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Ministère de l’Intérieur : Epreuve de test ou épreuve de force ?

Par Ridha Ben Kacem

Sur une soixantaine de questions d'une épreuve générale, quatorze, concernent la religion, son histoire ou son application. A priori, cela peut paraitre anodin. Mais cette épreuve ne s'adresse pas à des futurs prédicateurs, mais à des candidats à des postes, dans la garde nationale, corps armé, sensé garder sa neutralité dans un pays en mal de repères et en proie à de multiples interrogations. Peut-être que la plus importante de ces interrogation est, justement, de savoir à quel point le tunisien moyen peut, encore, faire confiance aux institutions du pays.

Depuis qu'Ennahdha est à la tête de l'Etat, l'on ne cesse de découvrir, jour après jour, la ténacité avec laquelle les institutions de l'Etat sont l'objet de tentatives diverses pour les affilier à l'idéologie de ce parti. Alourdie par des milliers de nominations parachutées de la Kasbah, l'Administration est, presque, totalement, noyautée. Elle ne jure, désormais, que par les nouveaux venus. Sous les coups de butoir d'Ali Larayedh, le corps sécuritaires a été, en partie, dévoyé et utilisé pour asseoir l'hégémonie des islamistes nahdhaouis. Depuis le passage de Nouréddine Bhiri, la justice est aux ordres de qui vous savez. Sami Fehri est, depuis des moins, injustement, derrière les barreaux pour nous le rappeler. Dernier havre de neutralité, l'armée résiste, pour le moment, mais si l'on en croit Rached Ghannnouchi dans cette fameuse vidéo où il explique sa stratégie à des salafistes, son tour devrait, bientôt, arriver. Que restera-t-il, à ce moment-là, de cette Tunisie qui a fait, des décennies durant, la fierté de ses enfants ?

Voici pour le cadre général et ce contexte n'est pas rassurant. Lorsqu'on apprend qu'une épreuve de culture générale contient autant de questions religieuses on ne peut que protester. Non pas tant à cause du caractère religieux de ces questions qu'en raison des intentions inavouées qui se cachent derrière cette présence, somme toute, insolite de ces questions. En d'autres lieux, en d'autres temps, on aurait apprécié l'insertion d'une ou de deux questions religieuses, on aurait applaudi et on aurait, même pu exiger que l'on y pense si jamais l'on n'y aurait pas prêté attention. Mais nous sommes en avril 2013 et une grande partie des tunisiens est traumatisée, en raison des tentatives, incessantes et répétées, de hold-up auxquelles l'Etat fait face, depuis le scrutin islamiste, du 23 octobre 2011. Comment oublier, en effet, cette artificielle dichotomie de la société entre pieux, d'un côté et mécréants, et Koffars, de l'autre, que les islamistes nous ont imposée comme unique vision de la société ? Comment ne pas voir derrière la logique, si peu pieuse, du diviser pour régner et piller, la logique de la mainmise, définitive, d'Ennahdha, sur l'identité de la Tunisie?

Que dans un contexte, aussi particulier, aussi paradoxal, le religieux s'invite, dans une épreuve de test, pour de futurs gardes nationaux, est, déjà, en soi, une provocation intolérable, pour cette grande partie de la société, qui s'est trouvée cataloguée, du jour au lendemain, comme mécréante et dont le sang peut couler, sur commande de simples prêcheurs, autoproclamés, à tout instant ? Est-ce à dire que le profil recherché pour ces postes à pourvoir, est, justement, celui des nouveaux « pieux », en opposition aux « Koffars » ? Est-ce à dire que les « koffars » ne sont pas les bienvenus et les bien vus dans ce corps d'armée, ni, d'ailleurs, dans les autres, pour les mêmes raisons ? Autant de questions auxquelles je ne trouve pas de réponses. Si c'est une simple provocation, c'est réussi, bien que je n'en voie pas la nécessité. Si, par contre, c'est le nouveau profil de « pieux », qui est recherché par les corps armés, cela ne peut être qu'une preuve supplémentaire de ce noyautage systématique, des rouages de l'Administration et cela inquiète au plus haut point.

Contrairement à son habitude, sous Larayedh, le Ministère de l'intérieur a réagi vite, très vite, même. Moins de 24 heures après l'épreuve contestée il sort un communiqué de presse pour rassurer. Ce ne serait que des questions de culture générale, d'après ce département, des questions qu'il ne faut pas sortir de leur contexte, bien évidemment. Cette rapidité de la réaction ne peut s'expliquer, à mon avis, que par la, probable, consternation du Ministre de l'intérieur, qui ne semble avoir découvert le contenu de l'épreuve de culture générale, qu'après coup, c'est-à-dire, au moment où le scandale est dénoncé, sur les réseaux sociaux. L'ampleur des dégâts, à dû, du même coup, lui sauter aux yeux ! Le ministère de l'intérieur se devait de rassurer les citoyens, avant de laver son linge sale en famille, loin des regards indiscrets. Je ne serais pas étonné, pour ma part, de voir quelques méchantes têtes tomber, d'ici quelques jours. Personnellement, cependant, cela ne me rassure qu'en partie. J'aurais aimé, en effet, que le Ministre de l'intérieur prenne le taureau par les cornes pour le terrasser, immédiatement et sans bavure, avant de montrer sa dépouille mortelle, aux citoyens, pour leur signifier que les institutions de l'Etat, ne sont pas à vendre, au plus offrant. J'aurais, tout simplement, aimé, que l'on appelle les choses par leur nom, que l'on appelle un chat, un chat et un complot, en sourdine, un complot, tout simplement.

Le nouveau Ministre de l'intérieur sait mieux que quiconque, que lorsqu' un certain type de question devient récurrent, dans une épreuve d'examen, c'est qu'un objectif s'y cache ou s'y confond. Une quinzaine de questions religieuses et si peu, sinon aucune, concernant les droits des citoyens, ce n'est pas fortuit. Le but est même avoué. Il est, pratiquement, clairement dit aux candidats : « Vous n'avez aucune chance d'être admis, si vous ne maitrisez pas, à la perfection, le discours religieux ».Ce policier, à l'aéroport de Tunis Carthage, qui voulait frapper d'interdit de voyage une femme d’affaire non accompagnée, est-il un cas isolé, ou bien un signe précurseur, d'une invasion de police des m½urs, annoncée? Car, si l'on y réfléchit un peu, cette épreuve de test, même si elle est une surprise pour les candidats de ce dimanche 21 avril 2013, est, en fait, un appel aux islamistes, aux salafistes et aux jihadistes, pour se porter candidats, aux prochaines épreuves de sélection d'agents, pour les corps armés et un découragement, certain, pour tous les autres, et c'est, finalement, là, que se situe l'objectif inavoué de cette opération : écarter les « mécréants », pour ne retenir que les « pieux ».

Je ne ferai, donc, pas l'affront, de faire comprendre au Ministre de l'intérieur que 14 questions sur 60 cela fait le quart. L'épreuve de culture générale est pipée car, tout bêtement, grossièrement orientée. Cela tombe sous le sens et c'est si évident que cette analyse est superflue. Mais poursuivons. Le communiqué du Ministère de l'intérieur, même s'il est le bienvenu, ne dit pas l'essentiel. CETTE EPREUVE DOIT ETRE ANNULEE. OUI, ANNULEE. Aucune trace ne doit en rester, et toutes les leçons utiles doivent en être tirées. Pas seulement pour la tranquillité des citoyens, mais aussi pour la pérennité des institutions de l'Etat.

Par Ridha Ben Kacem le 22 avril 2013

Tunisie Focus

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