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Enfants de rue, Dakar, avril 2010 / AFP
Enfants de rue, Dakar, avril 2010 / AFP

Le cirque pour sauver les enfants de la rue à Dakar

Avant, ils erraient dans les rues sénégalaises. Aujourd'hui, ils sont devenus circassiens.

Il y a quelques années, Modou Fata Touray était un enfant vivant dans la rue au Sénégal. Grâce à une association, il a appris les métiers du cirque, ce qui lui permet aujourd'hui de gagner sa vie et d'aider sa famille.

Le cirque, «ça m'a touché, c'était quelque chose d'incroyable!», dit à l'AFP Touray, 23 ans, artiste, acrobate mais aussi pédagogue à SenCirk, compagnie-école de cirque sénégalaise qui s'est produite à Dakar avec une compagnie française devant 4.000 spectateurs sur trois jours en mars.

SenCirk est à l'origine une association, créée en 2010, qui promeut un «cirque social» et pluridisciplinaire: à travers exercices physiques, trapèze, jonglage, équilibrisme ou chorégraphie, elle entend "apporter une éducation corporelle et artistique" à des enfants et jeunes défavorisés, comme le fut Modou Fata Touray.

Car cet acrobate tout en muscles a vécu dans la rue à Dakar, après avoir fui sa Gambie natale à l'âge de 14 ans en raison d'un problème familial. Il espérait trouver le salut auprès d'une grand-mère au Sénégal, mais s'y est retrouvé sans moyens et sans toit, côtoyant des "talibés" (mendiants).

Après plusieurs semaines d'errance, Modou Fata Touray franchit les portes de l'Empire des enfants, un centre d'accueil ouvert en 2002 par l'Association du Sénégal et de l'Afrique de l'Ouest (Asao) pour les mineurs en difficultés. Il y reste «sept ans», jusqu'à 2011.

C'est dans ce centre qu'il découvre les techniques du cirque. «J'étais tellement content, je me suis dit: ”Je vais faire de cela mon métier». Il s'y attelle à partir de 2006.

Grâce à des bénévoles suédois, il se rend en Suède en 2010 où il est formé à enseigner les métiers du cirque. La même année, il met sur pied SenCirk, comptant aujourd'hui une quarantaine de membres dont "un noyau dur" de dix personnes qui s'entraînent chaque jour du lundi au vendredi.

Le cirque "a changé ma vie. Il m'a beaucoup aidé. Aujourd'hui, j'aide ma mère avec ce que gagne avec les spectacles, avec les cours que je donne", confie Touray, dont la vie entre campagne et ville, rues, centre d'accueil et cirque, sert de trame à un spectacle de SenCirk, "Chiopité" ("Evolution", en langue nationale wolof).

On peut s'en sortir

Comme Touray, de nombreux enfants et adolescents viennent au Sénégal de Gambie, mais aussi d'autres pays, fuyant des problèmes familiaux ou pour grossir les rangs des «talibés» à Dakar et les grandes villes sénégalaises.

Les «talibés» sont envoyés dans des écoles coraniques (daaras), ou auprès de guides religieux (marabouts), afin d'apprendre le Coran, l'humilité, la vie communautaire, mais se retrouvent à mendier quotidiennement au bénéfice de leur "maître coranique" au Sénégal, pays musulman à 95%.

Leur nombre n'est pas connu avec précision. Des estimations officielles datant de 2000 faisaient état de 100.000 "talibés et mendiants" au Sénégal, chiffre que certaines ONG affirment largement dépassé.

Dans un épais rapport intitulé Sur le dos des enfants publié en 2010, l'organisation Human Rights Watch (HRW) parle «d'au moins 50.000 enfants», dont la vaste majorité a entre 4 et 12 ans, qui fréquentent des daaras.

Haillons sur le dos, boîte de conserves vide faisant office de sébile en main, beaucoup de "talibés" restent des heures dans les rues pour pouvoir rapporter un quota de vivres ou d'argent à leur marabout, sous peine d'être battus. Ils ne mangent quasiment pas à leur faim, ne sont presque jamais soignés...

La directrice de l'Empire des Enfants, Anta Mbow, a vu arriver des centaines d'entre eux dans son centre installé sur le site d'un ancien cinéma, et qui leur offre d'autres perspectives.

«Ils sont logés, soignés et nourris» sur place, ils y ont des activités ludiques, «des ateliers de basket-ball, football, tennis de table, cirque, marionnettes, musique... L'atmosphère est assez agréable», dit Mme Mbow.

Aujourd'hui, elle est fière de son ancien «pensionnaire» Modou Fata Touray: il «montre qu'on peut s'en sortir» et cela a «un bon impact» sur les jeunes de la rue.

«Sorti de la rue» Touray n'oublie pas ceux de son ancien centre et s'y rend souvent pour, dit-il, «voir les gosses et leur donner des cours».

AFP

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