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Osama Bin Laden Dead, by ssoosay via Flickr CC
Osama Bin Laden Dead, by ssoosay via Flickr CC

Aqmi est-il mort avec Ben Laden?

La mort de Ben Laden s'ajoute à la vague de contestations que connaît le monde arabe depuis décembre 2010. Mais elle soulève aussi des questions sur l'avenir d'Al-Qaida au Maghreb islamique.

Oussama Ben Laden, l’homme le plus recherché par les Américains, est donc mort après une traque qui a duré plus de quinze ans puisque l’homme était recherché bien avant les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Le président Barack Obama l'a annoncé le 1er mai au soir. Commençons simplement par relever qu’il eut peut-être mieux valu qu’il soit capturé vivant par les forces spéciales américaines qui ont investi la place forte –une ferme dans la banlieue d’Islamabad (Pakistan)– où il s’était retranché. L’opacité qui entoure cette opération, le fait que sa dépouille ait été immergée en mer et l’absence de document photographique prouvant de manière incontestable qu’il s’agit bien du chef d’al-Qaida sont autant d’éléments qui permettent aux théories conspirationistes de fleurir aux quatre coins de la planète, et pas simplement dans le monde musulman.

Gageons que l’on va nous servir ad nauseam des thèses selon lesquelles Ben Laden ne serait pas mort et que toute cette opération n’est qu’une manipulation des services secrets américains sous la houlette d’un Barack Obama à la recherche d’un second souffle… Bref, l’affaire est loin d’être close. Cela étant précisé, il n’en demeure pas moins que c’est une nouvelle de taille qui s’ajoute au tumulte médiatique qui s’est emparé du monde arabe depuis décembre 2010.

Déjà, une première mort politique

Hasard, coïncidence ou signe de la providence? Le fait est qu’Oussama Ben Laden est mort alors que les peuples arabes –en majorité des musulmans– ont pris d’assaut la rue pour arracher leur liberté et exiger la fin des régimes dictatoriaux. Des régimes qui, au cours de ces deux dernières décennies, ont toujours utilisé la menace du terrorisme islamiste pour refuser toute ouverture démocratique tout en s’assurant le soutien de l’Occident. Et la contestation actuelle ne doit absolument rien à Ben Laden et à son organisation. Pour reprendre le politologue français Gilles Kepel, «Ben Laden était déjà mort» depuis plusieurs mois, du moins sur le plan politique. Le printemps arabe a mis en scène des peuples qui réclamaient leurs droits et qui n’ont jamais mis en avant des revendications relevant de l’islamisme radical. C’est au nom du droit au droit que les Arabes se révoltent et al-Qaida n’a joué aucun rôle dans les révolutions en cours.

Cela faisait d’ailleurs plusieurs années que l’on sentait que le poids politique de cette organisation déclinait. Trop de violences, trop d’attentats, trop de tueries épouvantables: Irak, Afghanistan, Indonésie, Maghreb. Les populations, sans être dupes du caractère dictatorial des régimes en place, n’ont pas suivi les mots d’ordres d’al-Qaida. Cette dernière s’est même retrouvée à courir derrière les révolutions tunisienne et égyptienne, essayant de faire entendre sa voix par le biais de communiqués à peine remarqués.

Cela ne signifie pas que Ben Laden avait perdu toute influence, ne serait-ce que du point de vue symbolique. Au Maghreb comme en Afrique subsaharienne, l’homme demeure un symbole, peut-être même une légende. «C’est l’homme qui a humilié l’Amérique», entend-on souvent dire à Alger comme à Casablanca ou Bamako. Et ses menaces ont toujours été prises au sérieux, à commencer par la France mise en cause pour l’interdiction du voile à l’école ou de la burqa dans les espaces publics.

Et maintenant?

Il reste à savoir si la mort de Ben Laden changera quelque chose en ce qui concerne l’évolution du terrorisme islamiste. Il est évident qu’al-Qaida a subi un coup majeur. Mais rien ne dit que cette organisation est définitivement condamnée. Aujourd’hui, on devrait même plutôt parler d’organisations diverses et franchisées, toutes regroupées sous le même label mais sans organisation centralisatrice réelle. C’est le cas d’Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), issue de l’ancien Groupe salafiste de prédication et de combat (GSPC), lui-même héritier du tristement célèbre Groupe islamique armé (GIA) algérien. Dans la réalité, Aqmi n’a pas eu besoin d’al-Qaida ni de Ben Laden pour se développer et l’allégeance de ses chefs relève plus d’une stratégie politico-médiatique que d’une unification réelle de la mouvance terroriste. Bien entendu, la disparition de Ben Laden privera Aqmi d’un symbole fort. Mais cela ne changera rien à sa capacité de nuisance sur le terrain régional.

La suite dépendra de l’évolution d’al-Qaida. Qui sera le successeur de Ben Laden? Sera-t-il adoubé par toutes les ramifications de l’organisation? L’histoire récente des mouvements islamistes radicaux incite à penser plutôt le contraire avec, le plus souvent, de féroces et interminables guerres de succession. Dans cette hypothèse, Aqmi devra se positionner elle aussi. Déjà trouble, la cartographie du terrorisme islamiste en Afrique du Nord et dans le Sahel va alors devenir encore plus compliquée.

Akram Belkaïd

 

Akram Belkaïd

Akram Belkaïd, journaliste indépendant, travaille avec Le Quotidien d'Oran, Afrique Magazine, Géo et Le Monde Diplomatique. Prépare un ouvrage sur le pétrole de l'Alberta (Carnets Nord). Dernier livre paru, Etre arabe aujourd'hui (Ed Carnets Nord), 2011.

Ses derniers articles: Le pays où le mensonge est la règle  Ces mots qui tuent le français  Le monde arabe à l'heure du Web 

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