analysons, un peu ce classement du Qatar dans la catégorie des pays politiquement corrects. On doit donc, pouvoir traduire cela dans le texte fondamental du pays. Or, la constitution du Qatar prévoit que le pouvoir se transmet par hérédité, de l'Émir à son fils musulman, né d'une mère qatarie. L'article 17, de cette constitution, prévoit que la rémunération de l'Émir est fixée par l'Émir lui-même. On n'est jamais mieux servi que par soi-même, n'est- ce pas ? Surtout quand les caisses de l'Etat sont pleines à craquer. L'article 67 prévoit, quant à lui, que c'est l'Émir, en personne, qui nomme et congédie l'ensemble du personnel militaire, le Premier ministre et les ministres. Ces règles de fonctionnement suffisent pour qualifier ce système d'absolutiste et archaïque. Pourtant, Cheikh Hamad al-Thani a réussi à positionner le Qatar comme un champion de la démocratie. Si vous avez compris que ce n'est que de la poudre aux yeux, vous avez retenu que le Qatar est une dictature et que Hamad al-Thani Wimthallith est plus un dictateur qu'un Emir. A moins qu'il ne soit un Emir RIPOU, dictateur à vie.

Le Qatar a été un des premiers pays à participer au renversement de Kadhafi. Une dictature qui en renverse une autre au nom de la démocratie ! Pauvre démocratie au nom de laquelle on fait des folies et justifie les fourberies. Du Jamais vu. Même chez les dictateurs les plus schizophrènes, les plus invétérés ! Absurde, même! Au nom de quoi, au nom de qui, je me le demande, toujours.

Il y a plus absurde, encore. Barack Obama champion, toutes catégories, de la démocratie, a remercié l'Émir du Qatar pour sa contribution au développement de la démocratie au Moyen-Orient. Obama avait, même, jugé bon d'affirmer que l'Émir était motivé par une volonté de voir les Libyens accéder aux mêmes droits que les autres peuples et qu'il avait entrepris des discussions avec lui (d'égal à égal, bien entendu), pour trouver des moyens de poursuivre le travail de promotion de la démocratie, notamment, en Syrie. Ce que Barack Obama a omis de dire, c'est que ces mêmes droits et libertés, l'illustre Émir, ne les reconnait pas à son propre peuple. Il n'y a pas plus de partis politiques au Qatar qu'il n'y en avait en Libye, sous Kadhafi. Mais bon, ce n'est là qu'un détail que l'histoire toujours écrite par les plus forts et les vainqueurs, aura vite fait d'oublier. Il a également, omis de nous dire que ce qui cause la distorsion de la vue américaine, c'est la signature, Le 11 décembre 2002, « d'un accord de coopération militaire » relatif à l'utilisation de la base aérienne d'Al-Eideïd par les forces américaines. C'est bien connu, là où l'USAF opère, il n'y a que des démocrates à des centaines de kilomètres à la ronde!

Oui, cela fait des années que je ne me leurre plus sur la grande démocratie américaine. Je ne peux, en effet considérer comme démocratique, un pays qui tergiverse à ratifier des conventions internationales, dont, entre autres, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), la Convention relative aux droits de l’enfant…, un pays qui maintient hors de sa juridiction, une prison américaine, Guantanamo, en l'occurrence, bâtie en territoire US, bien que volé à Cuba, pour pouvoir y pratiquer la torture à grande échelle. Alors voyons du côté de la France et de son appendice, plus ou moins virtuel, la francophonie. L'Organisation internationale de la francophonie (OIF) est une institution dont les membres partagent, à priori, ou sont supposés avoir en commun la langue française et certaines valeurs comme, notamment, la diversité culturelle, la paix, la promotion des droits de la personne humaine, la gouvernance démocratique, la consolidation de l’État de droit, la protection de l’environnement. Oui, bon la plupart des pays membres de cette organisation, à commencer par la France, elle-même, ne respectent pas ces conditions. Cependant, le Qatar est la seule à ne pas les respecter toutes, y compris et, même, surtout, la condition écologique. Le Qatar est, mondialement, classé comme premier pays émetteur de CO2, par tête d'habitant.

Lors du Sommet de la francophonie de 2012 à Kinshasa, Pauline Marois, Première ministre du Québec a refusé de rencontrer Joseph Kabila, Président de la République démocratique du Congo, dont les élections ont été contestées, par ses opposants, et par la communauté internationale. Fort bien, j'apprécie. Stephen Harper, Premier ministre du Canada, a demandé, à ce propos, que les prochains sommets se tiennent dans des pays démocratiques. Les deux leaders canadiens ont passé, ainsi, sous silence, sans doute, involontairement, le fait que le Qatar, soit entré directement dans l’Organisation internationale de la francophonie, le 13 octobre 2013, en tant qu'État associé, sans passer, même, par le statut d'observateur. Pourtant, le Qatar n'est pas francophone. Il compte bien des francophiles, à leur tête, cheikha Mouza, membre de l'Académie des beaux arts de France, SVP, ni plus ni moins. Qatar, donc, n'est ni francophone, cela se saurait, ni démocratique, faut-il le démontrer encore et encore ? La France n'a pas tiqué.

Une telle tolérance indécente est justifiée par le pouvoir économique du Qatar. Pour rentabiliser son excédent financier, le Qatar a créé, en 2005, le Qatar Investment Authority (QIA). Ce fonds financier a pris des parts dans le London Stock Exchange et dans la banque Barclays. Il a sauvé Porsche de la faillite. Avec le QIA, le Qatar s'est payé l'équipe de football Paris St-Germain. Il a acheté des immeubles parmi les plus en vue sur les Champs-Élysées. De toute évidence, le déficit flagrant de démocratie, au Qatar, ne fait pas le poids devant les investissements qui permettent de sauver des emplois en Occident et de préserver des fleurons du capitalisme. L'orient peut toujours aller se rhabiller si toutefois il trouve des haillons à sa taille amaigries.

Selon le journaliste, Charles Enderlin, correspondant, à Jérusalem, de la chaîne de télévision, France 2, les largesses de l'Émir profitent à tellement d'intérêts contradictoires, aux quatre coins du globe, que plus personne n'est capable de développer un discours critique, cohérent, sur les manquements de l'émirat à des principes de bonne gouvernance. Il ajoute que ce n'est pas le moindre des mérites de l'Émir que d'avoir pris les Occidentaux à leur propre piège. Le Qatar a réussi, grâce à ses pétrodollars, à démontrer que l'interprétation des idéaux démocratiques n'est pas la même, selon que l'on soit riche ou misérable. Joseph Kabila est pauvre et sans aucun doute possible, antidémocrate. Hamad al-Thani Wimthallith mrabba3 3al 3arch est riche et... démocrate, grâce à une hérédité génétiquement modifiée à vie. Un vrai OQDGM. (Organisme Qatari Démocrate Génétiquement Modifié), en somme !

Vous ne croyez pas à cette théorie des riches forcément démocrates et des pauvres nécessairement antidémocrates ? Demandez, donc, à tout hasard, aux pauvres de ce pays, pour qui ils ont voté, le 23 octobre 2011. Pour les démocrates ? Non, pour les obscurs nahdhaouis, les pires antidémocrates, qu'on n'ait jamais vus ! Alors qui, d'après vous, a voté pour les formations démocratiques ?

Par Ridha Ben Kacem le 22 avril 2013

Tunisie Focus

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